Un Ciel radieux - Jirô Taniguchi - Casterman

4 janvier 2007 0 commentaire
  • Avec de nouveau un point de départ dramatico-fantastique, Taniguchi semble revenir sur son travail pour "Quartier Lointain". Autour de la notion du deuil et de la force des liens familiaux, il réussit, une fois de plus, à lier émotion intense et philosophie universelle. De grands moments vous attendent en fin d'album.

Un accident comme beaucoup d’autres : un motard jeune et fougueux, sûr de sa conduite, et en face un cadre fatigué forcé de faire une livraison tardive avec la fourgonnette de la société. Un faux mouvement, et le choc intervient. Après de longues journées de coma, Takuya, le jeune de 17 ans, reprend conscience. Mais son esprit est celui de Kazuhiro, qui n’a pas survécu après ce terrible choc sur l’asphalte. Un homme de 42 ans se retrouve projeté dans le corps d’un adolescent....

La famille de Takuya, d’abord soulagée, se rend compte que leur aîné a bien changé. Il a perdu la mémoire. Son esprit est ailleurs, il est songeur et souvent sombre... Et pour Takuya/Kazuhiro, il faut maintenant tenter de faire comprendre ce qui est arrivé aux membres des deux familles, ainsi qu’à sa petite amie, Kaori. Forcément incrédule et désarçonnée au départ, celle-ci va l’aider à s’expliquer, à retrouver un sens à cette deuxième vie si étrange.
D’autant plus que petit à petit, Takuya reprend possession de son corps, effaçant au fur et à mesure toute trace de Kazuhiro. Ce dernier se demande alors ce qui va se passer ensuite... Dans sa quête de vérité, mais aussi de rachat, Kazuhiro bénéficie de l’aide précieuse de Kaori, alors le tandem Takuya/Kazuhiro va connaître une période de cohabitation difficile à gérer.

Taniguchi s’est beaucoup impliqué dans ce manga et il a jugé utile d’en faire un commentaire en postface, de façon très claire et pleine d’humilité. Partant d’un canevas fantastique déjà utilisé dans d’autres mangas, comme dans la série Heads, il aboutit très vite à une exploration des tensions familiales, avec le monde professionnel sans pitié en arrière-plan.
Si au départ, on peut trouver l’analogie avec Quartier Lointain un peu trop évidente, le talent de Taniguchi pour décrire les troubles intérieurs de ce personnage bicéphale emporte le lecteur jusqu’au bout. Les dernières pages, qui voient le mort en sursis dire adieu à ses proches, sont bouleversantes, avec une image inoubliable : Takuya, qui est champion de moto-cross, exécute un impressionnant saut en hommage à Kazuhiro, et envoie en même temps son âme au ciel.
Toujours soutenu par une maîtrise graphique incomparable, avec un sens de la retenue dans les expressions des visages qui n’appartient qu’à lui, Taniguchi montre une fois de plus sa maestria et sa capacité à transcender les genres. Un Ciel radieux - Jirô Taniguchi - Casterman

(par David TAUGIS)

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