USA : La crise du Coronavirus signe-t-elle la mort du Comic Shop ? - Troisième partie (3/3) : la fin ?

15 mai 2020 4 commentaires
  • Crise du Coronavirus, pandémie, confinement : est-ce la fin des comic books et des comic shops ? Telles étaient les questions posées lors de nos deux précédents articles qui trouvent ici leur conclusion alors que le confinement se termine. Sur un acte de décès?

Jusque dans les années 1980, tout allait bien : les comics offraient un environnement riche pour l’expérimentation, comme nous l’avons vu précédemment, dans le sillage des succès publics et médiatiques de Batman:The Dark Knight Returns de Frank Miller, Watchmen de Alan Moore & Dave Gibbons, ou encore du Graphic Novel à succès Maus d’Art Spiegelman, d’autant que les ventes sont excellentes et s’améliorent, tout en s’additionnant aux comics qui profitent de multiples débouchés : en kiosque, dans les librairies spécialisées, dans les Video Rental Stores et (timidement) dans les librairies traditionnelles.

D’où un sentiment général que le médium arrive à maturité, même si c’est faire fi de ce qui a pu se faire dans le passé, avant que l’emprise sur le média de l’organisme de surveillance des comics, le Comics Code Authority, désormais moindre, ne viennent imposer sa chape de plombs sur les velléités créatives des auteurs, et éditeurs.

Faux semblants et balbutiements

On est loin dans ces années-là de l’inquiétude qui prévaut actuellement auprès de tous Les acteurs du milieu des comics qui craignent une issue fatale pour leur activité après la crise du Covid-19. Alors, comment en est-on arrivé là ?

Dans les années 1980, euphoriques, l’industrie tente de grandir, vise un public encore plus large, avec force séries limitées de prestige, événements, innovations, amélioration de la qualité d’impression, circuits de distribution parallèles … Les « romans graphiques » en particulier (nous vous en parlions récemment sur ActuaBD.com), provoquent un effet de loupe en raison de l’intérêt des médias généralistes pour qui les comics semblent enfin fréquentables et qui, grâce au cinéma, sont devenus très populaires.

Conséquence : des trade paperbacks et des hardcovers, éditions reliées en souple ou cartonné d’histoires d’abord publiées en tranches au format comic books, sont candidement étiquetés à tort « romans graphiques », un tout autre type de format. En particulier par les librairies, et pas que généralistes, refuges de plus en plus privilégiés de ces histoires dessinées, mélange de textes et d’images, si difficilement classables : la BD !

Honni soit qui mal y pense, mais ce genre de pratiques désintéressées a largement contribué à installer la confusion. Sans compter qu’entre le milieu et la fin des années 1980, lorsque les trade paperbacks se sont multipliés, de nombreux éditeurs se sont contentés de reconditionner des arcs d’histoires complètes, et ont rangé ces livres sous cette nouvelle étiquette à la mode. Candeur toujours, et confusion encore.

USA : La crise du Coronavirus signe-t-elle la mort du Comic Shop ? - Troisième partie (3/3) : la fin ?
"Origins of Marvel Comics" chez Fireside Books, filiale du prestigieux éditeur new-yorkais Simon & Schuster. Un livre de réimpression qui est considéré comme le premier "trade paperback", sur le modèle du précurseur "The Great Comic Book Heroes" de Jules Feiffer (1965) qui avait affolé les fans. Une collection destinée aux fans de BD et aux lecteurs de “vrais” livres !
© Marvel Comics / Fireside Books.

Entre 1974 et 1979, Fireside Books avait publié une collection de recueils de ce genre, avec des personnages de l’éditeur Marvel, considérés comme les premiers trade paperbacks. Une initiative couronnée de succès commercial, avec ses histoires imprimées en couleur, parfaitement reliées pour un ensemble de haute qualité, et des introductions signées de figures légendaires comme Stan Lee, tentative de donner une patine ”intelligente” et respectable aux comics. Un modèle qui va désormais se poser en véritable standard.

"The Silver Surfer : The Ultimate Cosmic Experience " : une histoire autonome avec un début, un milieu et une fin, un roman graphique, donc. Le scénario était à la base destiné au cinéma. Kirby y fait sublimement étalage de la somme de toutes ses expérimentations.
© Marevl Comics / Fireside Books

En 1978 Fireside Books a aussi publié un des premiers romans graphiques : The Silver Surfer : The Ultimate Cosmic Experience de Stan Lee et Jack Kirby. Trade paperback, Graphic novel, deux formats qui auront une impact considérable, pas forcément au profit de celui du comic book, jusque-là roi. Mais pas encore au détriment de son point de vente de prédilection : le comic shop.

Le Graphic novel de Lee et Kirby est une histoire originale et inédite et elle est publiée la même année et avec une intention proche, hors circuit traditionnel, que le fameux A Contract with God de Will Eisner, un recueil de nouvelles. Pourtant on remarque que l’Histoire “officielle” ne semble retenir que le livre d’Eisner comme référence d’un basculement, allez comprendre.

Euphorie et velléités novatrices, disions-nous, c’est là qu’arrivent de jeunes loups, prêts à renverser la table, véritables chiens fous, que l’on surnommera plus tard les "Image boys". Parmi eux, Todd McFarlane, pas encore le golden boy qui a pris la parole pour mobiliser les forces vives pendant la crise du Covid-19, comme nous l’avons vu dans le premier article. Des jeunes loups, pas toujours champions du crayon, mais qui ont bien regardé le travail de certains confrères, tandis que les premiers mangas s’immiscent dans le paysage, ainsi que l’outil numérique, technologie de pointe devenue de nos jours indispensable à la création.

Mangas, numérique...? Akira est traduit au USA. Le coloriste Steve Oliff, fondateur du studio Olyoptics, se sert, pour la première fois, de l’ordinateur pour la mise en couleur des pages de la série, sous le rigoureux contrôle du créateur d’origine, Katsuhiro Otomo. Auparavant, Mike Saenz, concepteur et développeur de jeux vidéo, réalisait les premiers comics et romans graphiques 100% numériques : Shatter et Iron Man : Crash.

Shatter, avec au scénario Peter B. Gillis, est un comic book futuriste très ambitieux créativement, aux histoires réunies en recueil chez First Comics en 1988 sous l’appellation, uen fois de plus, de Graphic novel, dont les dessins et lettrages ont été créés uniquement sur ordinateur, mais aux planches colorisées de façon traditionnelle.

les auteurs évoquent dans ce recueil les réticences et réactions violentes que leur projet avait suscité en 1984, par peur de certains que l’ordinateur remplace à terme les auteurs. Un numéro de Spirou, le Spécial 2510 "futuriste" de 1986, a proposé 28 planches de "Shatter."
© First Comics / Saenz, Gillis.

Mangas et révolution numérique

Iron Man : Crash est un "vrai" roman graphique, lui, où Saenz est aidé par le programmeur informatique William Bate, un livre publié en 1988 également. L’histoire de 64 pages, entièrement réalisée par ordinateur cette fois, se déroule 30 ans dans le futur et nous parle d’un Tony Stark reclus et amer, comme dans le Batman : The Dark Knight Returns de Frank Miller.

DC Comics réagit à ce pas en avant décisif en 1990, avec Batman : Digital Justice de Pepe Moreno, une sorte de combinaison des films Tron et Blade Runner.
Des Innovations qui, une fois encore, attirent l’œil des médias généralistes, sur tout ce qui agite les pages des comics à ce moment-clé pour le médium. Ils vont créer la tendance.

Saenz et Bates ont utilisé divers programmes et techniques informatiques pour dessiner, colorier, lettrer et compiler l’histoire, avec le nouveau PC Mac II d’Apple. Au même moment au Japon, Buichi Terazawa ("Cobra") expérimente aussi dans ce domaine, encore à défricher.
© Marvel Comics

Les mangas arrivent ? Les jeunes loups mentionnés plus haut, regardent aussi, avec grand profit, le travail d’Akira Toriyama et son Dragon Ball (1984). Une révolution esthétique qui ne s’essouffle toujours pas.

Justement, on confie chez Marvel Comics, où ces nouveaux venus se font les dents, les comics les plus prestigieux : Spider-Man, X-men et dérivées…. Les fans exultent, devant une énergie qui semble nouvelle, les comics se vendent par millions.

Les jeunes loups, comme ici l’incontournable Jim Lee qui met en scène l’incontournable Wolverine, ont bien regardé le travail de Mike Mignola et surtout d’Arthur Adams, étoiles montantes des comics auxquels ils rendaient souvent visite et qu’ils ont finalement supplanté...
© Marvel Comics
...Ils ont aussi beaucoup regardé Akira Toriyama et son Dragon Ball, qui commençaient à faire beaucoup parler d’eux. Une dynamique nouvelle pour les comics. Jusqu’à faire table rase ?
© Shueisha

Spéculations

On l’a dit : The Dark Knight Return, Watchmen et Maus, ainsi que l’irruption de l’outil numérique, en même temps que le film Batman de Tim Burton ont suscités l’intérêt des médias généralistes, pour les comics. C’est là qu’un coup de projecteur est mis sur quelques BD rares qui se sont vendues extrêmement cher. Avec des articles dans des journaux, magazines et des reportages TV, détaillant comment des comics rares comme Action Comics # 1 et Incredible Hulk # 181, premières apparitions de Superman et Wolverine, se sont vendues plusieurs milliers de dollars, voire ont passé le million !

Boum : les comics sont tout à coup vus, pour beaucoup par un public extérieur, comme un excellent placement, à long terme ! Badaboum : les mêmes achètent aussitôt, plusieurs exemplaires d’un même livre...

Première apparition de Deadpool, l’actuel chouchou des comics, par le très moqué Rob Liefeld : le “Ed Wood” des comics. Le style violent, exacerbé et rempli d’armes que Liefeld et ses acolytes ont lancé, a un très grand succès dans les années 1990. Lorsque la série X-Force est lancée quelques mois plus tard, elle était emballée avec cinq cartes à collectionner différentes, ce qui a conduit de nombreux spéculateurs à acheter cinq exemplaires, d’où des ventes colossales.
© Marvel Comics

À ce sujet le dessinateur John Byrne, à qui nous avons donné la parole dans le deuxième article, s’interroge, agacé : « Le problème est qu’avec le marché que nous avons créé, il est difficile de dire si un livre se vend bien parce qu’il y a des lecteurs qui l’apprécient vraiment, ou si le marché des spéculateurs est arrivé au bon moment pour propulser certains titres dans la stratosphère. » Il aura l’occasion de s’énerver encore…

Spider-Man N°1 de McFarlane, fait encore mieux. McFarlane a commencé à s’irriter de ce qu’il considérait comme trop d’ingérence éditoriale. Le livre était présenté comme « Spider-Man de Todd McFarlane » vendu par millions ainsi, et pourtant, on continuait à lui faire changer des choses. Il va décider de partir...
© Marvel Comics

C’est la fête à neuneu, on achète tout et n’importe quoi, les éditeurs, grands ou petits, alimentent la demande, tout le monde veut sa part du gâteau ! On publie donc n’importe quoi, sous toutes les appellations, parfois des fonds de tiroirs, des parodies de parodies. On propose une multitude de couvertures variantes pour un même numéro : couvertures flashy, métallisées, chromées, dorées, fluorescentes, holographiques, lenticulaires, gaufrées, enveloppées, pop-up, cartes à collectionner…

X-Men:1 s’est vendu à huit millions d’exemplaires en 1991, record en cours. Grâce à ses cinq couvertures alternatives, dont quatre, réunies, ont formé une image panoramique. Les éditeurs augmentent les tirages, à l’intention d’un "vrai" lectorat souvent inexistant, puisqu’on estime que chaque vrai lecteur aurait dû acheter 17 exemplaires pour vendre ce nombre.
© Marvel Comics

Chez DC, La mort de Superman fait sensation : SUPERMAN EST MORT ! Des copies du comic book sont proposées dans un sac noir (avec un brassard noir) qui se vendent par millions aussi. Bien sûr, Superman va ressusciter, évidemment, mais ça alimente la frénésie. Dans le même temps, Maus d’Art Spiegelman reçoit le Prix Pulitzer (1992), voilà deux belles raisons supplémentaires d’attirer de nouveau l’attention des médias sur les comics.

La bulle des bulles

Une bulle spéculative se forme, amplifiée par les distributeurs de comics, tentés par l’obtention d’un très lucratif monopole. Ainsi les deux plus grands distributeurs des États-Unis - Diamond Comics Distributors et Capitol City - ont fait en sorte que de petits revendeurs puissent ouvrir leurs boutiques. Les comic shops poussent comme des champignons, de 800 en 1979 à 10 000 en 1993, dopant les ventes comme jamais.

Le quasi monopole de Diamond, qui paralyse aujourd’hui l’industrie avec la crise du Covid-19, est le résultat des folies d’une décennie 1990 qui a amené de nouveaux éditeurs dans le jeu, tels Valiant et Image, provoquant un boom de l’offre, avec plusieurs sociétés qui s’en disputaient la distribution : notamment Diamond Comic Distributors dans le Maryland, Capital City Distribution dans le Wisconsin et Heroes World Distribution dans le New Jersey.

En 1994, Marvel Comics dans une frénésie d’acquisitions et d’expansion agressive, voulue par son nouveau propriétaire l’exubérant Ron Perelman, met la main sur plusieurs sociétés de cartes à collectionner et de jouets et sur le distributeur Heroes World. Objectif : devenir le leader du marché. En réponse, DC, Image, Dark Horse et Archie Comics se rangent derrière Diamond Distributors, signant des contrats exclusifs avec la société. Peu de temps après, Diamond absorbe Capital City Distribution, quasiment en faillite.

En 1996, alors que le marché connaissait un gros ralentissement post-boom, Marvel dépose son bilan et ferme complètement Heroes World, signant à son tour un contrat d’exclusivité de distribution avec Diamond, qui se retrouvait ainsi en quasi monopole. Avec les conséquences fâcheuses que l’on connaît aujourd’hui. Merci Marvel.

Pour l’instant nous n’en sommes pas encore là : en pleine euphorie, en 1992, sept artistes de Marvel parmi les plus reconnus et les plus vendeurs : Jim Lee, Rob Liefeld, Todd MacFarlane, Marc Silvestri…, ont quitté l’éditeur de Spider-Man, à qui ils reprochaient trop de contrôle créatif et le non-partage de leurs (gros) bénéfices.

Un bouleversement des usages

Ils partent sur ce que l’éditorial de Marvel pense être un coup de bluff, pour former leur propre entreprise, Image Comics. À cette époque, aucun auteur, ou presque, qui travaille pour un gros éditeur n’est propriétaire de ses créations.

Jean Giraud/Moebius, qui a travaillé quelque temps avant aux États-Unis sur une mini-série avec le Surfer d’argent, fait partie de ceux qui expliquent à quelques auteurs américains la situation toute différente que vit l’Europe. Un discours qui va grandir dans les esprits et faire boule de neige. Cet exode des jeunes loups devenus véritables stars, a été un tournant pour l’industrie.
La création d’Image Comics a fait de ces “dissidents” des millionnaires.

Le label Image comics, qui va faire trembler DC comme Marvel, va confirmer les tendances de ce qui va devenir une véritable école : une esthétique nouvelle, avec des histoires conçues d’une manière la plus frontale, rapproché, et supposée cool, des pages éclatées qui sautent aux yeux du lecteur, des hypertrophismes “badass”. Couplés à des poses très aguicheuses et un faux sens du détail, pour masquer les énormes carences.

Le mirage Image

Car le scénario ? Pourquoi faire un scénario ? Dix-huit pages de bastons sur vingt-deux, trois expressions répétées en boucle, personnages vedettes en pied dans une grande case, ce qui garantit une vente bien plus lucrative des originaux, narration vaguement utilitaire et réduite à sa plus simple expression, voilà où nous en sommes. Le lecteur ? On s’en fout du lecteur ! De toute manière, l’acheteur/spéculateur n’ouvre pas ses comics, de peur de les abîmer, ce qui en réduirait la valeur, marchande évidemment.

Et on ne parle pas du retard chronique dont se font une spécialité ces enfant gâtés de l’ère du dessinateur-roi ! Pourquoi respecter les dates de sortie, de toute manière les livres se vendront, beaucoup !

Rob Liefeld à l’oeuvre, qui va devenir l’incarnation de tous les travers de cette génération ! Le personnage le plus cool du moment est l’incontrôlable Wolverine ? Tous les personnages des comics vont devenir badass, bouger comme Wolverine, toutes dents dehors, poings serrés prêts à sortir leurs griffes, qu’ils n’ont pas….Une “Wolverinisation” des attitudes et jeux de physionomies assez catastrophique, qui perdure encore aujourd’hui. Il faut pourtant le reconnaître en regardant ce que dégagent ces dessins : quelle énergie !
© Marvel Comics

Les “Image Boys" ont surtout eu la très bonne intuition d’engager le coloriste numérique Steve Oliff, boudé par DC et Marvel qui préfèrent en rester à la technique traditionnelle. Oliff accentue l’aspect moderne de leurs comics, avec multiplication exponentielle des couleurs criardes, des effets de lumières, des réfractions, des distorsions, es flous... Une empreinte stylistique qui en met plein les mirettes et qui ringardise soudain les autres.

Oui mais voilà, ce monopole de toutes les attentions, cette exclusivité des suffrages, cet immense succès va créer une sorte de querelle... d’ego ! Qui s’installe entre quelques stars du monde des comics, qui s’estiment bafouées, et quelque part les comics tout entiers avec elles… Une querelle incarnée par la dispute entre Todd McFarlane le golden boy d’un côté, John Byrne et Frank Miller de l’autre !

La chevauchée de Dark Horse

Frank Miller et John Byrne s’associent avec Dark Horse, petit éditeur, qui accepte leurs conditions pour lancer le label Legend. Ils recrutent d’autres talents. Byrne, toujours, avec son excellente mémoire, nous renseigne : « Legend a été inspirée par Image Comics. "Quelle bonne idée !" nous pensions, pour signifier, en même temps, que là les auteurs faisaient des créations qui leurs appartenaient. "Faisons de même - mais faisons-le bien... Il ajoute : Nous voulions dire aucune sollicitation de livres avant qu’il ne soient faits, pas de livres en retard, pas de gadgets... Rien, en fait, juste des BD. Et nous avions certains des meilleurs talents qui travaillaient alors dans l’entreprise, prêts à produire ces comics... Et de préciser : En tant qu’anti-Image Comics, nous avons cherché quelque chose qui dirait "Ici, il y a des histoires !" »

Le label Legend fait la Une de Wizard Magazine, périodique très controversé, surtout par Miller et Byrne qui l’accusent de fausser la donne avec ses parti pris, qui alimentent la folle spéculation. On peut reconnaître parmi les artistes revanchards Mike Mignola et Arthur Adams...
© Dark Horse Comics

Il enchaîne fataliste : « Puis la réalité s’est installée. D’abord, nous avons découvert que certains des gars ne pouvaient pas produire même la plus petite quantité de travail promise. Ensuite, ce qui pourrait être poliment considéré comme "d’autres considérations" a commencé à s’introduire dans la parti e : "Faisons une collection de cartes à collectionner Legend ! Incluons les personnes qui viennent juste de nous rejoindre mais qui n’ont pas encore produit le moindre travail. Et confesse : Je pourrais ajouter que Legend a été sabordé presque depuis le début, précisément par l’ombre accablante de Image Comics. À mi-chemin de notre première année, un consortium de comic shops a élu Legend le "pire nouvel univers. ” »

Une preuve par l’exemple qu’il est toujours compliqué de lutter contre une forme de pensée unique, surtout quand elle fait la tendance et assure le chiffre d’affaire !

La bulle éclate

Jusqu’à l’aveuglement ? En 1993, la bulle explose. Les spéculateurs comprennent que l’affaire n’est pas si juteuse, d’autant que les “arnaques” sont nombreuses. Il comprennent, surtout, que c’est la rareté qui a de la valeur, pas les livres tirés à des millions d’exemplaires. Les ventes de certains comics populaires chutent de 90% par rapport à leurs sommets.

Les “vrais“lecteurs sont partis aussi, en grand nombre. Comme vexés par ce jeu de dupes, duquel ils se sont sentis exclus, pas écoutés, quand ils dénonçaient les excès et la médiocrité créative globale de ce qui était proposé. Les deux tiers des comic shops et de nombreux éditeurs ferment leurs portes. C’est là, en 1996, que Marvel fait faillite, mais garde l’autorisation, protégé par l’article 11 sur les faillites, de publier des livres.

Déjà en 1995, Marvel était dans une situation critique : aucune combine, genre couvertures, gadgets ou autre, ne parvenait à résorber l’énorme stock accumulé. L’expansion agressive orchestrée par Ron Perelman a plombé la société, avec une dette très conséquente. Ainsi Marvel est passée d’une cotation en bourse qui avait connue un pic de 35,75 $ par action en 1993, à 2,38 $ en 1996.

Symbole on ne peut plus représentatif : la star absolue de la maison, John Buscema qui, par contrat, ne pouvait être payé qu’à la page, moins que le mieux payé des dessinateurs employés par l’éditeur, prend sa retraite.

Rebond

Une fois de plus, l’industrie vacille, mais s’accroche. Pour sauver les meubles et créer l’évènement, Marvel et DC s’ impliquent dans un grand crossover qui mélange, au sens premier du terme, les personnages-clés des deux éditeurs : Amalgam. Les deux éditeurs se partagent les publications, qui ne font pas partie de leur continuité historique.

Un crossover gigantesque entre les deux éditeurs-phares qui se partagent aujourd’hui 70% des ventes globales ? Voilà une idée reprise par les auteurs actuels, qui militent pour sauver l’industrie par ce biais, suite à la crise qui inquiète. Pourquoi pas ?

"Amalgam" : DC versus Marvel Comics. Et si Batman fusionnait avec Wolverine ? Une tentative de relancer l’intérêt des fans purs et durs, pas mal bousculés. Deux frères, représentations astrales des deux maisons d’édition, décident de s’affronter en utilisant les héros de chaque univers. L’issue de cinq combats a été choisie par les fans. Ces deux univers ensuite fusionnent.
© Marvel Comics © DC Comics

Dans le même temps, c’est un Marvel en souffrance qui, même sauvé par la cession des droits cinématographique d’une partie de son univers (pour seulement 2,6 millions de dollars, la société a concédé les droits de films et d’animations à 20th Century Fox...) qui externalise cette fois sa création et confie aux studios de certains créateurs d’Image comics, Jim Lee et Rob Liefeld, le soin de relancer ses personnages emblématiques. L’idée est de profiter de la popularité intacte des deux dessinateurs, pour raviver un peu plus l’engouement des (vrais) fans. Et ça marche.

"Heroes Reborn" : Jim Lee et Rob Liefeld sont payés chacun un million de dollars d’avance pour revenir chez Marvel, plus 40% des bénéfices ou 2 millions de dollars, selon la somme qui s’avérait être la plus élevée. Dire qu’à ce moment, Marvel est en faillite !
© Marvel Comics

Les plus grands personnages de Marvel sont repris au début de leur parcours, avec un vernis plus moderne. La firme exige la refonte de davantage de personnages, Jim Lee refuse. C’est un certain joe Quesada qui se propose dès lors de le faire, avec la ligne éditoriale Marvel Knights qu’il supervise. Résultat : il retrouve (enfin) de nouveaux sommets créatifs pour ces héros costumés.

Une réussite qui fera de Quesada le nouvel editor-in-chief de Marvel Comics. Il va se distinguer. Après l’avènement des dessinateurs-rois, s’annonce celle des scénaristes tout puissants. Une bien meilleure affaire pour le lecteur.

On cherche à rappeler aux gens à quel point les personnages classiques sont excellents, à tous les niveaux. Il s’agit d’une remise en état, après les années 1980 et 1990 basées sur la déconstruction des icônes, et d’un genre.

Surtout, après les excès passés et la crise qui a succédé, les éditeurs ont changé de stratégie, et tentent de garder ou attirer des lecteurs qui achètent les comics pour leurs qualités intrinsèques, et non pour spéculer.

Le retour des raconteurs d’histoire

Cela se fait par plusieurs moyens. Une attention plus importante est portée aux scénarios, récits complexes qui s’attachent aux personnages, et pas seulement aux combats des héros contre les vilains. Le lecteur s’est en effet lassé des comics qui n’étaient qu’images sans contenu, véritables "poster books" plus qu’autre chose.
Les éditeurs se mettent désormais à chercher des scénaristes qui grâce à des histoires fortes donneront envie aux lecteurs de revenir le mois suivant, pour acheter un nouvel épisode. Le "full script" s’ impose, avec des scénarios complets découpage et dialogues, que les dessinateurs sont tenus de suivre scrupuleusement, l’éditorial veille.

Kingdom Come, du photoréalisme par l’anti-Rob Liefeld incarné, Alex Ross : le “Norman Rockwell” des comics. Une volonté de revenir à une certaine forme de classicisme avec le retour de Superman dans ce monde bouleversé, parabole déchirante des signes du temps. Avec des comics, une esthétique et une narration biens malmenés. Après la déconstruction, on reconstruit.
© DC Comics

Intelligence de la BD

Bon an, mal an les ventes de comics reviennent au niveau de la fin 1970. Mais le mal semble fait avec un renouvellement du lectorat qui peine désormais à se reconstituer. D’autant que l’outil numérique a aussi permis aux jeux vidéo, vraie concurrence des comics maintenant, de s’améliorer grandement tandis que l’ogre Internet étend lentement son emprise sur tous les types de loisirs.

La fermeture en chaîne de nombreux comicshops a encore plus "ghettoïsé" les comics imprimés, qui avec l’avènement d’Amazon perd de plus en plus sa “surface d’exposition” selon la formule très avisée de John Byrne.

Prenons conscience que l’écriture BD, ce truc pour débile et inculte, air connu, aussi naturelle et évidente semble-t-elle aux habitués, n’est pas d’une appréhension innée, mais acquise. Celui qui ne s’y est pas familiarisé assez tôt ou assez souvent, a beaucoup de mal à la saisir, avec tous ses codes, dans son extraordinaire complexité, où chaque élément compte, où les deux yeux travaillent de concert en même temps sur les images et le texte. Pas si simple...

Il y a donc une "intelligence de BD", que beaucoup d’intelligents, mais pas de la BD, n’ont pas, n’en déplaise ! Une intelligence pour débiles ? Non pas. Mais il faudrait qu’une autre BD s’impose. Cette spécificité langagière de la BD est un véritable obstacle. Pour renouveler un public, perdu ou mal à l’aise face à ce langage, à la croisée de plein de choses, et pourtant si unique, il faut du neuf mais aussi réinventer la "surface d’exposition".

Un nouveau millénaire

Pour renouveler le genre, les éditeurs s’appliquent, dans les années 2000, alors que les adaptations cinématographiques de comics de dernière génération commencent à faire frissonner le box-office, à faire appel à des scénaristes de cinéma, de télévision, à des romanciers qui sont appelés pour écrire des scénarios de BD, pour vivifier le genre. En prévision de l’arrivée d’un nouveau lectorat potentiellement perdu face à la richesse de l’offre, on décide de proposer des nouvelles versions des personnages iconiques, comme, par exemple, la gamme Ultimate chez Marvel. Un choc de modernisation et de fraîcheur. Ainsi Spider-Man redémarre à l’adolescence avec une nouvelle continuité.

"Ultimates" de Hitch et Millar. De la BD vendue comme du cinéma sur papier, alors que….
© Marvel Comics

Surtout, avec The Authority, et encore plus dans Ultimates, le dessinateur anglais Brian Hitch définit le concept de comics "grand écran" : des séquences d’action qui occupent une grande partie de la page, et font écho à l’approche cinématographique des superproductions du cinéma d’action. Il développe le format panoramique dans sa narration, ce qui influencera les comics des 20 années suivantes, à rebours des excès des "Image Boys". Grand écran et dialogues cinématiques sont devenus la nouvelle norme en termes de style. Un style qui va devenir l’inspiration de l’univers cinématographique Marvel, amené à prendre de l’ampleur, boosté eux aussi par l’évolution des effets spéciaux numériques.

Las, toutes les tentatives, plutôt réussies créativement, ne parviennent à convaincre que les initiés, pas beaucoup plus. Un fil semble cassé. Le public regarde ailleurs, où on a mieux su capter son regard, l’attirer. Le contraire de la "ghettoïsation" stigmatisée par Byrne.

À ce moment, le marché de la librairie commence à vraiment défier le "direct market" des comic shops. Face aux romans graphiques, de plus en plus populaires. Le comic book perd encore du terrain. Les récits intimistes se taillent la part du lion, un mouvement parfaitement relayé et prescrit par la presse généraliste, et les remises de prix. Une certaine idée de ce qui serait la bonne BD, artistique, cette "gentrification" dont nous avons parlé ces jours-ci, s’incruste.

"Fun Home" d’Alison Bechdel marque un vrai tournant. C’est un ouvrage vendu comme de la littérature dessinée, alors que... Dans ce récit intimiste, un militantisme sociétal qui va connaître un retentissement certain, s’installe, à la recherche d’un nouveau public.
© Hougton Miffin / Allison Bechdel

On y parle de niveau littéraire alors que la BD n’est pas de la littérature, pas plus que du cinéma ou une galerie d’art, comme le répète Alan Moore, célébrissime scénariste qui s’ est appliqué à construire des récits complexes, d’une manière seulement possible en BD. « Intelligence BD » encore et toujours.

En 2006, Diamond a continué de dominer la distribution sur le direct market. L’effondrement du concurrent FM International a réduit encore la liste de ses rivaux potentiels. L’intérêt croissant pour les trade paperbacks et les graphic novels auprès des librairies traditionnelles et des éditeurs généralistes en a conduit plusieurs à prendre des dispositions avec d’autres distributeurs. Ils constituent aujourd’hui, en cette période de crise du Coronavirus, une vraie bouée de sauvetage. Le bon réflexe de ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier, leçon que l’industrie des comics est en train de méditer, grands et petits éditeurs confondus.

Autre mauvaise nouvelle pour le format comic book et les comic shops en cette fin 2007 : Marvel a lancé Marvel Digital Comics Unlimited, une archive numérique de plus de 2 500 anciens numéros disponibles, moyennant un abonnement mensuel ou annuel relativement modique. DC attendra un peu plus pour se lancer, mais les temps changent.

Les références aux jeux vidéo s’affirment dans les comics, avec la série "Scott Pilgrim" de Bryan Lee O’Malley. Une ode à la culture geek : mangas, animés, jeux de rôle, recettes végétaliennes et rock indé canadien. On brasse de plus en plus large.
© Oni Press / Bryan Lee O’ Malley

On bascule dès lors sur les années 2010 qui voit la montée en flèche des titres de comics indépendants, comme The Walking Dead. Mais il y en a plein d’autres, avec des auteurs qui préfèrent garder les droits des personnages et des univers qu’ils créent, avec comme objectif des adaptations cinématographiques potentiellement très juteuses. Problème : les meilleurs auteurs de cette génération ne travaillent quasiment plus sur les grands personnages des comics.

Maintenant la BD américaine plus que jamais se trouve au centre de l’ensemble de la culture pop, que ce soit au box-office, en streaming, dans les magasins de jeux et jouets ou dans les parcs à thème, tout le monde en profite…Sauf le marché du comics ! Parce qu’il est quantité négligeable ? Parce que si les ventes des comics restent relativement faible, les éditeurs, surtout ceux qui appartiennent désormais à des géants du divertissement, ont trouvé le moyen de gagner de l’argent en utilisant leurs personnages dans d’autres médias bien plus profitables. Le médium original est étranglé par ses produits dérivés biens plus lucratifs. La lutte est inégale.

Mutatis Mutandis

Impossible donc, de vraiment les utiliser et transformer pour les faire évoluer, en tout cas durablement. Il faut être plus grand et plus audacieux que le cinéma, la télévision ou les jeux vidéo ; offrir beaucoup plus de créativité pour démontrer qu’il y a des choses qu’on ne peut obtenir que dans une bande dessinée en suivant le précepte édicté par Alan Moore. Les héros de comics sont constamment recréés au cinéma, les personnages BD doivent donc leurs ressembler, d’où le défi de travailler sur une série pendant que les personnages apparaissent dans d’autres médias.

Et en attendant, comment garde-t-on les lecteurs en ces années 2000 ? On fait appel aux procédés utilisés la décennie précédente : crossovers qui nécessitent l’achat de plusieurs séries pour comprendre l’histoire, redémarrages à zéro, événements plus ou moins factices, le grand retour des couvertures variantes, surtout pour encourager les commandes des détaillants, voire les contraindre. Bref on occupe le terrain, parfois avec une certaine réussite créative, mais bon...

Dorénavant, la lutte pour la représentation occupe le devant de la scène, beaucoup de super-héros féminins sont arrivées au premier plan. Une décennie très girl power. C’est aussi la décennie où les fans (et pas que) sont devenus très virulents sur les réseaux sociaux, leur nouveau terrain de jeu. Certains ont estimé que les comics étaient devenus trop progressistes, quand d’autres affirmaient le contraire…

Alors, esprit d’ouverture on ne peut plus salutaire, ou simple stratégie commerciale pour complaire aux revendications communautaristes, parfois haineuses ou totalement absurdes, dont les militants SJW (Social Justice Warrior) se sont fait une spécialité ? Invectives dont sont de plus en plus souvent victimes les artistes des comics. À ce sujet, les éditeurs qui, par rebond, peuvent se trouver éclaboussés, ont mis en place un protocole de bonne conduite aux relents de Comics Code Authority. On tire mal les leçons du passé....

2014 : arrive Miss Marvel, version Kamala Khan, héroïne musulmane. "Il s’agit ici de lutter contre les étiquettes qui vous sont imposées et qui forment votre estime de soi", précisent les auteurs.
© Marvel Comics

Cependant dans tout cela il y a du positif, et du signifiant : La série Miss Marvel a été un succès-surprise, le premier numéro a eu droit à six réimpressions. Révélateur : les ventes numériques ont également considérablement augmenté, ce qui en a fait un des premiers comics Marvel à affirmer les potentialités du marché en ligne, où les femmes représentent le pourcentage le plus élevé des acheteurs, par opposition au marché des comic shops... Cette évolution est à mettre en parallèle avec le réjouissant mouvement qui pousse à la présence de plus en plus de créatrices dans l’industrie. Le joli succès de Miss Marvel a inspiré une représentation plus diversifiée d’héros et d’héroïnes. Le pouvoir d’achat du public féminin est devenu un enjeu décisif.

Mais ce qui caractérise surtout cette décennie tout juste achevée : c’est que la vente des romans graphiques pour la jeunesse a explosé. C’est le segment le plus populaire et le plus lucratif de l’édition BD américaine aujourd’hui. En partie grâce à des créateurs comme Raina Telgemeier, Vera Brosgol et Kazu Kibuishi.

"American Born Chinese", une allégorie sur ’identité qui est devenue un classique, souvent enseigné, de la BD américano-asiatique.
© First Second / Gene Luen.

Idem pour American Born Chinese de Gene Luen, le premier Graphic Novel à être nominé pour le National Book Award for Young People’s Literature, et le premier à remporter le Printz Award for Young Adult Literature. Ce qui a amené Yang à devenir ambassadeur national de la littérature pour la jeunesse en 2016-2017. Une autre première pour un auteur de BD.

"Smile", un comic sur les mésaventures d’enfance de l’autrice complexée par ses dents. Une BD qui, comme ses titres suivants ("Drama", "Ghosts", "Sisters") ont dominé le palmarès des best-sellers, renommé ironiquement "The Raina Telgemeier Weekly Classement”.
© Scholastic / Raina Telgemeir

L’exemple de Raina Telgemeier, citée plus haut, est encore plus marquant. En 2016, elle représente environ 5% des ventes en librairies de comics au format roman graphique. On raconte qu’aujourd’hui, il est difficile de trouver un enfant de moins de treize ans qui n’a pas lu Smile, un de ses récits. Pour la BD américaine, l’avenir passera-t-il par la création féminine et par les librairie généralistes ? On dirait.

Cependant, restons lucides, la progression apparente du chiffre d’affaires de la BD américaine, dont l’équilibre repose sur de très petites marges, est due à une explosion du prix de vente des livres ces dernières années. Des augmentations qui coupent encore un peu plus les comics d’un certain public… et qui en surreprésentent un autre, qui impose encore plus son modèle à tous. Un serpent qui se mord la queue et une dynamique regrettable, pour le coup obstacle à la diversité et des points de vue.

Voilà comment nous en sommes arrivés là, pour la fin annoncée, par les plus pessimistes, du comic book et de son meilleur allié, le comic shop. Boutiques dont on peut craindre que la crise du Coronavirus n’éclaircisse encore plus les rangs. Mais le pire n’est jamais sûr, les comics en ont vu d’autres. D’ailleurs un retour à la normale se dessine : Diamond Comics Distributors a repris son activité, tout le monde respire un grand coup. Mais comment va se dessiner l’avenir ?

La fin ?

Pour conclure laissons la parole au tonitruant John Byrne, grand professionnel et observateur avisé du milieu des comics déjà évoqué. Un sage, pas vraiment épargné par les réseaux sociaux, plus que tout passionné par son médium, La BD. Toujours un grand moment : « Une machine à remonter le temps serait utile, en ce moment. Remontez et tendez un doigt en direction de toutes ces personnes qui n’ont pas écouté quand j’ai prédit que l’état actuel de l’industrie était le résultat naturel de ce que l’industrie faisait ou commençait à faire alors. [...] Fondamentalement, nous devons remettre le produit dans le nombre maximum de lieux, dans des packages bon marché et accessibles. Les comics sont principalement un mode cyclique, et ils dépendent du fait que les nouveaux lecteurs peuvent les découvrir spontanément, sur un présentoir à roulettes, au drugstore, au Mom & Pop ou à l’épicerie, au dépôt de bus, etc. [...] Tant que du sang neuf doit prendre une décision consciente d’entrer dans une librairie ou un comic shop, à la recherche de bandes dessinées, et tant que les BD que nous produisons continuent de viser le mauvais public, il y aura problème. »

John Byrne
Photo DR

Il invective : « Mettez cela dans votre petit cerveau : les trade paperbacks ne sont pas le futur de cette industrie. Ils sont une autre industrie pleine et entière, comme les films le sont à la télévision, soumis à ces prima donna qui travaillent dans la BD. Continuez à féliciter ces élitistes non professionnels pour leurs échecs. Bientôt, il n’y aura plus que des trade paperbacks ! » On l’a compris c’est un sacré défenseur de l’historique format comic book.

Alors, quand on sait que l’industrie des comics se décompose en âges (âge d’or, âge d’argent, âge de bronze) et que nous sommes depuis une quarantaine d’années dans "l’âge moderne", qui du comic book, du trade paperback, du roman graphique, ou du support numérique, sera le format qui sortira vainqueur de la décennie 2020 à venir, prélude à un nouvel âge ? Peu importe ! On l’espère rempli de bonnes histoires, de cases et de dessins.

(par Pascal AGGABI)

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4 Messages :
  • Age moderne sonne mieux qu’Age de plastoc !

    Byrne a raison quand i dit qu’il faut des produits disponibles partout à des prix attractifs. Longtemps, le prix du comics Marvel était aligné sur celui du MacDo de base, sans même une tranche de fromage. Maintenant, on en est à celui Deluxe.

    Problème similaire, en France on a Mickey, efficace pour les tout-petits, puis entre 8 et 15 ans, le journal de Spirou (mais les jeunes lycéens préfèrent sans doute les scénarios de Cauvin à ceux de Trondheim). Ensuite Fluide Glacial. Pas vraiment de choix. Le paysage-presse s’est liquéfié. Reste la possibilité de parutions directes directes en albums (moyenne de trois mille exemplaires par an ).
    Compte tenu de facteurs d’échelle des différents marchés (additionnez la population des Etats-Unis, du Canada, de L’Australie et de l’Angleterre) comparée à celle de la France, Belgique et Suisse francophone), et de la notoriété internationale des licences Marvel et DC les plus appréciées (même en Chine, au Japon, en Russie. Ce n’est pas là que nous allons vendre des containers d’albums), je pense quand même que le Comics survivra encore longtemps.

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    • Répondu par Pascal Aggabi le 16 mai à  16:10 :

      John Byrne a souvent raison, en plus d’une excellente mémoire il a un esprit très structuré, très rationnel, même s’il s’exprime souvent d’une manière qui fait le délice de ses détracteurs, à l’affût.

      Pour le reste, oui les comics survivront, évidemment. La BD est un art très vivant et une écriture qui peut tout embrasser, peu importe le genre ou format, seul le talent compte.

      Le snobisme, lui, est une impasse.

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  • Je ne sais pas à combien d’années remonte mon dernier achat d’un comic book en fascicule !
    Ce support ne m’intéresse plus. Je n’achète que les TPB dont j’apprécie particulièrement la présentation et la pagination, au point que c’est celle qui remporte toutes mes faveurs.
    Personnellement, je n’en ai rien à faire du carton et du luxe, chers aux lecteurs de franco belge. Je n’achète pas non plus les formats Omnibus dont le prix me paraît trop élevé.
    Ce que j’aime dans les TPB, c’est qu’ils proposent une histoire complète sans que l’on doive se rendre en comic shop régulièrement. Ils sont faciles à ranger et à stocker (avec mes milliers de livres, c’est une qualité qui a son importance) et j’aime leur aspect simple, standardisé et sans ostentation. C’est la raison pour laquelle je boude les versions françaises qui nous vendent leurs morceaux de cartons.
    D’ailleurs, les éditeurs US me paraissent également porter une part de responsabilité dans le marasme des ventes au fascicule en ajoutant des bonus (la plupart du temps inutiles, d’ailleurs, sauf quand ils contiennent des pages inédites) aux TPB.
    Je me souviens avoir été absolument dé-goû-té quand David Mack a sorti un TPB de Kabuki comportant un nombre conséquent de pages inédites, alors que j’achetais religieusement chacun des fascicules à leur sortie. Lesquels était déjà plus luxueux que le modèle agrafé ordinaire. Je me suis dit que plus jamais je n’achèterai un fascicule. Alors qu’à l’origine, je le faisais aussi pour soutenir une série et son auteur. A présent : du TPB, rien que du TPB.
    Ou rien.

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  • D’accord, mais sans comic books plus de trade paperbacks.....des recueils de comic books.
    Trade paperbacks qui à leurs tours vont disparaître, pour devenir des roman graphiques, des histoires complètes découpées, narrativement, d’un bloc. Ce n’est pas une mauvaise chose intrinsèquement, mais c’est autre chose.

    La sortie programmée des comic books oblige à une certaine régularité, fixe un rendez-vous, entraîne une dynamique. Sans compter que certains artistes retardataires permettent à d’autres artistes de proposer des histoires courtes, ce qui leur permet de trouver du travail ou de débuter une carrière, de se former. Ainsi certains sont devenus des acteurs majeurs du milieu.
    Tout cette dynamique n’est pas anodine.

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