Toto, ce héros

5 août 2020 0 commentaire
  • Après la BD du film paru le 15 juillet, ce 5 août sort le long métrage tiré de la bande dessinée "Les Blagues de Toto" : une adaptation réussie, portée par un beau casting, qui amusera petits et grands.
Toto, ce héros
L’adaptation du film en BD (56 pages) est déjà dans les bacs !

La transposition d’une bande dessinée au cinéma reste toujours une gageure. Même si certains longs métrages sont parvenus à restituer une partie de l’atmosphère des séries tout en apportant une réelle plus-value, on ne compte plus les échecs ou les films sans âme dénués de rythme que l’on préfèrerait oublier.

L’autre difficulté, c’est que la série des Blagues de Toto réside sur l’humour, mais également le merveilleux dessin plein de détails de Thierry Coppée, comment faire passer cela à l’écran ? Une série de gags qui nécessitei l’écriture d’un scénario original tout en restant fidèle aux caractéristiques de la bande dessinée. Quand on parle d’une gageure !

D’apparence, le pitch du film semble d’ailleurs léger : On retrouve notre Toto, plus doué pour faire rire ses copains que pour écouter les leçons de la maîtresse et ses parents pour qui les blagues de Toto se transforment souvent en catastrophes… La dernière en date ? La chute d’une sculpture pendant un événement organisé par le patron de son père. Mais cette fois-ci, Toto assure qu’il est innocent et refuse d’être accusé d’une bêtise que pour une fois, il n’a pas faite ! Avec ses meilleurs amis, il va mener l’enquête...

JPEGL’un des autres défis de l’adaptation concerne le casting, car il faut que les acteurs puissent faire oublier les personnages de papier pour apporter leur propre dimension sans trahir l’esprit de la série. À ce titre, c’est un 20/20 ! Les enfants sont à la fois crédibles et touchants, à commencer par le jeune interprète de Toto qui arrive heureusement à vite faire oublier son homologue de papier après quelques minutes pour porter tout le film sur ses épaules. Il n’est pas seul, citons Guillaume de Tonquédec qui endosse avec réussite le rôle du père aimant son turbulent fiston, tout en tremblant devant son patron. Sans oublier Daniel Prévost, formidable grand-père de Toto qui apporte rires et bonne humeur.

La palme revient à Ramzy, parfait dans son rôle à contre-emploi du grand méchant promoteur mégalomane. Il domine la distribution de sa carrure, et parvient à faire rire tout en faisant oublier ses précédentes pitreries : belle prestation !

Thierry Coppée avec Ramzy, le "méchant" du film

Dans ce type d’adaptation, la réalisation est également essetielle car il faut apporter la dynamique nécessaire au film alors que dans la bande dessinée c’est le lecteur qui choisit son rythme de lecture. Il y a surtout un vrai univers qu’il faut alors respecter et trahir suffisamment, pour imposer une véritable patte au long métrage sans trop s’en distancier.

Le réalisateur de Boule et Bill 2, Pascal Bourdiaux évoque la difficulté de transposer ce type d’univers de gags en un long-métrage : « [Dans Boule et Bill] comme avec « Toto », une page correspond à une blague ! Le défi est de reconstituer une histoire qui en fait n’existe pas... Il faut donc beaucoup travailler, tout en conservant l’identité des personnages comme les parents, la bande de copains, les instituteurs en imaginant un enjeu à cette histoire... Mon idée était de montrer un petit garçon très malicieux qui évolue au cœur d’un environnement très actuel, pas trop acidulé ou onirique mais au contraire moderne, réaliste. Je voulais que les enfants qui iront voir « Les blagues de Toto » s’y reconnaissent. Il fallait donc qu’il soit très ancré dans son époque. Il y a même un volet social au récit, avec ce patron RJP qui régit la vie des habitants de la petite ville où habite Toto... »

Sur le tournage : Thierry Coppée avec le réalisateur Pascal Bourdiaux

À notre micro, Thierry Coppée, l’auteur des Blagues de Toto évoquait les difficultés de l’adaptation par rapport au respect de l’œuvre originale : « La différence principale est la représentation des héros : le film a pris de grandes libertés sur ce point. Au début, j’ai trouvé ça dommage, mais d’un autre côté, comme je l’avais toujours fait depuis le début, j’ai fait confiance. Que ce soit Pascal [Bourdiaux] ou la production, ils maîtrisaient mieux le sujet que moi, à savoir la réalisation d’un film. »

Comme en témoigne ces photos, Thierry Coppée s’est rendu sur les lieux de tournage : dans l’école de Seneffe (Belgique), mais aussi dans un bâtiment transformée en musée pour deux scènes principales du film. Dans l’une de ces deux séquences, on peut d’ailleurs apercevoir l’auteur en figurant. Il nous raconte cette expérience : « Oui, je me suis rendu à l’école et dans la scène finale du musée, et j’ai adoré. Tout d’abord de voir le plateau, mais surtout de rencontrer les gens, l’équipe de réalisation, les techniciens, certains acteurs, des figurants. Et je dois bien avouer que tous étaient charmants : il y avait une bienveillance affichée sur le plateau, et j’ai retrouvé cette bienveillance dans le film. Humainement, c’était génial ! »

Daniel Prévost et Thierry Coppée

Et l’auteur de continuer, en partageant son ressenti par rapport au film : « J’ai regardé le film avec une pointe d’appréhension au début. Ensuite, je me suis vu le regarder avec intérêt. Pris dans l’action, j’oubliais toutes les étapes précédentes, les rencontres, les échanges, je regardais juste l’histoire qu’on me racontait, j’ai trouvé le film fluide et sympathique, à la musique franchement efficace et aux couleurs très bien étudiées, donnant une ambiance chaleureuse à l’ensemble. Je ne suis pas objectif, diront certains, mais je suis aussi souvent sévère, et ici, je suis heureux du résultat ! Ce n’est pas le film auquel je pensais il y a quelques années, mais il peut s’afficher sans honte d’être une adaptation de ma bande dessinée. C’est juste une belle aventure en plus de ce que je vis depuis que mon premier tome est parti à l’impression… Tout ce qui a suivi ne fut que découvertes, rencontres et expériences. »

Thierry Coppée reste lucide par rapport à certaines critiques : « Le film est déjà descendu par certains trentenaires sur twitter ou sur youtube. C’est leur droit, ils ont raison de s’exprimer, si c’est leur ressenti. Mais je ne suis pas dupe, beaucoup se sont arrêté à l’annonce, au titre du film pour se forger leur avis, ça arrive. Toto s’est fait incendier lors de la parution du tome 1 de la bande dessinée. Avec le temps, les gens ont regardé mes albums autrement, ont senti le travail qui était fourni et que je ne voyais pas mes livres comme quelque chose de facile. Ensuite, on n’est pas là pour plaire à tout le monde. J’ai aussi des goûts, il y a aussi des choses que je n’aime pas. En revanche, je pense qu’on ne doit pas critiquer sans savoir et surtout qu’on doit tenter d’éviter des raccourcis. Pour cela, on doit faire preuve de maturité, d’expérience ou de doute afin d’avoir un peu de recul face aux évènements aux annonces. Ce n’est pas toujours facile quand on est plus jeune… ou plus âgés d’ailleurs ! Au final, quelle que soit la réaction du public, cela ne changera pas mon attitude. »

Un casting 3 étoiles !

Pour notre part, alors que nous ressentions une vraie appréhension pour cette adaptation, nous l’avons trouvée plus que réussie ! La première scène fait craindre une adaptation mièvre, mais elle est juste présente pour introduire le sujet auprès des spectateurs qui ne connaîtraient pas la bande dessinée.

Pascal Bourdiaux a réussi le difficile équilibre de réaliser un film humoristique, mais également touchant, surtout en évoquant les difficultés de notre société, avec le divorce et les contraintes entre vie privée et vie familiale, sans pathos, mais en osant aborder ces sujets plus difficiles devenus presque des normes : « Nous vivons dans une société qui nous demande de rentrer dans le rang et de gommer nos particularités, nos différences qui sont au bout du compte notre richesse ! C’est très dommage car ce qui devrait être cultivé, c’est la singularité de nos enfants. Dans « Les blagues de Toto », les parents vont heureusement finir par le comprendre et faire en sorte que leur fils ait la liberté de s’épanouir tel qu’il est. Ils vont se rendre compte que leur existence sera plus riche et intéressante avec un Toto plein de vie... »

Suffisamment respectueux de la bande dessinée, le film des Blagues de Toto trouve son identité propre grâce à son casting et sa réalisation. Les enfants s’y amuseront beaucoup, car au contraire de certaines autres adaptations du même genre (celle du Petit Spirou par exemple), les personnages sont ici aussi drôles qu’attachants.

Enfin, le film profite d’une vraie dynamique qui permet de ne pas s’ennuyer un instant. Les grands passeront également un bon moment, se retrouvant dans quelques situations vécues par les parents et grands-parents de Toto. Un film à aller voir en famille, car les réussites dans ce type de registre restent finalement assez exceptionnelles pour qu’il faille en profiter.

Propos de Thierry Coppée recueillis par Charles-Louis Detournay.

Le film sort en salles le 5 août 2020.

(par Charles-Louis Detournay)

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"Les Blagues de Toto" - en salle dès ce 5 août 2020.

L’adaptation du film en bande dessinée : Les Blagues de Toto - Drôle d’aventure par Lapuss’, Ztnarf & Lorien d’après Thierry Coppée - Delcourt. En librarie depuis le 15 juillet.

Sur le même sujet, lire également notre interview de Thierry Coppée : « Toute adaptation demande des concessions. Si vous n’êtes pas prêt à en faire, mieux vaut laisser tomber ! »

Concernant la série des Blagues de Toto, lire également :
- une précédente interview de Thierry Coppée : « J’éprouve beaucoup de plaisir à détailler mes arrière-plans » (février 2011)
- « Les blagues de Toto » adaptées en dessin animé.
- la chronique du tome 3 des Blagues de Toto
- une interview filmée de Thierry Coppée sur le site de notre partenaire France Télévision

Photos : DR.

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