Ulysse revient... en 1781 !

20 janvier 2015 0 commentaire
  • C’est une histoire universelle, celle d’un homme qui oppose son libre-arbitre à la domination des dieux. Bien avant Thorgal, Homère avait ainsi fait vivre bien des péripéties à son héros Ulysse. En voici une nouvelle transposition en pleine révolution américaine, un récit mené avec panache par Dorison & Herenguel.

Xavier Dorison est en passe de devenir le scénariste incontournable de 2015 ! Alors qu’on attend sa reprise de Thorgal pour cet automne et son très attendu d’Undertaker qui va paraître chez Dargaud fin janvier, il bouscule d’entrée les étals avec sa propre vision du mythe d’Ulysse.

Rappelons que le scénariste apprécie ce type d’exercice qui consiste à s’approprier les grands mythes littéraires : il l’a prouvé notamment avec [Long John Silver-art5360] où il convoquait R-L. Stevenson ou encore Asgard, appuyé sur la mythologie viking.

Ulysse revient... en 1781 !

« Xavier [Dorison] est venu me trouver avec une idée assez précise, nous explique Eric Herenguel le dessinateur de cette nouvelle saga. L’épopée d’Ulysse reste universelle tant qu’elle reste crédible, car c’est l’histoire humaine qui est importante. C’est en lisant "Lune d’Argent sous Providence" qu’il a eu l’idée de me proposer son récit, car il imaginait poser le cadre de la guerre d’indépendance américaine. C’est une période qui me passionnait également, car ce continent est un accélérateur d’histoire par rapport à l’Europe. En deux siècles, Les Américains ont vécu leur Moyen-Age, puis leur Renaissance et leur Révolution, bref, tout ce qu’on a vécu en six siècles !

Lors de la Révolution américaine, la vieille Europe a redéfini les jeux de pouvoir dans une unité de temps assez limitée. Elle constitue un jeu de poker-menteur entre les alliances politiques européennes. »

Le choix du continent américain s’explique, car Éric Herenguel s’était effectivement déjà beaucoup documenté sur le sujet lors de son inoubliable diptyque Lune d’Argent sous Providence, même si ce précédent récit se situait historiquement près d’un siècle après celui d’Ulysse 1781. Sa maîtrise graphique lui avait permis ensuite de travailler avec Arleston sur le diptyque de Nuit Safran. Lune d’Argent sous Providence demeure un très bel exemple d’incursion du fantastique dans un récit réaliste historique et c’est certainement pour cette raison que Dorison a proposé Ulysse 1781 à Herenguel.

« Xavier en a écrit trois versions différentes sur deux ans, raconte le dessinateur. Et la troisième était celle qui le tentait le plus. "Lune d’argent" constituait effectivement un bon précédent graphique d’usage du fantastique que Xavier désirait utiliser. J’ai fait des repérages à Boston sur les lieux ou la révolution va commencer, dans les musées, ainsi que dans un cimetière où reposent les premiers présidents américains. J’ai donc apporté ma patte sur les petits détails. J’aime effectivement dessiner la période américaine. Les enjeux graphiques étaient énormes, dont le vaisseau traîné par douze chevaux. J’ai donc traversé une période de doute, mais je ne pouvais pas passer à côté, pour continuer à me mettre en danger et éviter de tourner en rond. »

Le contexte évocateur de cette période trouble de l’Histoire américaine est certainement un des atouts de cette transposition. Les détails apportés aux reconstitutions permettent d’ancrer le récit dans une réalité palpable dans laquelle les personnages commencent à prendre de l’épaisseur. Le fantastique s’invite par touches successives.

Il fallait bien un être surnaturel pour affronter cette force de la nature qu’est cet Ulysse 1781. Le lecteur appréciera sans doute ce choc des titans, mais certains s’offusqueront de ce glissement. Quoiqu’il en soit, le graphisme d’Herenguel, soutenu par les couleurs de Lamirand, permet de faire progressivement monter un fantastique nimbé de mystères.

« J’ai lâché la couleur directe pour revenir à un encrage classique, explique Herenguel, En référence à quelques grands auteurs, dont De la Fuente. Les originaux sont en noir et blanc, rehaussé d’un lavis gris afin de donner du volume et de renforcer l’atmosphère. J’avoue avoir poussé mon coloriste Sébastien Lamirand dans ses retranchements afin de coller à l’éclairage que j’avais imaginé. Le point de référence était effectivement "Lune d’argent", mais je ne lui ai donné aucune indication de palette de couleurs. C’est lui qui a fait tous les choix en fonction du lavis et de cette base, de ces mises en lumière qi doivent entraîner le bon choix des couleurs. Nous avons tous les deux beaucoup appris dans cette collaboration. Le choix du numérique peut sembler étrange lorsqu’on vient de la couleur directe, mais cette technique devient incontournable ! Nous aurions pu opérer de façon classique, mais il a fallu deux ans pour obtenir ce résultat. »

Penn, la femme d’Ulysse, est séquestrée par des Anglais aux abois !

La grande réussite de cet album tient dans la construction des personnages. L’Ulysse de Dorison-Herenguel, dans ce premier tome, déborde de suffisance. Pourtant, à l’arrivée de son fils Mack, on commence à percevoir les fêlures, qui le rendent à sa condition d’homme. Car l’épopée humaine reste le moteur de ce récit. Établi sur soixante-deux pages, ce premier épisode a permis aux auteurs d’installer solidement leur personnage et leur intrigue, ce qui fait de cette entrée en matière l’un des récits les plus prometteurs de ce début d’année !

Dorison a le sens de la formule

« Nous avons décalé de huit mois la sortie du premier tome, raconte Herenguel, Afin que le tome 2 sorte à la fin de l’année 2015. Xavier a bien entendu une idée sur l’idée de la structure de la série, mais cela va dépendre des réactions du public. Nous avons prévu de réaliser deux diptyques, mais je veux continuer à structurer le personnage d’Ulysse qui doit vivre une longue rédemption face aux dieux. Pour que le voyage soit intéressant, il lui faut une conclusion. Mais derrière le récit, il ne faut pas oublier le contexte humain : la liberté ne vaut que pour ceux pour qui l’ont défendue. Ces hommes sont des survivants, et la liberté est mise à mal. Ulysse n’est pas qu’une fiction, des hommes sont morts pour défendre leurs idées, et encore aujourd’hui des hommes meurent pour défendre le droit de s’exprimer. Sur cette ligne de front, le combat ne s’arrêtera jamais car le choix restera binaire : obscurantisme ou lumière. Alors oui, malheureusement encore aujourd’hui, nous pouvons mourir pour nos idées là ou de grands hommes ont décidé de vivre pour défendre celles ci. »

Documents
Le fantastique pointe le bout de son nez...

(par Charles-Louis Detournay)

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