Une fondation Marc Sleen s’installe face au Centre Belge de la BD

4 mars 2008 9 commentaires
  • Marc Sleen est l’un des dessinateurs qui a le plus de succès en Flandre grâce à Néron, son personnage fétiche. Cet auteur va mettre en place une fondation, gérée par le Centre Belge de la BD, la Région de Bruxelles-Capitale et les éditions Standaard, dans des locaux rue des Sables, face au CBBD, à quelques mètres seulement de l’endroit où son personnage est né !

1947. Alors la Belgique sort à peine de la Seconde Guerre mondiale, le jeune Marc Neels, qui signera plus tard avec l’anagramme Marc Sleen, travaillait pour la presse néerlandophone. De la fenêtre de son bureau, situé rue des Sables, il voyait les magasins Waucquez les superbes bâtiments dessinés par l’architecte Victor Horta, devenus à la fin des années 1980 le Centre Belge de la BD.

Une fondation Marc Sleen s'installe face au Centre Belge de la BD

L’auteur inventa son personnage par accident. Dans le quotidien De Nieuwe Gids, le détective Van Zwam, le héros d’une série policière qu’il dessinait, croisa dès sa première aventure dans un asile psychiatrique, un homme habillé comme l’empereur Néron, le front ceint d’une couronne de laurier. Ce personnage secondaire décrocha rapidement les faveurs du public et vécut avec un immense succès ses propres aventures à raison de deux strips par jour pendant 55 ans. Plus de deux cents albums de Nero (son patronyme flamand) parurent aux éditions Standaard. De 1992 à 2002, Marc Sleen demanda au dessinateur Dirk Stallaert de l’assister dans son travail. Leur collaboration pris fin en 2003 alors qu’âgé de 80 ans, Marc Sleen décida d’arrêter sa série, son assistant n’ayant pu reprendre le flambeau.

Néron met en scène un personnage absurde dans des récits d’aventure plus adultes que celles de Bob et Bobette de Willy Vandersteen, la grande figure de la bande dessinée flamande. Passionné de voyages, Marc Sleen mit à profit son goût pour les safaris photographiques pour réaliser des documentaires sur ses voyages, produits par la télévision flamande et de nombreuses aventures de Néron ont ces éléments comme décors.

Marc Sleen est devenu, en 1984, administrateur du World Wildlife Fund pour la Belgique. En 1998, il est également l’un des rares auteurs de bandes dessinées anoblis par le Roi Albert II à l’instar Edgar Pierre Jacobs, Jacques Laudy ou François Schuiten. Il est fait chevalier l’année suivante.

Afin de rendre hommage à cet important créateur de la bande dessinée belge, le CBBD, le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, représenté par le Ministre Guy Vanhengel, les éditions Standaard et Marc Sleen lui-même ont décidé de créer une fondation portant son nom. Celle-ci aura ses locaux en face du Centre belge, au rez-de-chaussée des anciennes « Presses Socialistes », où seront entreposées et répertoriées les archives de l’auteur. La fondation Marc Sleen abritera également un espace muséal. La Fondation profitera ainsi directement des 260.000 visiteurs visitant annuellement le Centre.

Alors que les institutions nationales se déchirent, ce rassemblement des grands auteurs de la BD belge à Bruxelles, où travailla longtemps Marc Sleen, nous apparaît comme un plaisant symbole.

Le Ministre Vanhengel & Marc Sleen
devant les futurs locaux de la Fondation - Photo (c) CBBD

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photo de l’auteur (c) DR.
Illustrations : (c) Marc Sleen & Les éditions Standaard

 
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9 Messages :
  • Quand on crée des Fondations, des Musées, des Structures pour Honorer, il ne faut pas s’étonner que le moyen d’expression visé se transforme en objet purement économique— il est dés lors condamné à la sclérose et à l’esprit de Sérieux, ainsi qu’à la répétition et au nombrilisme. Et si l’anoblissement s’en mêle, nous voilà bientôt jeté dans la fosse aux Lions de la Grandeur. Il faudra que les créateurs apprennent le baise-main et la révérence, puisque c’est si valorisant. Et la fameuse nécessité de l’expression courbe l’échine et réclame à grands cris qu’on la lui flatte. Eh oui, ce qui constitue le ferment de la vraie création se meurt et s’amollit, pour laisser la place à un magma de vanités et d’arrivisme. Je tiens à souligner que je ne nourris aucune rancœur ni aucune aigreur (moi, personnellement, ça fonctionne), je n’éprouve qu’une certaine désolation devant l’état des lieux. Et ceci pour tous les moyens de création.

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    • Répondu le 5 mars 2008 à  06:32 :

      Ah bon. Sinon, avez-vous déjà lu une histoire de Néron ?

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      • Répondu par Cricroc le 5 mars 2008 à  08:51 :

        J’ai lu les aventures de Néron, et j’en ai gardé un excellent souvenir. Il ne s’agit pas de cela.

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    • Répondu par Sergio Salma le 5 mars 2008 à  11:47 :

      A priori je comprends les gens énervés par l’institutionnel, le solennel, l’officiel.
      Cricroc prend ce sujet comme prétexte pour mettre le doigt sur un thème épineux mais se trompe , je crois, de cible.
      Puisque ça va très bien pour lui (heureusement qu’il n’est pas aigri ni rancunier, qu’est-ce que ça aurait été au cas où !...) j’imagine qu’il ne tolère pas toutes ces civilités entre les institutions, politiques ou sociales ,et les artistes de tous acabits et de toutes disciplines.

      Sa méfiance est absolument justifiée mais je considère que la création de cette fondation n’a rien d’inquiétant, rien de choquant. Marc Sleen étant lui-même une institution, rien de plus naturel.

      Ce genre de manifestation n’a jamais empêché la "vraie création" d’exister. Il s’agit à chaque fois d’un cas particulier qui n’englobe pas tout un système, qui n’étouffe personne et qui n’oblige aucun individu à des pratiques honteuses.

      Si des artistes créent, le monde continue de tourner. D’autres individus s’intéressant à ce milieu foisonnant peuvent être amenés à ce genre d’actions. La création d’une fondation ne sera que le couronnement de ce parcours-là.

      .
      Depuis toujours, le tissu social encourage ces allées et venues que les puristes n’aiment pas trop. On a décerné des médailles, des prix Nobel, des Pulitzer, des palmes d’or, on donne des noms d’artistes à des rues, à des stations de métro, on monte des expositions officielles, on invite ,on fait la fête à des auteurs sans pour autant qu’il y aie obligatoirement dérive.

      Je trouve bien plus délicat, au niveau de cette collusion entre le "pouvoir" et les artistes, le rapport étrange entretenu sans qu’il ne cause d’énervement chez les pointilleux : combien d’animations dans les écoles, combien de postes de professeurs, combien de bourses ou d’aides à la création...tout cela aussi est officiel, institutionnalisé . Faut-il pousser le raisonnement de Cricroc et interdire toutes ces associations ?

      Quand les créateurs passent dans le camp des officiels , ils ne perdent pas leur âme pour autant. Certains peut-être...
      Fermons alors tous les musées , débaptisons toutes les avenues et revenons à l’essence de l’art : une transcription intime de nos expériences mêlée à des talents personnels ; sans jamais faire de baise-main ni de courbettes. Donc aucune compromission du genre "contrat d’éditeur", aucun lien avec le réseau des bibliothèques, jamais de liens contre-nature avec la grande distribution, même pas la plus petite politesse face aux libraires et autres marchands .

      La bande dessinée fait partie de la vie culturelle, normal qu’elle soit elle aussi célébrée à sa manière. Sans doute son origine populaire ne s’accorde-t-elle pas pour certains observateurs avec le tralala un peu précieux que l’on accepte plus aisément pour d’autres diciplines ( peinture, cinéma par exemple...)

      Pour tenter de rassurer ceux qui considèrent comme mauvais signes
      toutes ces festivités somptueuses dans des décors grandiloquents, il suffit de voir la réalité : on n’a jamais autant institutionnaliser la bande dessinée lors d’expositions internationales notamment, des musées se créent autour d’auteurs, de grands musées bien vivants exposent la création dans ce qu’elle a de plus pointu ...dans le même temps, il n’y a jamais eu autant de livres de tous formats, de toutes orientations . La création ne pâtit donc en rien de ces célébrations sympathiques.

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      • Répondu par Cricroc le 5 mars 2008 à  13:16 :

        A moins d’avoir écrit des choses que je ne contrôle pas, je ne crois pas avoir évoqué les collusions avec le système marchand ; j’ai simplement parlé de la vanité de ceux qui devraient tenir leur place de créateurs mais qui se sentent obligés de passer sous les fourches caudines de l’Officialisation. Surtout quand cette démarche n’apporte rien à un travail déjà consacré par le public. Hergé, Sleen et d’autres ne gagnent rien à se trouver célébrés de cette façon. Leur œuvre devrait suffire. Quant à accuser les auteurs de se prêter au jeu des animations, je n’y ai pas pensé une seule seconde... Et je ne vois pas comment une animation dans une école pourrait entacher la création, pas plus qu’un contrat éditorial. Ce ne sont là que des prolongements obligés et nécessaires d’une activité sociale. Je trouve simplement déplorable que des créateurs acceptent d’aller au-delà de leur rôle, soit qu’on le leur propose soit qu’ils s’y soumettent. Et cette attitude est on ne peut plus préjudiciable pour l’œuvre elle-même. Quand quelqu’un comme Wolinski crache sur un système marchand mais qu’il utilise ses "signes" pour faire l’apologie de tel ou tel produit, j’appelle ça de la confusion ou pour le moins du cynisme de sa part. Tant mieux pour lui, tant pis pour moi. En tout cas, je ne peux plus le lire de la même façon.

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      • Répondu par Cricrac le 5 mars 2008 à  16:14 :

        Coucou, c’est encore Cricrac que Cricroc a un peu énervé.
        Dis, Cricroc, l’histoire de Miguel Ange et du pape Jules II (alias Cricruc - mais comme il trouvait ce pseudo vraiment trop con, il a opté pour Jules. Plus simple. plus cool), ça te dit quelque chose ?
        Grande question métaphysique : au cours des siècles passés, c’était bien ou pas bien d’accepter l’argent des mécènes pour pouvoir créer ? Pas bien, nous répond candidement Cricrac ! Et d’ajouter avec assurance : "Vous imaginez comme notre ami Miguel aurait pu être encore dix fois plus créatif, s’il avait réussi à échapper au "magma" de l’institutionalisation !".
        Bon blague à part, il vaut toujours mieux pouvoir lire des conneries comme celles-là que d’être aveugle.

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        • Répondu par Cricroc le 6 mars 2008 à  09:00 :

          Cher Cricrac, une telle violence et un tel emportement ne peuvent s’expliquer que par le fait d’en croquer, vous aussi, ou d’avoir envie d’en croquer. Ce qui est certain, cher Cricrac, c’est que vous ne vous posez pas la question de savoir qui sont les mécènes, et avec quel argent ils fonctionnent. Je voulais dire que je trouve incongru que les impôts (l’argent public) financent la vanité et le prurit créatif de certains. Et quand il s’agit d’argent privé, je me pose la question de savoir qui paie qui, et pourquoi. Mais je vois que les questionnements vous irritent. Et que vous ressortez le sempiternel principe : La fin justifie les moyens. Et j’ai osé remuer la question des moyens et de la fin. Désolé. Mais je vous laisse l’enfilage des perles ou vous semblez avoir une grande compétence. On ne peut pas en dire autant de votre connaissance de l’Histoire, sinon vous sauriez que Michel-Ange s’est battu comme un chien pour imposer l’idée qu’il était autre chose qu’un ouvrier spécialisé ou un artisan qu’on rétribuait pour décorer les plafonds. Car c’est ainsi qu’on le considérait à l’époque. Vous mélangez tout et n’importe quoi. Aujourd’hui, les créateurs n’en sont plus là, on ne les considère plus comme des artisans pouvant fournir un travail spécifique, mais je vois que vous le regrettez. Je ne sais pas si vous pratiquez (on va dire que oui) mais ne vous étonnez donc pas qu’un jour ou l’autre l’auge à cochon se retourne sur vous. Et ce jour-là, vous essaierez de vous réfugier derrière votre statut de créateur. Mais il sera trop tard. A bon entendeur... N’empêche, vous m’avez bien fait rire. Merci.

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          • Répondu par Jules II le 7 mars 2008 à  09:43 :

            A partir du moment où Mr Cricrac affirme que les commanditaires de l’époque de Miguel- Ange ne le considéraient que comme un "décorateur de plafonds",je pense qu’il est temps de clore définitivement ce débat. Ses rapports houleux avec Jules II n’avaient rien à voir avec la considération de ce dernier pour le talent (reconnu de TOUS)de l’artiste mais bien pour les "libertés de ton" qui divergeaient évidemment entre les deux hommes.

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            • Répondu par Cricroc le 7 mars 2008 à  16:35 :

              Monsieur Jules II, non seulement vous faites fausse route mais en plus vous lisez mal... D’ailleurs, à propos de lecture, lisez donc les Mémoires de Cellini, renseignez-vous et vous verrez que les artistes étaient considérés comme des ouvriers spécialisés, et que Michel-Ange et ses commanditaires n’étaient pas du tout sur un pied d’égalité pour discuter. Cela, vous l’avez lu dans le défunt Oncle Paul, au mieux, et au pire dans un article du Reader’s Digest. La notion d’artiste telle que vous l’entendez n’existe que depuis le 19ème siècle ; auparavant, l’artiste était une sorte d’artisan à qui l’on passait commande et qui établissait un devis, comme votre plombier. Ce n’est qu’à partir du 19ème siècle que les gens se sont mis à acquérir des œuvres qui représentaient la seule pensée de l’artiste.
              Pour le reste, consultez quelques ouvrages qui vous apporteront les précisions nécessaires. Vous n’en discuterez que mieux et d’une façon plus convaincante.

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