Toriko : Merci pour le repas !

24 juillet 2018 0 commentaire
  • Le périple gourmet de Toriko et de ses compagnons touche à sa fin ! Un combat titanesque suivi d'un banquet tout aussi incroyable, tel est le programme de ce dernier tome, achevant une série exceptionnelle sur bien des points mais qui n'aura pas eu le succès escompté.

Prépublié au Japon entre 2008 et 2016, dans le célèbre Weekly Shônen Jump de l’éditeur Shûeisha (One Piece, Naruto, Dragon Ball), le manga de Mitsutoshi Shimabukuro avait été lancé afin de devenir l’un des nouveaux piliers du magazine, et cela à grand renfort promotionnel et d’opérations collaboratives avec One Piece (une histoire spéciale dessinée à quatre mains, des cross-overs animés, etc.).

Cependant la série n’a jamais réellement pris, que ce soit en France ou au Japon, et avec des ventes en chute constante ces dernières années, la sentence fut sans appel : l’arrêt du titre ! L’auteur dût donc accélérer son histoire, au point de passer à la trappe des arcs narratifs entiers et conclure de façon précipitée. Shimabukuro l’avoue lui-même dans son mot de la fin : il est frustré de ne pas avoir pu raconter l’histoire comme il la concevait.

Souvenons-nous : nous avions laissé au tome trente-quatre Toriko et ses amis en pleine aventure dans le deuxième continent du Monde Gourmet, face au maître des lieux, le Roi Singe Bambina. Le Monde Gourmet, lieu mythique, construit en termes de teasing comme le Nouveau Monde de One Piece, devait être l’ultime et « véritable » expédition de nos héros.

Avec huit continents, et un neuvième caché, l’aventure promettait d’être longue et dense. Après bien des contretemps, la troupe de Toriko était finalement entrée dans le Monde Gourmet au tome trente-et-un. Avec un tome final au numéro quarante-trois, l’échec éditorial apparaît évident. En effet avec la matière présentée c’était la soixantaine de tomes qui était a priori visée !

Toriko : Merci pour le repas !
Midora contre Néo !
© 2008 Mitsutoshi Shimabukuro / SHUEISHA INC. / Kazé Manga

Que s’est-il alors passé dans le récit ? L’intrigue du deuxième continent fut bouclée de façon normale, nous amenant donc à la troisième étape. Mais au cours de cet arc narratif le mangaka sépara ses personnages en différents groupes afin qu’ils s’attaquent en parallèle aux autres continents.

Loin de proposer des intrigues développées, et de rendre justice aux univers mis en scène, nous avons assisté à une sorte de fuite en avant, bâclant la fameuse quête des Denrées Ultimes, une par continent. L’objectif étant l’entrée en scène accélérée du « Boss de Fin » de l’œuvre, Néo, et de la bataille finale allant avec. Exit donc l’aventure, et bienvenue à une suite de combats, et de massacres, qui nous ont amené à cet ultime tome, où seuls restent encore debout Toriko et Midora face à Néo, prêts à dévorer la planète, puis l’univers entier !

Pourquoi un tel bâclage ? Il a souvent été observé que le style graphique de Shimabukuro était daté. Il aurait eu du succès dans les années 1980 et 1990, mais pour la fin des années 2000 il était sans doute trop « Old School ». Il y avait également le fait de ne pas débuter comme un récit initiatique, en proposant au contraire un héros « mature », et un casting de personnages adultes et très masculins, généralement moins accrocheur chez le jeune public. Sans oublier par moment des idées « étranges » comme l’attaque de langue de Midora ! Des « délires » décalés qui ne sont certainement plus dans l’air du temps mais qui restent appréciés, comme chez votre serviteur.

Toriko contre Néo !
© 2008 Mitsutoshi Shimabukuro / SHUEISHA INC. / Kazé Manga

Un point a priori problématique car au cours du récit la coupe de cheveux de Toriko fut rafraîchie, lui donnant un air plus jeune, tandis que son partenaire Komatsu a vu son nez écrasé s’affiner à l’image de celui d’un jeune premier. Enfin l’histoire les ramena sur un chemin de récit initiatique, en les faisant passer par toutes sortes de phases d’apprentissage !

À côté de cela, le manga se révéla extrêmement généreux en « gueules », en monstres et en environnements naturels. L’aventure avec un grand « A » était indubitablement bien présente comme nous l’avons régulièrement rappelé.

Alors que vaut ce dernier tome ? Des scènes d’action démesurées, capable d’ébranler la planète sur des milliers de kilomètres, et des intrigues reposant sans doute sur des concepts trop nombreux. Il est en effet flagrant à la lecture de ce tome que la quantité d’énigmes aurait permis de tenir en haleine le lecteur encore des années. Mais une fois condensée et expliquée à la chaîne, le résultat frise l’indigestion : Gourmet Cells, Monster Trolls, Appetite Demons, Color Universes, Big Bang Gourmet, Gourmet Karma, Food Spirit Doors, Back Channel, sans oublier les Denrées Ultimes aux propriétés hors du commun liant une partie de ces concepts. Ouf !

Partager son repas : un thème essentiel du manga
© 2008 Mitsutoshi Shimabukuro / SHUEISHA INC. / Kazé Manga

Mais au-delà de l’univers immense, à la faune et à la flore exceptionnelles, des innombrables concepts et des personnages hauts en couleur, nous retiendrons la passion communicative pour la nourriture et le « bien manger », avec ses fameux gueuletons.

Le manga se termine ainsi comme il se doit sur un ultime banquet et l’un des plus beaux auquel il nous a été donné d’assister ces dernières années ! Il intègre la plupart des denrées que nos héros ont « chassé », avec quantité de détails, permettant un rappel de leurs différentes aventures, des plus anecdotiques aux plus grandioses. Tout le casting est également présent afin de se régaler tous ensemble. Même les personnages décédés répondent à l’appel grâce aux motifs des fantômes développés dans le dernier acte du manga.

Bref rien ne manque dans cet épilogue, frôlant la perfection, se terminant sur une mise en écho du premier chapitre, et avec l’ouverture sur une nouvelle aventure de nature cosmique ! Toujours dans la démesure ! Une série incroyable s’achève, injustement minorée, mais c’est aussi l’occasion pour les curieux de découvrir cette grande et belle aventure que fut Toriko.

Vous prendrez bien une brochette planétaire ?
© 2008 Mitsutoshi Shimabukuro / SHUEISHA INC. / Kazé Manga

(par Guillaume Boutet)

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Toriko T43. Par Mitsutoshi Shimabukuro. Traduction Jean-Benoît Silvestre. Kazé Manga, Collection "Shônen". Sortie le 4 juillet 2018. 208 pages. 6,79 euros.

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Toriko sur ActuaBD :
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