"Tomahawk", le retour de Patrick Prugne aux affaires indiennes

26 septembre 2020 2 commentaires
  • Quatre ans après "Iroquois", l'auteur de Canoë Bay, Frenchman et de Pawnee revient au "Nouveau Monde" pour un nouveau récit mêlant indiens et colons. Mais cette fois, c'est vraiment la nature qui prend le premier rôle. Graphiquement superbe !

En 1756, la France se trouve au cœur d’un conflit majeur qui embrase toute l’Europe et qui l’oppose encore une fois à l’Angleterre, son ennemi héréditaire. C’est la guerre de sept ans...

Pour les colonies françaises du Nouveau Monde, cette guerre que les Britanniques nommèrent "The French and Indian War" a commencé voilà déjà deux ans. Les sujets du roi George, à l’étroit dans leurs colonies, portent sans relâche l’escarmouche contre les forts français dressés sur leur frontière de l’Ouest. Parmi ces forts, la bataille de Fort Carillon eut lieu au sud du lac Champlain, entre ce dernier et le lac George. Ces deux lacs séparaient la colonie britannique de New York de la colonie française du Canada (Nouvelle-France). Une armée française de presque 4 000 hommes sous le commandement du général Louis-Joseph de Montcalm remporta une victoire sur une force militaire britannique quatre fois supérieure. La bataille fut une des plus sanglantes de la guerre.

Tomahawk débute un mois avant cette bataille et s’achève au moment de l’attaque. Tandis que la guerre gronde et que les anglais s’approchent des positions françaises, le récit suit les pas de Jean Malavoy, jeune coureur des bois devenu milicien, dans un combat qu’il entend mener seul. En effet, il ne pourra pas retrouver la paix avant d’avoir abattu un grizzly qui rôde dans la région. Un plantigrade d’une taille gigantesque, dont le pelage forme une croix sur le dos... Celui-là même qui a tué la mère de Jean alors qu’il était enfant !

"Tomahawk", le retour de Patrick Prugne aux affaires indiennes

Il y a deux ans, Patrick Prugne nous avait enchanté en imaginant les derniers jours de l’expédition de La Pérouse. Lors de notre dernière rencontre, il nous avait alors glissé qu’il comptait revenir ensuite à ses premières amours, le Nouveau Monde, les colons et les Amérindiens.

Promesse tenue avec ce superbe album Tomahawk, qui vient de paraître, toujours chez Daniel Maghen. À la lecture de l’album, on ressent bien entendu que l’idée était de réaliser de belles planches afin de les vendre auprès du galeriste. Ce qui ne gâche pas du tout la lecture, au contraire car l’auteur nous convie à une véritable ode à la nature et au jardin d’Eden qu’était le Nouveau Monde.

Les décors, la forêt et les animaux prennent réellement la première place dans cet album, et l’on profite de ce superbe périple graphique, que cela soit au sein des simples cases ou des grandes doubles pages dont nous gratifie Prugne.

Puis, encore plus que dans les précédents, il règne dans cet album un parfum d’hommage aux récits d’Hugo Pratt : dans la thématique des colons du Nouveau Monde et de la guerre franco-anglaise (vue de l’autre côté bien entendu), mais aussi dans cette façon d’esquisser les grands pins par de simples touches d’aquarelles. Ainsi qu’au sein du très beau dossier qui conclut l’album et dans lequel l’auteur dévoile d’autres aquarelles, des portraits en costume et d’autres éléments que l’on est habitué à retrouver aussi dans les récits du Vénitien.

Rajoutons que le fameux Fort Carillon où se déroule une partie de Tomahawk sera rebaptisé trois ans plus tard par les Anglais qui en prendront possession, du nom de Fort... Ticonderoga ! Ce qui ne manque de faire référence au récit éponyme dessiné par Hugo Pratt, l’un de ses plus grandes références en matière de guerres indiennes.

Le propos du récit de Patrick Prugne est pourtant tout autre. Il ne s’agit pas d’un jeune homme qui doit grandir et affronter les indiens. Ici, symbolisant un combat intérieur, Jean poursuit sa propre chimère, et les indigènes font presque partie du décor. Si la chasse entre l’homme et la bête retient l’attention (toute la question étant de savoir qui est la proie...), le récit prend toute sa dimension narrative dans la scène finale, une belle pirouette qui permet à Patrick Prugne de réussir un récit différent des précédents, ce qui donne envie de le lire directement, afin de mieux comprendre et ressentir les émotions des différents protagonistes, à la lumière de ces révélations.

Une carte présente dans le consistant dossier qui conclut l’album

Graphiquement somptueux, Tomahawk démontre que Patrick Prugne est un dessinateur qui fera date, et qui parvient à se renouveler narrativement sans risquer de ressasser ses thématiques. On ne s’en lasse pas !

(par Charles-Louis Detournay)

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2 Messages :
  • Il va le chercher longtemps son grizzly car il n’y en a pas dans cette région de l’Amérique. De plus, j’ignore si le terme "indiens"
    est issu de la critique ou du livre mais cette appellation est tombée en désuétude depuis plus d’une décennie et elle est bien malvenue.

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    • Répondu par Fred le 27 septembre à  17:57 :

      cette appellation est tombée en désuétude depuis plus d’une décennie et elle est bien malvenue.
      Nul n’est obligé de suivre le révisionnisme ambiant (qui fait souvent tomber dans l’anachronisme et accessoirement le ridicule).

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