Un homme est mort - par Kris et Etienne Davodeau - Futuropolis

8 novembre 2006 0 commentaire
  • Kris est incontestablement un auteur à suivre. Il s'était confié sur ActuaBD récemment et parlait de son projet « Un homme est mort » à paraître pour le mois d'Octobre chez Futuropolis.

Il nous en parlait, et maintenant l’album est bel et bien là. Et à peine dans les bacs, le premier tirage de 17.000 exemplaires serait, selon l’auteur, déjà épuisé ! Le public ovationne le livre et la presse le couronne : Un Homme est mort se voit décerner le prix RTL du mois d’Octobre 2006.
En ces temps incertains où les collections disparaissent [1], où les séries sont stoppées prématurément [2], où les auteurs, les petits éditeurs, les festivals et la presse spécialisée s’interrogent sur leur avenir, cet ouvrage et son succès sont un vrai contre-exemple de ce que le monde éditorial est encore capable de faire. Petite bouffée d’oxygène dans un secteur pressé par les gros groupes et un lectorat en perte de repères.

Un homme est mort - par Kris et Etienne Davodeau - Futuropolis

Il a fallu quatre ans pour réaliser cet album. Associé à Davodeau, déjà spécialiste des bandes dessinées militantes, le scénariste, sollicité par Gilbert Le Traon, directeur de la cinémathèque de Bretagne et par Oxo, un de ses amis de l’Atelier des Violons Dingues [3] se lance dans l’aventure qui le ramène à ses origines !

L’histoire est belle. Il s’agit de redonner vie à un film unique, réalisé par René Vautier [4] sur une commande de la CGT, et totalement détruit. Ainsi disparaît un témoin essentiel du drame qui s’est déroulé le 17 avril 1950. Ce jour là, un homme est mort, il s’appelait Edouard Mazé et fut tué par les balles policières lors d’un piquet de grève sur les chantiers de Brest.

Le dessin de Davodeau devient une évidence. Mieux que personne, il illustre le scénario de son ami. Ils créent ensemble une bande-document apportant sa pierre au changement de paysage du milieu de la bande dessinée.

Les principaux observateurs en font état. Il n’est plus question de se lover dans un fauteuil et de lire son album favori ou le strip habituel de son quotidien préféré. Les époques passent, les habitudes aussi. Les albums tels que « Un homme est mort » sont les prémices d’une nouvelle lecture. Le plaisir reste intact mais il ouvre la porte à la réflexion. Il va falloir se prendre en main, penser, se poser des questions, le lecteur simple témoin est sollicité et devient un élément du canevas général.

La réalisation de cet ouvrage est déjà une vraie rencontre multipliant les échanges et les souvenirs. Kris, homme passionné, intègre ces apports supplémentaires à son travail personnel et à celui de Davodeau. La bande dessinée est ainsi augmentée d’un carnet supplémentaire faisant office de base de travail et de documentation avec le rappel des faits historiques réels, la présentation des personnages et l’incroyable participation des brestois et autres témoins concernés par le sujet. Le supplément est conséquent, cette édition mérite au moins un coup d’œil curieux.

Les auteurs de ce one shot montrent à quel point la bande dessinée peut témoigner et prendre place dans les archives de l’histoire. En effet, cet album a tout bonnement restitué un film documentaire disparu depuis longtemps. L’exercice est réussi. Le dessin de Davodeau apparaît plus solide encore, avec de superbes couleurs et des expressions irrésistibles. Lecture plus que recommandée ne serait-ce que pour partager l’aventure humaine qui se dégage de cette création.

(par Marie M)

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[1La collection 32 du même éditeur vient d’être arrêtée.

[2« Freaks Agency » chez Albin Michel, par exemple...

[3Association créée en 1998 par quelques jeunes auteurs brestois regroupant des bédéphiles et éditeur du fanzine « Le Violon Dingue ».

[4Réalisateur et scénariste français très connu pour son film « Avoir 20 ans dans les Aures ».

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