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Une Épaisse Couche de sentiments- Par Gnaedig & Thirault - Dupuis (Expresso)

  • Dans un récit à l'implacable progression, le tandem Thirault-Gnaedig règle son compte aux directeurs des ressources humaines experts en dégraissage. L'album, froid et sarcastique, quasi clinique, n'épargne aucun de ses personnages.

La société Sweet fat ("le leader européen du gras") applique les méthodes les plus expéditives en matière de réduction du personnel. Quand il faut dégraisser (on notera le lien avec le nom de la boîte [1]), pas de quartier !

Par un jeu de hierarchie parfaitement huilé, le patron demande à Réveillère, abominable licencieur en chef, de faire le ménage. Lui-même chargeant Piquionne de la basse besogne. Seulement parmi les virées (des femmes de ménage) se trouve une personne qui ne peut laisser Réveillère indifférent. On pense alors qu’il va s’humaniser. Mais non. Tout juste arrivera-t-il à écœurer son bras droit.

Un jeune cadre chargé de virer du personnel comme des pions interchangeables, voilà un thème que le cinéma a fort bien traité. Le film Violence des échanges en milieu tempéré [2], sorti en 2004, montrait une situation similaire. La différence avec Une Épaisse Couche de sentiments c’est qu’ici, le cynisme règne en maître, du début à la fin. Même les scènes intimes en famille des deux cadres principaux les dépeignent ridicules et égocentriques tels des enfants gâtés.

Le jeu de massacre des auteurs est d’autant plus efficace que le dessin de Sébastien Gnaedig, par ailleurs responsable éditorial de Futuropolis, est parfaitement lisse, sobrement minimaliste et d’une précision clinique. Du Davodeau mâtiné de Moynot. Dommage qu’emporté par sa hargne, Thirault rende son dénouement final peu crédible.

On retiendra tout de même qu’un album aux ambitions de critique sociale mérite d’être salué.

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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[1Sweet Fat = graisse douce.

[2Réalisé par de Jean-Marc Moutout.

 
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