Une nuit à Angoulême 2012

29 janvier 2012 5 commentaires
  • À Angoulême, les journées sont longues, mais les nuits aussi! Elles commencent dès le coucher du soleil et se prolongent tard dans la soirée, parfois jusqu'au petit matin, alors que la lumière pointe à nouveau. Esquisse d'une nuit dans un Angoulême 2012 que le climat a laissé dans la douceur alors que la neige est annoncée pour mardi. On a eu chaud !

Tout commence à 18 heures. La FNAC a prévu un petit cocktail au bar du théâtre réunissant éditeurs et journalistes. L’occasion pour les éditeurs de se croiser entre eux et de deviser sur la situation du moment. La BD va plutôt bien, malgré les tensions de la crise. Sur le festival, les stands sont pris d’assaut et les gens achètent, y compris les livres chers : "On sent que les gens se lâchent. Ils se serrent la ceinture mais la BD reste leur moment-plaisir." Passe d’armes ironique avec Louis Delas : "Ah ! L’AFP de la BD !" me dit-il en me saluant. Je lui réponds : "Oui, celle qui sait lire l’italien !", faisant allusion au "scoop" que nous avons lâché il y a quelques jours à propos de possibles négociations entre Gallimard et Rizzoli pour le rachat éventuel de Flammarion.

Une nuit à Angoulême 2012
Jacques Glénat (à dr.) face aux dirigeants de Futuropolis. Parlent-ils du rachat de Casterman par Gallimard ?

À 19 heures, c’est le repas annuel des chroniqueurs d’ActuaBD autour de Patrick Pinchart. Aujourd’hui, on mange tôt, pour deux raisons : Thierry Lemaire veut assister au concert de Jean-Claude Vanier et de Aude Picault qui débute à 20 heures. L’autre raison est que, en ce qui me concerne, je dois rejoindre une soirée "happy few" en ville : un dîner Denoël Graphic chez les producteurs de Prima Linea, Valérie Schermann et Christophe Jankovic, avec autour de la table trois-quatre journalistes triés sur le volet et... Aline Crumb, Charles Burns, Joost Swarte, Javier Mariscal, Frédéric Rebena (Stieg Larsson avant Millenium), les auteurs de L’Art de voler : Kim & Antonio Altaribba, Laura Foutain, l’agent littéraire de Robert Crumb, l’éditeur et scénariste Jean-Luc Fromental bientôt rejoints par Rina et Lorenzo Mattotti, José Muňoz, Cyril Pedrosa, José-Louis Bocquet...

Joost Swarte et Javier Mariscal

Les conversations battent leur plein. Rien de bien sérieux : Aline nous parle de son époux Robert Crumb et de son plaisir d’être grand-mère dans une famille soudée habitant le sud de la France ; Elle découvre avec passion le travail de Benjamin Lacombe, illustrateur pour enfants réputé (L’herbier des fées chez Albin Michel) et auteur des Contes macabres chez Soleil.

Avec Kim & Antonio Altaribba, nous nous remémorons la figure de l’éditeur catalan Josep Toutain, personnage central de l’album de Gimenez, Les Professionnels. Joost Swarte tente de faire un portrait de Mariscal sur son iPhone sous les yeux étonnés de Charles Burns un peu effrayé par ces nouvelles technologies numériques.

Jose Munoz, Antonio Altarriba et Kim, un Grand Prix avec des nominés aux Fauves d’Angoulême
Joost Swarte fait un portrait de Mariscal sur son iPhone

Fromental est catastrophé : les 400 exemplaires de Chico et Rita et de L’Art de voler sont épuisés sur son stand : peut-on négocier avec la librairie de la Cité pour qu’ils "prêtent" quelques exemplaires à Denoël Graphic, histoire de tenir la journée de demain ?

J’essaie de soudoyer Joost Swarte, membre du jury des Fauves, pour savoir quels sont les prix qui seront proclamés le lendemain. Il ne lâche pas une info, tout au plus concède-t-il que le débat ne fut pas acharné, que souvent les choix s’accordaient entre les membres du jury. La suite dans quelques heures...

Aline Kominski-Crumb et Benjamin Lacombe

Avec Muňoz, nous spéculons sur un autre enjeu : le Grand Prix à venir. La "short list" s’est réduite. "Il va falloir qu’on y fasse rentrer quelques jeunes" dit-il tout en s’interdisant de laisser filtrer quoi que ce soit sur les débats en cours. Cyril Pedrosa, l’auteur de Portugal (Dupuis), super-favori pour le palmarès de cette année ne s’attend à rien. Déjà, il prend avec bonheur les incroyables chiffres de vente de son album qui a vendu 35.000 exemplaires avant les fêtes, score incroyable pour un album de plus de 30 euros !

Au Mercure à deux heures du matin : Alain Blaise (Libération) et Killoffer

Avec Alain Blaise du journal Libération et José Muňoz, nous quittons la soirée pour rejoindre l’hôtel Mercure. L’entrée est filtrée, il faut un bracelet spécial pour pouvoir y entrer. Killofer vient d’arriver en même temps que nous. On croise Midam et Richard Malka, le médiatique avocat et co-scénariste de La Face kärchée de Sarkozy. Conversation avec Cosey, super-favori pour le Grand Prix. Il n’y croit pas une seconde : d’autres sont bien plus légitimes que lui, proclame-t-il. Jean-Claude Denis est en haut de la liste, selon lui...

Je regarde ma montre : il est trois heures du matin. Je rentre. C’est que j’ai une chronique à écrire demain... Enfin, aujourd’hui.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon, Charles Burns et Joost Swarte.

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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5 Messages :
  • Angoulême de snobs happyfew
    29 janvier 2012 19:44, par En rogne

    20 ans de carrière et une quinzaine d’albums, on me refuse l’entrée au Mercure. J’y avais rendez-vous avec des collègues (comme chaque année) pas moyen d’entrer, on me dit qu’il faut un bracelet spécial (et c’est pas celui pour profiter des navettes), mon éditeur lui est dedans mais il ne peut pas me faire entrer, j’ai l’air d’un con sur le trottoir (et ça caille en plus). Alors c’est sûr que je n’ai jamais eu un prix à Angoulême moi (aucune chance, je sais dessiner et je vends en plus), mais tous les journalistes qui ont pu entrer non-plus. C’est quoi ce festival de BD où on préfère les journalistes aux auteurs, on se fout de notre gueule ! On est juste bon à dédicacer gratos et à être pris pour des cons. C’est pourtant par NOTRE travail que ce festival existe. Je ne pense pas que je reviendrai. Festival de merde.

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    • Répondu par +2 Unhappyfews le 30 janvier 2012 à  14:19 :

      Tiens, nous ne sommes pas seuls dans ce cas mon camarade et moi, même mésaventure, auteurs aussi tous deux, mais no bracelet ADK = no entrée !!
      on s’est même demandé ce qu’il pouvait s’y passer tant le filtrage était dur, le G8 de la BD ?? En tous cas nous joignons nos griefs aux votres, les auteurs sur le trottoir à se péler le jonc et le merkur rempli de mecs qu’on ne sait pas bien ce qu’ils grenouillent . Bref pas cool du tout !

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      • Répondu par pas mieux le 30 janvier 2012 à  14:45 :

        Je confirme qu’il y avait une sale ambiance cette année, genre lutte des classes entre ceux qui connaissent les journalistes des inrocks, technikart ou télérama et les autres...

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  • Une nuit à Angoulême 2012
    30 janvier 2012 11:31, par GPoussin

    « L’entrée est filtrée, il faut un bracelet spécial pour pouvoir y entrer. »
    Alors, le Mercure est devenu un bunker ? (…de la dernière rafale)… Dommage… Sur l’air de "c’était mieux avant" : quand j’y étais, on pouvait croiser, à 3h du matin (tous bourrés et tassés comme des harengs), des gens du métier et de parfait(e)s inconnu(e)s (!), des stars BD et des fanzineux, et c’était bien rigolo ce doux mélange… Mais la "sécuritite" sévit partout, on dirait… À quand les caméras dans les chiottes de cet estimable point de rdv nocturne ?

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  • Une nuit à Angoulême 2012
    30 janvier 2012 20:11, par Telurik

    Je ne suis pas auteur mais bloggeur et les autres années je pouvais aller parler avec les auteurs au Mercure, c’était sympa, mais cette année nada, c’est dommage. Ce n’est même pas que je ne loge pas au Mercure (j’habite Angoulême ce serait idiot) puisque de toutes façons il n’y a aucune chambre de libre la semaine du festival, elles sont réservées d’une année sur l’autre.

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