Tsav 8 - Par Gilad Seliktar - Ed. Çà & Là

6 décembre 2014 1 commentaire
  • Israël, novembre 2012. À l'occasion d'une opération "Pilier de défense", les réservistes sont mobilisés par l'armée. Gilad Seliktar y va en traînant les pieds...

Que peut un artiste dans un pays perpétuellement en guerre ? Rêver.

Gilad Seliktar est illustrateur et auteur de bande dessinée en Israël. Le téléphone sonne. C’est l’armée. Le dessinateur est mobilisé comme réserviste. Oh, rien de bien terrible, même si, sporadiquement, les missiles tombent sur l’état d’Israël : il s’agit pour lui d’accompagner Avi afin de traquer les réservistes oublieux ou récalcitrants. Nombre d’entre eux sont partis sans laisser d’adresse à l’armée, alors qu’ils savent qu’ils peuvent être appelés à tout moment, voire se planquent, espérant que l’alerte passe vite. Ils peuvent toujours prétexter qu’ils n’avaient pas reçu la convocation. Mais Tsahal a trouvé la parade : ce sont des réservistes mobilisés qui vont traquer les mauvais patriotes en faisant des enquêtes de voisinage, en pistant les indices, pour au final les retrouver.

Le duo atypique accompagné d’un gros chien au cas où les contrevenants -qui reçoivent une injonction (un document qui porte le nom de "Tsav 8") leur donnant quatre heures pour rejoindre leur unité- se montrent un peu trop agressifs, accomplissent mollement leur mission.

Tsav 8 - Par Gilad Seliktar - Ed. Çà & Là
Tsav 8 - Par Gilad Seliktar
© Ed. Çà & Là

C’est l’occasion pour Gilad d’opérer quelques échappées poétiques, notamment en souvenir de Boaz avec lequel il avait fait son service militaire sept ans plus tôt et qui s’était fait tatouer sur le corps un dessin que le jeune dessinateur lui avait donné. Sentiment étrange que de voir son personnage lui échapper pour devenir le prisonnier de la peau de son ancien binôme...

Dans un élégant entrelacs de pages tantôt prune et saumon, tantôt bleutées, Gilad Sheliktar nous offre une fable désabusée dans le contexte d’une guerre sans fin et forcément absurde.

Tsav 8 - Par Gilad Seliktar
© Ed. Çà & Là

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

- Commander cet album chez Amazon ou à la FNAC

LIRE AUSSI :

- Une interview de Galit et Gilad Sheliktar par Arnaud Claes [2009]

- La chronique du précédent album de Gilad Sheliktar, "Ferme 58" [2008].

 
Participez à la discussion
1 Message :
  • Plus qu’une bd sur la place des artistes dans Tsahal, qui font aussi leur service comme par exemple, dans la troupe de musique ou à la radio de l’armée,il me semble que c’est surtout le récit d’un personnage à profil psychologique non compatible avec l’armée,et même pas pour des raisons politiques comme les objecteurs de conscience.Tout simplement parce qu’il est atypique et inapte dans cette réalité militaire, avec ses codes et ses protocoles. Cette bd,hermétique,et ses private jokes, donne probablement une certaine image moins va-t-en guerre, moins musclée de tsahal. C’est une vue en coupe d’une certaine vie au quotidien de millions d’israéliens, toujours dans l’attente d’une prochaine guerre, c’est vrai. Le sujet est très complexe.Quant aux dessins,ils racontent même sans texte une histoire et j’ai trouvé cela intéressant,ces petites choses de la vie, de sa vie.Cette bd me rappelle le travail photographique d’Adi Nes sur l’armée.

    Répondre à ce message