Ultimates 2 – Par Mark Millar, Bryan Hitch & Steve Dillon – Panini Comics

8 janvier 2018 3 commentaires
  • Second tome consacré à la réédition des « Ultimates » de Mark Millar : après une bonne décennie écoulée, l’œuvre du scénariste écossais continue encore de faire son effet.

Suite directe du premier tome consacré à Ultimates, cet album repose sur la même mécanique d’ensemble : l’aventure prend place dans l’univers Ultimate (qui venait de naître au début des années 2000) et non pas dans l’univers classique de l’éditeur Marvel, les emblématiques personnages qui composent d’ordinaire l’équipe des Avengers sont écrits dans de nouvelles et étonnantes directions sous la plume du scénariste Mark Millar (qui a par ailleurs souvent tendance à beaucoup les torturer ou les éprouver). La critique de cet album pourrait se révéler brève : si vous accrochez au style littéraire associé à Mark Millar ou si vous avez apprécié le précédent tome, vous serez en terrain conquis avec la seconde itération de Ultimates.

Cet album propose trois histoires complètes, deux issues de la série The Ultimates 2 et une d’un Annual consacré à la série. Même si l’Annual permet de creuser le message de la série (notamment en vue du dernier acte) et permet de découvrir la participation du dessinateur Steve Dillon au projet, ce sont les épisodes de la série The Ultimates 2 qui ont capté notre attention.

Accompagné comme la première fois par le dessinateur Bryan Hitch, Mark Millar propose deux principales intrigues ici : durant la première, les Ultimates doivent laver leur linge sale en public (le procès de Hulk après le saccage de Manhattan du précédent tome, l’arrestation de Thor supposé schizophrène) pour éviter de disparaître sous a pression de la vindicte populaire ; dans la seconde, l’équipe doit faire face à une coalition mondiale qui souhaite, par différents moyens, retirer aux États-Unis leurs armes de dissuasion super-humaines que représentent les Ultimates !

Ultimates 2 – Par Mark Millar, Bryan Hitch & Steve Dillon – Panini Comics
Thor vendra cher ses convictions à ceux qui veulent les nier.
© Marvel

À nouveau, Mark Millar brille ici grâce à son écriture. Les intrigues sont surprenantes, souvent inattendues grâce aux retournements de situations bien sentis (l’intrigue norvégienne en particulier vaut son pesant de cacahuètes), mais surtout, très évocatrices grâce aux tensions géopolitiques et éthiques auxquelles elles ont recours.

En effet, sous la plume de Mark Millar, la politique étrangère des États-Unis et ses interventions dans des pays étrangers au début des années 2000 sont souvent perçues comme impérialistes par nature par de nombreux autres pays du monde ; ce qui pousse ces peuples à haïr des Ultimates davantage considérés désormais comme des nouvelles armes au service de la politique américaine que comme des héros. Vu de certains pays étrangers, utiliser les Ultimates pour sauver les États-Unis d’une invasion extra-terrestre, c’est d’accord, mais les envoyer désarmer le nouvel arsenal nucléaire d’un pays du Moyen-Orient qui n’est pas un allié des États-Unis, ça passe beaucoup moins bien...

En faisant de son récit une métaphore nullement bas de gamme de l’influence contemporaine des États-Unis dans le monde (notamment celle de l’après 11 septembre 2001), Mark Millar propose aux lecteurs quelque chose de férocement intrigant.

En ce qui concerne les personnages, le scénariste continue sur sa lancée et les torture de bien des manières. Outre des personnages qui surprennent à nouveau par rapport aux canons classiques, au-delà des épreuves souvent terribles qui les attendent, l’auteur parvient à faire naître chez le lecteur à nouveau un sentiment d’empathie important autour de personnages bien ciblés.

À ce jeu-là, difficile de ne pas s’attacher au sort de Hulk, de Thor, mais aussi du très discret Hawkeye. Que vous recherchiez des personnages mis ou à l’épreuve ou qui rayonnent au fil des pages par leur comportement et leurs interactions, Mark Millar propose à nouveau de quoi faire sur ces plans dans cet album.

À l’image de l’équipe, Hawkeye passe un très sale quart-d’heure.
© Marvel

Il nous est aussi très difficile de ne pas souligner le travail titanesque du dessinateur Bryan Hitch dont les planches, par leur conception et leur exécution pour représenter une telle ébullition d’action, a les atours d’un long-métrage conçu par un réalisateur soucieux de sa photographie. Un travail exceptionnel, illustré par un formidable diaporama de huit pages qui ne peut qu’interpeller le lecteur.

Nous vous recommandons très chaudement la lecture de cet album tant les qualités de Mark Millar et de Bryan Hitch y sont manifestes. Un album pour les lecteurs qui souhaitent se replonger dans cette fantastique aventure, mais aussi pour les nouveaux lecteurs qui ont été initiés à ces personnages par les films produits ces dernières décennies de Marvel Studios, dont les concepts sont souvent tirés de ces comics.

(par Romuald LEFEBVRE)

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Ultimates 2. Par Mark Millar (scénario), Bryan Hitch et Steve Dillon (dessins). Traduction de Sophie Watine-Vievard. Panini Comics, collection Marvel Icons. Sortie le 15 novembre 2017. 432 pages. 36,00 euros.

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3 Messages :
  • Excellent article pour cette nouvelle réédition d’un run mythique !
    Il ne faut pas oublier que quand Millar a lancé cette série ultimate, les Avengers étaient en perte de vitesse auprès du public américain. Donc le titre de la série est Ultimates tout court, et non Ultimate Avengers. Une différence de taille avec les deux autres titres, Ultimate Spider-Man (bien utile pour les scénaristes de Sony) et Ultimate X-Men (bien pratique pour les scénaristes de la Fox).
    Mais le succès est quand même venu, à juste titre. Pas facile de moderniser sans la trahir une série mythique du Marvel Universe. Mark Milllar s’en acquitte à merveille, magnifiquement accompagné par Bryan Hitch, excellent lorsqu’il travaille sur des textes passionnants de Warren Ellis ou de Mark Millar (un peu moins en leur absence, malgré tout son talent graphique). Il y a là une alchimie qui fonctionne entre le scénariste, le dessinateur, mais aussi l’encreur et la coloriste. Les super-héros ne sont plus datés ou ringards ; redéfinis, ils entraînent les lecteurs dans le XXIème siècle. Un plaisir pour ceux qui connaissent ces persos costumés depuis des décennies, un excellent point d’entrée pour tous les autres. Les séquences d’action sont impressionnantes et dignes des gros blockbusters, mais les dialogues sont cette fois affûtés comme des lames de rasoir, pertinents et parfois drôles. Le danger vient plus souvent de l’inter-action de ces héros aussi puissants que faillibles, que de l’attaque d’un mystérieux super-ennemi.
    Et l’approche politique de l’Ecossais est un subtil pied de nez aux tenants de l’impérialisme américain, culturel ou pas !

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  • La politique prônée par la nouvelle direction de Marvel Comics qui vient de changer d’éditeur en chef,est.....plus de politique !
    Avec ce qu’ils qualifient de retour au "jambon-beurre",c’est à dire au classique bien dégagé derrière les oreilles et pas un cheveu qui dépasse,pour ne froisser aucune susceptibilité en ces temps où chacun revendique sa petite douleur le doigt accusateur.

    L’industrie des comics qui semble abdiquer devant l’idée de renouveler son lectorat à l’intérieur de ses frontières où les commerces destinés ferment les uns derrière les autres,cherche de nouveaux points de croissance à l’international sur des territoires pour elle en friche,là où l’ingérence américaine,et pour tout dire occidentale,que ce soit d’un point de vue politique,culturel,social ou moral est de plus en plus mal perçue et supportée.

    Dans un premier temps l’industrie des comics a voulu,sous couvert d’esprit d’ouverture, faire de l’oeil au public acheteur de livres - de livres classiques genre littérature - souvent plus aisé économiquement que l’on a caressé dans le sens du poil par l’esthétique et la forme,le discours voire l’afféterie ,et la mise en avant de leurs revendications ethniques ,religieuses,sociétales ou identitaires.Le système a finalement touché ses limites pour une industrie qui n’a entretenu l’illusion de sa bonne santé économique qu’avec l’augmentation conséquente de ses tarifs,ce qui de fait l’a coupé de tout un bassin de population incapable de suivre économiquement,un bassin de population que l’on peut pourtant considérer comme le plus dense.Mauvaise pioche au final.
    Le précédent éditeur en chef de Marvel était il y a peu encore reconnu pour sa promotion de la diversité,notamment LGTB.Les raisons économiques et géo-socio-politiques ont eu sa tête.

    Les temps changent,on se cherche,on s’adapte,souvent dans l’urgence et le souffle court obnubilé par le prochain bilan comptable.Mais faisons confiance aux créateurs qui trouvent toujours un moyen de ne pas se laisser faire.

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    • Répondu par Pascal Aggabi le 10 janvier à  00:33 :

      On murmure aussi que la principale raison du départ de chez Marvel Comics du scénariste-star Brian Bendis pour le concurrent DC Comics, transfert récent qui a créé l ’événement , est le renoncement de Marvel à faire la promotion de la diversité, évolution pour laquelle Bendis avait beaucoup oeuvré.

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