Trondheim : « Je vais foutre le boxon ! ».

29 janvier 2006 2 commentaires
  • Le Grand Prix, Trondheim n'y croyait pas et il avait déjà pris le train de retour pour rentrer chez lui. Prévenu par son attachée de presse, il a fait demi-tour à Bordeaux. Avec Trondheim, la cuvée Angoulême 2007 risque de ne pas être, à l'exemple de celle de Loisel en 2003, une sinécure pour les organisateurs du Festival.

Les journalistes s’attendent à une année quelque peu atypique avec un auteur qui annonce ne pas les aimer et qui, rentrant chez lui du Festival, a dû revenir en catastrophe à Angoulême, précisément pour les rencontrer. Arrivé dans la cité charentaise, il commence sa conférence de presse en suggérant de virer « les journalistes qu’il n’aime pas ». Ambiance.

Provoc, comme souvent, le cofondateur de l’Association revient sur la sortie de Michel-Edouard Leclerc lors de la cérémonie des prix [1]. « Il est rare qu’un dessinateur seul soit un bon scénariste, dit-il. Il y a quelques exceptions comme par exemple Goscinny. Je vais encore me faire des amis, mais je pense qu’un bon scénariste de bande dessinée doit savoir dessiner. Cela dit, j’ai compté, ajoute-t-il, les scénarios que j’ai faits cette dernière année, et je me suis rendu compte que j’étais l’un des scénaristes les plus prolifiques. Donc, quelque part, Michel-Edouard Leclerc a gagné.  » Ensuite, il rend hommage à Sempé, considérant qu’il est ridicule de faire une distinction nette entre le dessin d’humour et la bande dessinée proprement dite, reproche qui a été fait au moment de l’élection, l’année précédente, de Wolinski.

Trondheim : « Je vais foutre le boxon ! ».
Lewis Trondheim et les journalistes
"Je me dis que c’est comme un suppositoire, il faut que cela passe..." Photo : D. Pasamonik.

Sur le mode ironique stigmatisant le caractère marchand de la cérémonie, et pour prolonger cette réflexion, il déclare qu’il est content d’avoir été élu « pour foutre le boxon ». Il annonce un certain de nombre de réformes dans la façon de concevoir le palmarès. Ainsi, suggère-t-il, «  nous allons créer un prix qui distingue la plus belle rencontre entre un dessinateur et un scénariste, ce sera le « Prix Carrefour ». Un prix écologique, destiné à remplacer le Prix Tournesol, sera nommé le « Prix Auchan », un prix récompensant les vieux dessinateurs qui n’ont jamais reçu de prix s’intitulera le « Prix Mammouth », enfin un prix récompensant l’auteur qui a eu la chance de vendre plein d’albums alors que sa BD est nulle recevra un « Prix Casino ». Il annonce aussi que les lauréats du prix de dessin devront préalablement faire un « test de croquis » et tout scénariste, avant d’être primé, devra faire « une dictée ». Quant aux éditeurs qui voudront avoir un stand, ils devront faire un examen de culture générale.

« Il y a derrière ce prix la volonté de me nuire, a ajouté Lewis Trondheim. C’est le début de la fin. Je vais devenir alcoolique, drogué. Je ne sais pas si je dois être content. Je me dis que c’est comme un suppositoire, il faut que cela passe... »

Le prix attribué à Trondheim aurait en tout cas fait parmi les membres de l’Académie de Grands Prix une certaine unanimité, le dessinateur de Lapinot coiffant au poteau le très aimé et très apprécié José Muñoz. Parmi les observateurs présents, on fait remarquer que cette élection, finalement plutôt consensuelle, réconcilie BD commerciale et BD indépendante, puisque Trondheim publie aussi bien chez Delcourt que chez Dargaud ou à l’Association.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Lewis Trondheim. Photo : Thomas Berthelon.

[1Une cérémonie où, cette fois, Trondheim avait sagement collaboré au protocole.

 
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