Tronchet : "Je me laisse guider par le personnage"

21 janvier 2004 0 commentaire
  • Après avoir animé son personnage au théâtre et réalisé un film, {{Didier Tronchet}} nous promet un nouvel album de {Jean-Claude Tergal} en 2004. Son éditeur, Fluide Glacial, publiera l'ensemble des titres en couleur. Une occasion de faire le point avec cet auteur multimédia.

On annonce votre grand retour dans Fluide, pourtant on a l’impression que vous n’êtes jamais parti …

Ça doit faire longtemps que tu n’as plus lu Fluide (Rires). J’aime bien alterner les genres. Je me consacre régulièrement à d’autres projets pour changer d’univers. Avant d’entamer un nouveau film, je souhaitais réaliser un nouvel album de Jean-Claude Tergal.

Fluide est récemment passé à la couleur, ce qui est une très bonne chose. Mon dessin est plus lisible lorsqu’il est colorié. C’est donc une excellente opportunité pour entamer le huitième album. La prépublication dans le magazine est prévue pour février.

N’avez-vous pas l’impression d’avoir fait le tour de la misère sexuelle de Jean-Claude ?

Si ! Mais en même temps, la misère est, par définition, insondable. J’ai souvent l’impression d’avoir épuisé le sujet. Jean-Claude est un personnage vivant, riche en possibilités et peut nous entraîner dans des ambiances différentes.

Autre nouveauté : Ce nouvel album ne contiendra que des gags en une page, ce qui est finalement l’une des traditions de la bande dessinée d’humour. J’ai toujours essayé d’y échapper avec ce personnage…

Il est vrai que, dans Jean-Claude Tergal, vous alternez les gags en trois cases avec ceux de deux pages …

Exactement. Je voulais casser le rythme du découpage en une page et n’y inclure que l’essentiel.

Pourriez-vous faire sortir le personnage de son univers et de sa misère sexuelle ?

Il en est déjà sorti. Un album a été consacré à son enfance. J’y ai traité une période de sa vie où le sexe ne dominait pas encore ses pensées. J’y ai raconté des histoires intimes qui touchent à l’enfance. Mais c’est vrai que la nature même du personnage, c’est l’échec sexuel !

Tronchet : "Je me laisse guider par le personnage"
Tronchet, acteur !
Le dessinateur a incarné son personnage au théâtre.

Avez-vous l’impression que votre regard sur le personnage a évolué après l’adaptation théâtrale et le film ?

Certainement. La pièce de théâtre m’a permis de mieux comprendre Jean-Claude. Je suis rentré moi-même dans la doudoune du personnage. Cela m’a obligé d’introduire d’autres nuances dans le monde de Jean-Claude. Concernant le cinéma, je ne me suis pas identifié au personnage, vu que c’était Mathieu Demy qui l’incarnait.

Vous assumiez cependant le scénario et la réalisation du film, vous étiez donc maître de sa destinée.

Le personnage principal du film n’était pas le Jean-Claude Tergal de la bande dessinée. Il porte son nom un peu par hasard. En dessinant les premières planches du nouvel album, je le retrouve enfin. Il a une logique qui lui est propre…
Je ne peux pas en sortir dans le seul but de vouloir surprendre le lecteur. Je me laisse guider par le personnage.

Avez-vous d’autres envies ? Vous avez abandonné le journalisme pour la BD, puis vous vous êtes essayé au théâtre et au cinéma…

J’ai envie de continuer dans le cinéma et la bande dessinée. Le théâtre fut une épreuve tellement fastidieuse que je ne pense pas la renouveler. Ce fut extrêmement excitant, mais également douloureux !

Vous n’aviez aucun plaisir à monter sur scène ?

Si bien sûr. Quand ça marchait, c’était un grande communion avec le public lorsque je jouais. Je n’ai jamais ressenti cela dans un autre art. Je l’ai réalisé dans une inconscience totale : c’était extrêmement difficile de monter sur scène et d’assumer un spectacle seul, jusqu’à la dernière minute !

Vous souvenez-vous de la première fois ?

C’était comme sauter dans une piscine d’eau glacée. Je suis arrivé sur scène face à des gens qui m’attendaient. Et il fallait que je les fasse rire ! Je n’avais aucun échappatoire possible. Mais à chaque fin de spectacle, c’était un moment exaltant : du bonheur partagé !

Quelles sont vos conclusions à propos du film ?

Le cinéma est un autre langage. Mais ça, je m’en doutais ! Je considère ce premier film comme un apprentissage, et j’ai beaucoup appris sur ce métier en le réalisant. J’espère pouvoir continuer cette expérience, mais l’industrie cinématographie est un univers compliqué…

Pourquoi avez-vous accepté d’en être le réalisateur ?

On me l’a proposé. Ça aurait été insensé de refuser une telle offre. Je l’ai réalisé avec une inconscience totale, malgré la pression. J’ai toujours eu ce mode de fonctionnement. C’est casse-cou, mais ça me plait énormément.

Mathieu Demy et Tronchet

Vous insufflez un petit côté kitch à vos histoires. Pourquoi ?

Je me reconnais dans ce monde là. Mes origines ouvrières du Pas de Calais remontent à la surface. Je me sers donc de mes expériences et les traite avec dérision et tendresse. J’espère … Je ne pourrais pas m’en moquer si je n’appartenais pas à ce monde. Il me serait donc impossible de faire une satire du monde bourgeois, à la Lauzier !

Vous avez adapté un roman d’Anne Sibran, Bleu Figuier. Pourquoi avoir eu envie de le faire, alors qu’elle partage votre vie ?

C’est déjà une très bonne raison (Rires). Et puis, j’ai vécu ses moments de création de manière très proche car je partageais déjà sa vie. En le lisant, j’ai eu le sentiment que le roman comprenait une histoire plus visuelle, plus elliptique.

C’était également un défi d’illustrer un récit empli d’émotion avec un style aussi maladroit que le mien. Je voulais, à nouveau, aller dans un genre où je ne me sentais pas autorisé à aller…

Jean-Claude Tergal
(c) Tronchet / Fluide Glacial

Quels sont vos projets immédiats ?

Le huitième album de Jean-Claude Tergal qui sortira normalement avec un carnet intime, à l’instar de ce qui a été fait pour Coyote et Solé. Il contiendra des dessins inédits et des textes décalés où je raconterai différentes périodes de ma vie. Je vais également publier une suite à Toi et Moi aux éditions Delcourt. Elle s’appellera : Toi et Moi, c’est pour la vie. L’album sortira en février, pour la Saint-Valentin.

Propos recueillis par Nicolas Anspach.

(par Nicolas Anspach)

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Photo (c) Nicolas Anspach
Illustrations (c) Tronchet / Fluide Glacial

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