"Une Île sur la Volga", le polar au bout du monde d’Iwan Lépingle

18 avril 2019 0 commentaire
  • Un très beau polar mélancolique en Russie, à l'intrigue menée avec brio, portée par le graphisme délicat et les couleurs automnales d'Iwan Lépingle.

Gala, une intellectuelle moscovite, vient passer quelques jours chez son fils Maksim. Elle a enseigné autrefois dans cette île à la nature préservée mais aux opportunités restreintes. Maksim et sa compagne ont pourtant choisi de s’y installer pour élever leur fils loin de la ville et se lancer dans la culture bio.

Gala espère profiter du calme de la campagne pour avancer ses recherches, mais le cadre idyllique est troublé par l’arrivée d’un homme qui réclame une taxe douteuse à Maksim. Flairant une arnaque, Gala éconduit l’homme de main, mais son patron ne compte pas laisser la famille se rebiffer. Il fait appel à deux jeunes, dont un ancien élève de Gala, pour les intimider.

"Une Île sur la Volga", le polar au bout du monde d'Iwan Lépingle
Campagnes désertées

Après Akkinen, Iwan Lépingle renoue avec les paysages sauvages de l’hémisphère nord, dans le cadre de la Russie rurale cette fois. Les paysages et l’atmosphère -trompeusement- sereine de la petite île séduisent dès les premières pages. Les ocres douces de la nature sont relevées par les rouges piquants des constructions, des vêtements, d’une chevelure. Malgré la tournure sombre des événements, certaines planches invitent à la quiétude tandis que plusieurs séquences prêtent à sourire, grâce au talent de l’auteur pour croquer des personnages vraisemblables et les animer.

Soirée idyllique sur les bords de la Volga

Sur fond d’une histoire de corruption qui dégénère, Iwan Lépingle livre une chronique sociale opposant les laissés-pour-compte de la campagne aux citadins éduqués. Cette dichotomie est cependant brouillée par le retour à la terre de jeunes comme Maksim et sa compagne. Alors que Gala s’épanouit dans sa carrière littéraire, ceux-ci cherchent à renouer avec la nature. Renonçant aux attraits de la ville, et bien que néophytes dans le domaine, ils rénovent une ferme pour se lancer dans le maraîchage bio. Cette démarche se conforme au cliché contemporain des jeunes actifs soucieux d’écologie et de donner un sens à leur travail, comptant sur leur enthousiasme pour triompher des difficultés (et sur l’argent de leurs parents ou celui accumulé dans leurs précédents métiers).

Loin de les tourner en dérision, l’auteur traite ces néo-ruraux avec beaucoup de tendresse. Derrière leur apparente naïveté, Maksim et Tania sont bien conscients des enjeux de pouvoir locaux et sont prêts à accepter quelques taxes abusives pour s’intégrer et vivre le rêve pour lequel ils ont travaillé d’arrache-pied.

Scène de nuit aux lignes proches de l’abstraction

Gala l’intellectuelle surprend également en faisant preuve d’une empathie avec les jeunes voyous du coin qui ne l’empêche pas d’essayer de les mettre face à leurs responsabilités. Paradoxalement, elle est beaucoup moins fine pour comprendre les sentiments de son fils et de sa belle-fille, se révélant ainsi un personnage très humain, avec ses convictions et ses contradictions. Les dialogues ajoutent à l’épaisseur des protagonistes, quelques mots et une attitude suffisant à mesurer les relations plus ou moins tendues entre les personnages.

(par Lise LAMARCHE)

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"Une Ile sur la Volga", par Iwan Lépingle, chez Sarbacane.
29,9 x 22 cm, 112 pages, 19.50€
Parution le 3 avril 2019

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