Une BD contre le silence, et le sida

13 avril 2005 0
  • Les éditions Dupuis avaient offert un préservatif avec le dernier album de {Pierre Tombal} ({{Hardy}} & {{Cauvin}}), expliquant que la majorité des lecteurs de cette série avaient entre quinze et vingt-cinq ans et étaient donc confrontée au sida. Aujourd'hui, l'éditeur publie une bande dessinée réalisée par des adolescents séropositifs bruxellois, avec l'aide de professionnels.

En 2002, Thierry Tinlot, l’ancien rédacteur en chef du magazine Spirou, le docteur Anne Linet (médecin scolaire à la ville de Bruxelles) et le professeur Jack Levy (chef de service de pédiatrie au CHU St Pierre), ont proposé à une quinzaine d’adolescents de participer à un atelier d’écriture de bande dessinée. Le tout avec l’aide de psychologues pour écrire des textes, en marge des planches, et de trois dessinateurs professionnels qui ont illustré les scénarios. Ainsi les dessins de Salma, Geerts et Mauricet donnent vie aux sentiments éprouvés par ces adolescents séropositifs, ainsi qu’à leurs réflexions face au virus.

Les thèmes abordés sont : le rapport des jeunes à leur maladie, à la lourdeur de leur traitement, au secret, au corps médical, à l’école et à l’avenir.

Thierry Tinlot a personnellement animé ces ateliers. « Monter un atelier d’écriture est toujours un travail artistiquement passionnant, explique-t-il, car on se force à l’ouverture, à des propositions que nous n’aurions pas nous-mêmes. Et donc c’est enrichissant ». L’ex-rédacteur en chef de Spirou avoue avoir rencontré quelques difficultés à mener à terme ce projet avec certains adolescents : « Ils étaient souvent dissipés, mettaient de l’ambiance, râlaient parfois, et il m’est arrivé, dans mes intentions pour mener à bien ce projet, de me heurter à l’une ou l’autre individualité, disons forte tête  ».

Mais la plupart d’entre eux ont eu la possibilité de s’exprimer via cet outil de communication, entourée d’une équipe « pédagogique » peu banale. Les initiateurs du projet espèrent que, grâce à un tel livre, les jeunes infectés par le VIH seront mieux intégrés, et ne souffriront plus de discrimination au sein des écoles. Cette BD sera notamment distribuée à des étudiants du secondaire de la ville de Bruxelles.

Une BD contre le silence, et le sida

De plus, cette bande dessinée est un véritable outil de prévention contre le sida, destinée aux jeunes de 12 à 18 ans. Les pages de droite sont consacrées aux planches de BD, et celles de gauche à des textes analysant, d’une manière simple et efficace, les aspects médicaux, psychologiques et préventifs.

Les concepteurs de cette « BD contre le silence » espèrent convaincre d’autres acteurs du monde professionnel, éducatif, politique et de santé publique, de l’intérêt pédagogique d’une telle démarche.

Thierry Tinlot garde un souvenir positif de ces années passées en compagnie de ces adolescents séropositifs : « Ce que nous en retenons tous les quatre (Mauricet, Salma, Geerts et moi), c’est avant tout notre enrichissement, car nous n’imaginions pas dans quel état d’esprit des ados séropositifs pouvaient se trouver. Nous espérons, très modestement, avoir pu mettre notre temps et notre énergie au service de ce projet. S’il touche les gens, nous aurons réussi. Si les messages de prévention sont suivis, nous aurons super réussi ».

(par Nicolas Anspach)

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Il est possible d’acquérir la BD au prix de 12 euros, en la commandant sur le site Internet de la « BD Contre le Silence ». Tous les droits générés par cette opération seront reversés au service de pédiatrie de l’Hôpital St Pierre (Bruxelles) et consacrés à l’amélioration de la qualité de la prise en charge et du bien-être des enfants infectés par le VIH.

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