Tsiganes - Par Krrist Miror Edition Emmanuel Proust

29 décembre 2008 2 commentaires
  • Si la Seconde Guerre mondiale est depuis quelques années largement traitée en bande dessinée, certains aspects plus méconnus de cette période sombre et trouble restent encore ignorés du grand public.

En s’intéressant au traitement des Tsiganes sous l’occupation, Krrist Mirror a entrepris de réparer cette injustice depuis plusieurs années.
Animateur d’atelier BD et auteur d’une bonne dizaine d’ouvrages (Gospel Story chez Nocturnes, Cœur de Gorilles (édité aux 400 coups) Krrist Mirror a commencé à publier ses dessins dans Libération, Rock & Folk, etc... pour Métal Hurlant dans les années 1980 avec Akromégalie primé du Grand Prix de la ville de Paris en 1982. Plus récemment, il recut le Prix Tournesol à Angoulême en 2006 pour sa participation au collectif Amiante, chronique d’un crime social.

Suite à sa rencontre avec un historien, il se lance dans l’étude du camp de concentration situé à Montreuil-Bellay, près de chez lui, où étaient principalement enfermés des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale. Kkrist Mirror en tirera des albums pour lesquels il obtiendra plusieurs prix. Un travail qui trouve avec ce livre Tsiganes, publié par Emmanuel Proust, un nouveau souffle et peut-être une conclusion définitive.

Cet album permet de découvrir l’épopée d’une communauté peu épargnée par l’histoire dont on sait encore peu de choses encore aujourd’hui.
L’auteur nous décrit par le menu le quotidien de ce camp de concentration installé « réservé » aux populations tsiganes dont le sort n’avait guère à envier à d’autres victimes de la barbarie nazie. Connaisseur du sujet et issu d’une famille marquée par ce conflit, l’auteur ne dissimule pas la complicité monstrueuse de l’administration française et tout particulièrement de la gendarmerie dont certains membres feront preuve, là comme ailleurs, d’un zèle indéfendable. À travers la figure flamboyante et quelque peu iconoclaste de l’abbé Jollec (parfois à la limite du crédible...) l’histoire bascule vers un héroïsme halluciné illustré par un graphisme rigide et torturé sans complaisance.

Associant démesure et réalisme froid et cru, le trait du dessinateur brosse un tableau peu séducteur pour le lecteur « non averti ». on saluera le courage de la démarche d’un auteur très personnel qui a le mérite d’attirer notre attention sur une des pages les plus noires de notre histoire.

Fort bien documenté, préfacé par Serge Klarsfeld et complété de documents rares et inédits, cette bande dessinée s’inscrit résolument dans la démarche de devoir de mémoire initiée par l’éditeur, depuis le Auschwitz de Pascal Croci.

Un ouvrage un peu passé inaperçu lors de sa publication mais qu’il est encore temps de (re-)découvrir.

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
2 Messages :
  • Tsiganes - Par Kkrist Mirror Editions Emmanuel Proust
    10 janvier 2009 00:57, par Kkrist Mirror

    Bonjour ! Et merci pour ce (très) bon article m’sieur Patrice, mais bonjour aussi l’orthographe de mon nom ds le titre et au début ! Je sais il est barbare à écrire, mais tout de même !...
    En ce qui concerne l’abbé François Jollec, premier aumônier du camp et personnage central de l’album « (Parfois à la limite du crédible)… », la représentation que j’en ai faite, qui se base essentiellement sur des recueils de témoignages de gens qui l’on connus et de documents d’archives et privés, est pourtant certainement en dessous de la vérité, tellement le personnage était haut en couleur et imprévisible. Tour à tour missionnaire à Jérusalem, directeur d’école et prisonnier en Turquie d’où il s’évade, on lui tire dessus perdant au passage un poumon, prêtre « rouge » des ardoisières d’Anjou, ces carrières à ciel ouvert, aux côtés des immigrés de l’époque, ses compatriotes bretons, il échoue au camp de Montreuil-Bellay à l’orée de la Seconde Guerre mondiale . Ces « statuts » avérés sont complétés par d’autres plus fous et flous comme organisateur du réseau de résistance, agent de la DST et agent double,. Ce qui est sûr, c’est que tous les gens rencontrés s’en souvenaient comme d’un homme à la bonté extraordinaire, totalement au service des autres, d’un résistant et d’un héros jamais reconnu, mais aussi d’un « original » au caractère fantasque et à la sensibilité d’un saltimbanque (il était également artiste amateur de théâtre et amateur de vin). De là à considérer ses réactions à la limite du crédible ds la BD, c’est concevable, mais sans aucun doute réel.
    Bien à vous et merci à tous pour vos infos désormais indispensables.
    Le fidèle abonné
    Kkrist Mirror

    Répondre à ce message

    • Répondu par Patrice Gentilhomme le 10 janvier 2009 à  18:13 :

      Cher Kkrist Mirror

      Votre courrier complète avantageusement notre article en y apportant un éclairage érudit et convaincant sur ces événements peu connus (et pas seulement des amateurs de BD !).

      Vos précisions sur le personnage central y sont tout particulièrement précieuses. Incontestablement cet Abbé Jollec était un personnage atypique, au regard de sa fonction et de l’époque ! D’où la formule « Parfois, à la limite du crédible » !

      Si votre travail perturbe une certaine image de la "douceur angevine", il témoigne aussi du sérieux et d’une conviction pas si courante.
      Merci de votre lecture attentive et pardon pour avoir bien involontairement écorché votre nom. De quoi avons-nous l’R ?.

      Répondre à ce message