Une « Carte blanche » pour le Musée Jijé dans le journal « Le Soir ».

19 octobre 2003 0 commentaire
  • L'initiative est assez rare pour être soulignée : le journal belge {Le Soir}, dans son édition du mercredi 15 octobre, a donné une carte blanche à {{Didier Pasamonik}} que vous avez l'habitude de lire sur ces pages. Ce dernier fut notamment l'un des créateurs de la célèbre maison d'édition Magic Strip et des Editions Bethy. Il fut également directeur général des Humanoïdes Associés. Le titre de son article s'intitule : {{« la BD belge et l'Etat-radin »}} ! Faisant la défense du Musée Jijé, il porte le fer sur les dysfonctionnements de la politique culturelle belge vis-à-vis de la BD.

Au début du mois d’octobre, François Deneyer, le fondateur du musée Jijé lançait un cri d’alarme. Cet espace consacré au chef de file de l’école de Marcinelle risquait de fermer ses portes, disait-il, faute de subsides. Grand admirateur de l’œuvre de Jijé, François Deneyer avait décidé de commencer les travaux et de définir une date d’ouverture pour le musée. « Les subsides arriveront après », avait-il pensé naïvement… Hélas, pas un euro n’est arrivé dans son escarcelle, alors qu’il pouvait légitimement en attendre, du fait de la loi.

Une « Carte blanche » pour le Musée Jijé dans le journal « Le Soir ».

Même si la question d’un co-financement d’une telle institution par un organisme étatique peut susciter une polémique, le cri d’alarme de François Deneyer se fait l’écho d’un certain malaise de la bande dessinée par rapport au monde politique …

Faut-il rappeler que Bruxelles a donné naissance (ou hébergé) les plus grands maîtres de la bande dessinée : Franquin, Hergé, Jacobs, Morris, Peyo, Van Hamme…Or, la capitale de l’Europe ne possède pas de festival digne de ce nom ! … Tout simplement parce que la communauté française, la région Bruxelles-Capitale et la ville de Bruxelles se montrent particulièrement avaricieux quand il s’agit du 9e Art. Alors qu’un festival comme Angoulême ou Saint-Malo reçoit des pouvoirs publics français plusieurs dizaines de milliers, voire des centaines de milliers d’euros, les organisateurs de festivals belges ne peuvent escompter, au mieux, que quelques milliers. Pauvreté, donc, de la politique culturelle.

Didier Pasamonik s’insurge contre cet état des choses. Après avoir souligné que la bande dessinée est l’un des fleurons culturels mais aussi économiques de la Belgique, il rappelle au lecteur que le baron François Schuiten présidait en janvier dernier le festival d’Angoulême. Qu’une rue Hergé a été inaugurée dans cette même ville par les princes royaux. Que Paris accueillera le Chat le plus connu de la BD et que le Musée de l’Homme rendra bientôt hommage à l’auteur de Blake & Mortimer.

Or, l’Etat belge contribue très peu à ces initiatives. Ainsi apprend-t-on, via la plume de Didier Pasamonik, que le Centre Belge de La Bande Dessinée n’est subsidié qu’à concurrence d’un montant inférieur à 10% de son budget ! Les mécènes et l’organisation de soirées privées comblent le reste et permet de sauver précairement l’édifice d’un déficit financier probable…

Plus surprenant encore, Didier Pasamonik écrit : « Savez-vous que les archives de Greg, l’auteur d’Achille Talon, de Bernard Prince, de Bruno Brazil, de Luc Orient et rédacteur en chef historique du Journal de Tintin […] ont fini à la poubelle parce qu’aucune institution belge n’a été capable de les recueillir ? Savez-vous que le fonds de la Fondation Jacobs, fait de centaines de planches et de documents du maître de l’Ecole de Bruxelles, est en train de prendre la poussière parce qu’aucune autorité n’a pris sur elle d’en proposer la jouissance au public ? » Il pose dès lors cette question : « Quelle est la politique des institutions belges vis-à-vis de la BD ? ».

Espérons que cette carte blanche donnera un coup de pied dans la fourmilière…

Didier Pasamonik termine son article par les mots suivants :« J’appelle à la générosité et au patriotisme des hommes politiques, qu’ils soient francophones ou flamands, pour lesquels la bande dessinée représente une réalité culturelle concrète. Je crois rejoindre en cela l’opinion de beaucoup de Belges ».

(par Nicolas Anspach)

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