Trolls de troy : Dix ans, toutes ses dents, et quelles dents !

13 juillet 2007 2 commentaires
  • Alors que la série {Trolls de Troy} de Jean-Louis Mourier et Christophe Arleston fête ses dix bougies et que le centième numéro de {Lanfeust} arrive en kiosque ces jours-ci, Arleston et Tarquin s’apprêtent à se lancer dans deux nouveaux cycles.

La filiation avec Astérix est indéniable : Dans le monde de Troy, chaque être un pouvoir magique, quel qu’il soit, grand ou petit, parfois totalement dérisoire. Inspirés du jeu de rôles, activité-phare des jeunes de leur génération, Christophe Arleston et Didier Tarquin ont bâti un univers où les personnages se meuvent en fonction de ce pouvoir. Lanfeust le puceau est flanqué de deux créatures au tempérament de feu. L’une guérit les plaies à la tombée du jour, elle est sa promise ; l’autre transforme en glace tout ce qu’elle veut, si elle le veut. Entre les deux, l’ingénu y laissera son pucelage et fera découvrir à ses lecteurs un univers aux contours fantastiques qui font dire que Lanfeust, c’est un peu Astérix chez les héroïc-fantaisiens.
Trolls de troy : Dix ans, toutes ses dents, et quelles dents !Et de fait, il y a du Obélix dans le troll Hébus (jeu de mot irrésistible) ou du Panoramix dans le Maître Nicodème. Même le dessin de Tarquin est fidèle à la tradition des « gros-nez ». Mais cet Astérix-là s’est autant nourri des super-héros de Strange que des personnages de Tolkien. Cela donne un univers extrêmement bien typé, cohérent, qui a de l’énergie et de la ressource, en phase avec un genre qui s’est imposé comme une norme mondiale de l’imaginaire.

Succès

Lanfeust, créé en 1994, a 12 ans, Trolls de Troy en a dix cette année. Les auteurs en prendront-t-il pour dix ans encore ? On pourrait le croire en écoutant le dessinateur de Lanfeust Didier Tarquin : «  C’est sûr que, les dix ans, tu ne les vois pas passer surtout quand un succès comme celui-là t’arrive. C’était inattendu. On est allés de surprise en surprise. Il y a eu des bons albums, d’autres moins bons. Il y a eu des remises en question, des doutes… Avec Arleston, on forme un vieux couple. Il y a des moments où ça va et d’autres où on se fait des petites scènes de ménage. Si j’ai un bilan à faire au bout de dix ans, c’est plus sur le futur que sur le passé. On arrive au bout de dix ans et on a deux idées, deux thèmes de folie, pour les deux prochains cycles après Lanfeust des Etoiles [1]. J’arrive plus à regarder derrière et mes envies, mes deux yeux, je les emploie pour regarder ce qu’il y a devant moi. Je n’arrive même pas à retoucher mes anciens albums, alors qu’on me le demande. »

Jean-Louis Mourier : Dix ans d’histoires trolles
Photo : D. Pasamonik
Trolls de Troy de Jean-Louis Mourier et Christophe Arleston
(c) Soleil Productions

Exigence

Ne pas s’ennuyer, surtout ne pas baisser la garde, telle est la devise : « Il faut essayer de se renouveler et se demander ce qui peut me donner envie de continuer cette série, sachant que c’est encore elle qui va m’accompagner ces prochaines années. Ces changements, je les ai exercés. D’abord dans la partie, disons, technique : changer de format, de support, d’outil… Tout cela, je l’ai fait, parfois radicalement pendant un album, en m’arrangeant pour que cela ne se voit pas. C’est un peu comme si j’étais toujours dans la même maison en ayant changé le papier peint. Chez Lanfeust, on peut tout changer facilement car c’est un héros basique. Quand il est sur Troy, il pourrait très bien participer à un combat d’Héroïc-Fantasy basique. Quand il est dans les étoiles, il est une sorte de Luke Skywalker. Il peut être Indiana Jones, Tarzan… Lanfeust est finalement tellement souple qu’on peut lui donner de nouvelles saveurs sans le trahir. Ce qui peut me permettre tout le temps de redécouvrir mon personnage. »

Didier Tarquin et ses fans
Photo : D. Pasamonik

Un vieux couple

Didier Tarquin et Christophe Arleston se mettent chacun la pression pour que le résultat soit à la hauteur : « Arleston n’est le maître du jeu d’aucune de ses séries. Il privilégie le dialogue. Si le dessinateur avec lequel il travaille ne parle pas, il devient le maître du jeu. Mais avec moi, bavard comme je suis, c’est impossible. Je dois être le dessinateur le plus chieur qu’il ait. Pour continuer à avoir envie de dessiner ce personnage, je veux vraiment un costard sur mesure. Je reviens énormément sur le scénario mais évidemment avec des arguments. On discute. Si on n’est pas d’accord, c’est une bonne chose, parce que cela veut dire que la meilleure idée viendra avec le meilleur argument. Avec Arleston, je veux qu’il soit dans ses retranchements, je voudrais que ce soit très inconfortable pour lui de faire Lanfeust. Dans l’inconfort, on ne s’endort pas. Et s’endormir avec tout ce qu’on a devant nous, ce serait un gâchis total. Nous avons une chance, et je voudrais qu’on la vive vraiment comme telle. Ce n’est pas que des vacances de faire Lanfeust, même si c’est un jeu. » Un jeu à plusieurs millions de lecteurs.

Le phénomène Lanfeust s’est néanmoins construit et notamment grâce à un mensuel présent en kiosque depuis cent numéros. Toujours rentable, il fait mentir les Pandore de la bande dessinée franco-belge en kiosque. Et c’est d’ailleurs là un des autres points communs ente le couple Tarquin/Arleston et celui de Uderzo/Goscinny : ils ont été les uns et les autres les promoteurs d’un organe de presse qui a porté leur personnage vers le succès. Faites le compte : peu de créateurs en France en ont fait autant.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Trolls de Troy de Jean-Louis Mourier et Christophe Arleston, de même que Lanfeust de Troy par Christophe Arleston et Didier Tarquin sont publiés aux éditions Soleil.

© Arleston, Tarquin, Mourier, Soleil.

Voir l’interview filmée de Didier Tarquin sur France5.fr

[1Un cycle qui devrait se terminer en 2008.

 
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