Trois artistes à Paris par Carlos Sampayo & Oscar Zarate -Aire Libre - Dupuis

24 juin 2006 0 commentaire
  • Une journaliste mal dans sa peau doit écrire un article sur trois artistes arrivant à Paris pour être couronnés par un prix. Chacun avec leurs démons intérieurs, ils jouent une sorte de drame feutré dans le microcosme culturel...

Carlos Sampayo, auteur du scénario, a notamment collaboré avec Muñoz pour des polars référentiels et parfois cafardeux dont certains ont fait date : (Alack Sinner, Le bar à Joe). Ici, son ambition est plus littéraire, mais également tournée vers une forme de légèreté dans le récit. Il s’est adjoint Oscar Zarate, argentin comme lui, qui l’on doit deux titres de gloire : un album remarqué, A Small Killing avec Alan Moore au scénario, excusez du peu [1], et celui d’avoir fait travailler José Muñoz à Londres, alors qu’il fuyait la dictature argentine.

Leurs personnages dans cet album, un écrivain, un peintre et un pianiste, semblent chacun à un tournant de leur carrière, de leur interrogation intérieure. Pour révèler ces conflits internes, une journaliste. Elle non plus n’est pas un exemple d’équilibre ! Ses questions, ses rencontres amèneront les trois célébrités à se découvrir, à faire des choix de vie.

Sampayo et Zarate ont visiblement cherché à élever le débat, tout en privilégiant un ton détaché. Si les artistes évoqués vivent des tourments sérieux, le récit ne les dépeint pas frontalement, mais par petites touches, piquées de pensées intérieures. Des personnages secondaires, parfois farfelus (un garde du corps envahissant, des badauds philosophes), provoquent un décalage régulier. On passe du tragique au superficiel, sachant que nos stars du monde culturel ne connaissent évidemment pas de difficulté matérielle.

Malgré ses dialogues travaillés et son idée de départ originale, Trois artistes à Paris s’avère inégal. On a bien du mal à maintenir une attention soutenue devant les altermoiements de ces privilégiés mondains. 80 pages d’un scénario un peu difficile à avaler, et ce n’est pas le dessin assez rude de Zarate qui nous aide à le faire passer.

(par David TAUGIS)

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[1Traduit sous le titre "Petits meurtres" chez Zenda en 1991, puis sous le titre "Une petite Mort" au Seuil, en 2005.

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