Une anthologie de SF pour découvrir la BD québécoise

2 août 2009 0 commentaire
  • Rotor, la nouvelle collection « pour les amateurs d’aventures, de polar et de science-fiction » des 400 coups, nous propose, avec {Cœur de glace}, douze récits incarnant le {best of} de la science-fiction québécoise. Une anthologie incontournable de la BDQ.

Planches inédites ou projets avortés, extraits de revues ou de fanzines disparus, les histoires qui composent Cœur de glace et autres histoires de demain permettent enfin d’apprécier le paysage composite de la SF québécoise. Oubliés du grand public, dispersés parmi des publications éphémères et introuvables, ces récits, qui datent parfois de plus de vingt ans, sont ici compilés et présentés par Michel Viau, historien réputé de la BDQ et nouveau directeur de collection des 400 coups.

Les auteurs des planches rassemblées, certains très connus, d’autres plus obscurs, nous livrent ici des histoires de tous genres, de l’uchronie au récit d’anticipation, du space opera au post-apocalyptique, et dont la longueur varie entre deux et vingt-cinq pages. Ce florilège contient également des illustrations de Louis Lachance pour D3, dont plusieurs sont inédites ou encore conçues spécialement pour Cœur de glace, ainsi qu’une couverture réalisée par Denis Rodier.

Oscillant entre œuvres professionnelles, œuvres d’amateurs destinées au fanzinat et œuvres que Viau qualifie de « péchés de jeunesse », les récits choisis forment un recueil inégal mais dont l’intérêt est avant tout documentaire. C’est le cas, par exemple, d’ Histoires parallèles, une histoire signée J.F. Bergeron et qui date de 1993. Malgré un trait et un texte quelques peu maladroits, Histoires parallèles, nous permet surtout d’apprécier, en comparant cette œuvre avec ses albums les plus récents, le cheminement professionnel d’un artiste comme Bergeron (Saint-Germain chez Glénat).

Parmi les œuvres les plus réussies de l’anthologie, on peut mentionner Cœur de glace, le récit éponyme de Grégoire Bouchard, dans lequel un ingénieur en astronautique enquête sur un drame survenu dans le spatioport de North Bay, l’un des plus importants de l’hémisphère. Le tout est illustré avec ce le style délicieusement rétro propre à l’auteur de Vers les mondes lointains (Paquet).

La Révélation, par Paul Roux et Élisabeth Vonarburg, plonge le lecteur dans un monde fascinant où les décors et l’atmosphère rappellent beaucoup l’univers d’Enki Bilal. Il s’agit du seul scénario de BD signé par Vonarburg, la romancière et nouvelliste surnommée « la grande dame de la science-fiction québécoise ». Quant à Paul Roux, celui-ci est davantage connu aujourd’hui pour ses séries jeunesse, tels que Max Média, repor-terre (BD Mille-Îles) ou Ariane et Nicolas (BD Mille-Îles), mais La Révélation nous rappelle qu’il a également flirté avec la SF. Aussi, cet aspect de son travail, radicalement différent de ses productions jeunesse, mériterait d’être davantage exploré.

T’as encore manqué toute l’action de Daniel Lafrance propose une histoire de super-héros légère qui donne au recueil une touche d’humour bien dosée, tandis qu’à l’inverse Lacrymosa de Robert Rivard, histoire lyrique et trempée de mysticisme, est d’une densité très forte.

Nuclear Winter Blues, un récit inédit du duo Gabriel Morrissette / Mark Shainblum (Northguard, Angloman), traduit en français pour l’occasion par Brigit-Alexandre Bussière, est peut-être la pièce maîtresse de cette anthologie. Il est regrettable que le projet Nuclear Winter Blues ait été avorté car cet épisode, qui devait à l’origine s’intituler I Dream of a White Heat Christmas, s’avérait très prometteur. Celui-ci relate les péripéties de deux écolières en cavale dans un univers frigorifique et post-apocalyptique. L’originalité du scénario, la psychologie intrigante des personnages et l’atmosphère étrange de cette histoire font de Nuclear Winter Blues une véritable réussite.

Parmi les autres récits qui composent Cœur de glace, on compte : Les Hiss d’Éric Thériault, BD muette dans laquelle des créatures extra-terrestres, esclaves de la race humaine, complotent contre leurs maîtres, Je suis d’ailleurs de François Miville-Deschênes, qui, en plongeant l’humanité dans une barbarie préhistorique, se rapproche davantage de l’heroic fantasy que de la science-fiction, et Dérive de Forg, où l’occupante d’une barque errante est témoin d’un combat entre androïdes et humains.

Enfin, parmi les autres récits que l’on pourrait qualifier de moins réussis, on trouve M’Éprise d’amour de François Brisson et de Pierre Favreau, une histoire de space opera légère et sans prétention, mais dont l’intrigue est répétitive et lassante. La narration de cette bande dessinée est malhabile et parfois même incorrecte. Le même défaut s’applique aux Bodégâts de Simon Dupuis, où un traitement graphique acceptable se heurte malheureusement à un texte marqué par des erreurs de syntaxe, et où le registre de langue choisi n’est pas respecté.

Toutefois, malgré leurs hics, ces récits ont leur place au sein de l’anthologie, puisque le mérite de Cœur de glace est d’offrir un portrait représentatif de la SF québécoise, c’est-à-dire de la montrer telle quelle, avec ses qualités comme avec ses défauts. Heureusement, comme on peut le constater, ces défauts sont minoritaires et le recueil offre, dans son ensemble, une lecture très agréable et même, dans certains cas, une lecture passionnante.

(par Marianne St-Jacques)

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