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Une Histoire du Velvet Underground - Par Prosperi Buri - Dargaud

  • Ah, la légende du Velvet !... Elle méritait bien le regard sarcastique de cet album rigolo et sérieux à la fois, qui pointe la vaine quête d'un rock se voulant "intellectuel".

LE Velvet, ou l’un des plus grands mythes de l’histoire du rock. Habituellement, les biographes mettent l’accent sur le génie incompris des artistes ou l’aspect révolutionnaire de la musique. Pour Prosperi Buri, l’ironie et le sarcasme dominent. Un choix qui peut tétaniser les hordes de fans en prosternation, mais qui a l’immense mérite de prendre une distance bienvenue avec la légende. L’auteur reste précis dans les faits et très fluide dans son récit. Les chapitres sont séparés par des pages noires assorties de courtes citations cinglantes. Les dialogues n’hésitent pas à balancer par dessus bord le langage codé de l’époque pour glisser des tournures d’aujourd’hui, là encore un pari narratif assez radical.

Buri fait aussi un choix tranché dans son illustration : bichromie typée dans le style humoristique, peu de détails, et des décors uniquement quand ils s’imposent. Là encore, une logique qui permet de focaliser les dialogues et les échanges plus que polémiques entre tous ces personnages. Attention, jeu de massacre au programme : Lou Reed en prétentieux totalitaire, John Cale en violoniste imbu de son art, Moe Tucker en esthète tribale ou Sterling Morrison en opportuniste un peu couard. On sourit autant qu’à la lecture des interviews de Lou Reed à la grande époque (il méprisait souverainement tous les journalistes [1]). Andy Warhol et Nico, importants surtout au début de l’histoire, ne s’en sortent pas mieux. Et que dire du pauvre Doug Yule, sideman puis leader sur la fin, réduit à un pantin du manager Steve Sesnick, requin du showbiz dans la grande tradition.

Une Histoire du Velvet Underground - Par Prosperi Buri - Dargaud
© Dargaud

Dans cette histoire emballée vite et bien, on garde toujours en tête une forme de réalité incontestable : les textes, l’attitude, l’ambition du groupe. Son insuccès constant également, avec des ventes d’albums calamiteuses. Les multitudes de coffrets et rééditions augmentées permettront à toutes et tous de se (re)faire une idée du "son" Velvet, avec ses petites perles accessibles (Sunday Morning) et l’avant-garde stridente de Sister Ray.

Évoquer avec ce ton léger mais jamais trompeur, un groupe météorique qui voulait tellement inspirer le respect du milieu intellectuel, c’est finalement très Lou Reed. À se demander s’il n’aurait pas rédigé une préface.

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1lire à ce propos n’importe quel témoignage de critique rock important du vivant de l’artiste comme Yves Bigot.

 
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