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Toussaint 66/99 - Par Kris et J. Lamanda - Sixto Editions

22 novembre 2016 0 Albums par Tristan MARTINE
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  • Réédition d’un road-movie bretonno-africain. Premier album du jeune Kris sorti en 2002. Une belle réussite de nouveau disponible !

En 2002 parut chez Delcourt un petit album, en noir et blanc, à couverture souple, intitulé Toussaint 66, œuvre de deux débutants, Kris, alors libraire au rayon BD de la Sonothèque, et Julien Lamanda.

Il s’agissait de la première aventure éditoriale de ces deux minots, qui partirent ensuite dans une grande tournée de dédicaces dans toute la France, et notamment à Angoulême, durant lesquelles Kris sympathisait avec ses lecteurs, les écoutait, et scénarisait une dédicace sur mesure, aussitôt dessinée par Lamanda. Il s’agissait également de la première publication de membres des Violons Dingues, un groupe d’une douzaine de jeunes auteurs brestois qui ne demandait qu’à éclore.

Dans cette joyeuse troupe, tous n’ont pas connu le même succès. Obion, dont nous avions salué la grande réussite de son Soucoupes, a su faire son nid dans le paysage éditorial français, mais c’est surtout Kris qui fait figure de tête de proue de ce vivier breton.

En quinze ans, le scénariste à la casquette, l’un des plus talentueux de sa génération au niveau national, a accouché d’une œuvre déjà impressionnante, d’Un Homme est mort à Notre Mère la guerre en passant par Mon Père était boxeur.

Toussaint 66/99 - Par Kris et J. Lamanda - Sixto Editions

L’histoire est un road-movie très cinématographique, mettant en scène Toussaint Polignac, un baroudeur grande gueule, au verbe aussi haut que son poing quand il cogne, une espèce de Lino Ventura des temps modernes. Il doit rentrer dans sa Bretagne natale après avoir fait les quatre cents coups pendant quinze ans en Afrique, suite au décès de sa mère. Arrivé (en retard) à l’incinération de sa mère, il apprend les dernières volontés de cette dernière : que son fils disperse ses cendres au fin fond de l’Afrique, terre qu’elle n’a jamais visitée mais qui l’a trop longtemps privée de son fils. Urne funéraire sous le bras, Toussaint part donc traverser le continent noir, où il trouvera aventure et surprises et sera amené à réfléchir sur le temps passé, sur sa famille et sur lui-même, sa mère l’accompagnant par le truchement de cassettes audio enregistrées et par son souvenir omniprésent.

Comme toujours chez Kris, le matériau de départ est plus ou moins autobiographique. En l’occurrence, cinq des neuf oncles de celui qui était alors un jeune espoir ont vécu en Afrique. De cette ribambelle d’oncles hauts en couleur, il a tiré la quintessence narrative en les condensant en Toussaint, amalgamant leurs expériences et leurs personnalités. « J’ai également choisi de raconter une histoire volontairement « burlesque ». Le misérabilisme émotionnel ou le sentimentalisme facile ne m’ont jamais intéressé. Je trouve la dérision bien mieux placée pour évoquer l’émotion ».

Et c’est réussi. Malgré une seconde partie peut-être plus faible et moins rythmée, l’ensemble marche très bien et procure de véritables émotions au lecteur. Les vingt-cinq premières pages sont juste grandioses, et l’on jurerait qu’Audiard s’est réincarné quelques heures dans la plume de Kris tant les dialogues sont ciselées à merveille, mitonnés aux petits oignons de l’argot et des formules-choc. Le dessin semi-réaliste, à la fois nerveux et élégant, de Lamanda, sert très bien le récit. Son noir et blanc au lavis apporte une belle profondeur à son dessin, son encre de chine diluée donnant une vraie profondeur à l’Afrique qu’il nous transmet.


Cet album est désormais introuvable, et nous pouvons remercier les éditions Sixto, fidèles à leur œuvre de mise en valeur de la bande dessinée (policière) bretonne, d’avoir proposé cette réédition.

Outre l’album de 2002, Sixto reproduit également deux autres récits courts. Peu après la publication de Toussaint 66, les éditions Petit à Petit publièrent un volume collectif d’adaptations de Jacques Dutronc en bande dessinée et proposèrent au duo Kris/Lamanda de se joindre à l’aventure. Les deux comparses y virent l’occasion de renouer avec leur ami et adaptèrent la chanson L’Aventurier en lui donnant les traits de Toussaint Polignac.

Quelques mois plus tard, leur éditeur, Delcourt, lança une bonne revue, Pavillon Rouge, destinée à être alimentée par les auteurs maison, et cela fut l’occasion de réunir une dernière fois nos deux compères autour de Toussaint 99, un court récit se passant trente ans après la fin de l’album, dans lequel Toussaint est un grand-père seulement troublé par les cris de ses petits-enfants qui ont trouvé sur la plage… l’urne funéraire de sa mère !

Le dossier final comporte également quelques mots des auteurs, et des photographies de différents articles de presse et séances de dédicace. C’est vraiment une très bonne nouvelle que cet excellent album soit de nouveau disponible, surtout dans cette version enrichie ! Il avait reçu un bel accueil critique en 2002, espérons que cela soit de nouveau le cas !

(par Tristan MARTINE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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