Une rétrospective Cuvelier à la Fondation Raymond Leblanc

  • La Fondation Raymond Leblanc accueille sur ses murs les planches et les dessins de Paul Cuvelier à l’occasion des trente ans de sa disparition. Grâce à cette exposition, on redécouvre un dessinateur au trait réaliste, académique et classique.

C’est le 5 août 1978, que s’éteignit Paul Cuvelier, des suites d’une longue maladie. Son travail est aujourd’hui méconnu du jeune public. Pourtant cet auteur, qui toucha à différentes formes d’expression artistique, fut parmi les premiers à publier dans le journal Tintin, l’hebdomadaire de bande dessinée créé par Raymond Leblanc. Corentin apparut dans le premier numéro du journal, daté du 26 septembre 1946, aux côtés des planches de Jacobs, Laudy et bien sûr Hergé. Mais ce personnage est bien plus ancien : Cuvelier avait, en réalité, inventé Corentin pour distraire ses jeunes frères dès 1943.

Une rétrospective Cuvelier à la Fondation Raymond Leblanc
Photographie d’une couverture de Corentin
(c) Cuvelier - Le Lombard

Cette série, qui a marqué des générations d’enfants, racontait les aventures d’un petit orphelin, Corentin Feldoë, obligé de fuir sa famille d’adoption, se cachant dans un navire en partance pour les Indes. Le brick est pillé par les pirates, et Corentin s’échoue sur une île où il va se lier d’amitié avec un gorille, Belzébuth, et un tigre, Moloch.

Les premiers tomes ont été écrits en étroite collaboration avec Jacques Van Melkebeke, le premier rédacteur en chef de Tintin. Cuvelier s’est adjoint ensuite différents scénaristes pour Corentin : Jacques Acar, Greg, Jean Van Hamme et même Jacques Martin. Ce dernier écrivit une histoire que Cuvelier n’a malheureusement jamais eu le temps de l’achever. Martin adaptera ce récit pour en faire une aventure d’Alix,Les Proies du Volcan.

Différents originaux de Corentin sont exposés à la Fondation dont des superbes planches au lavis de L’ Extraordinaire Odyssée de Corentin que l’artiste réalisa à l’âge de 22 ans !, On y voit aussi celles issues des albums scénarisés par Jean Van Hamme.

(c) Cuvelier

Cette exposition ne fait pas l’impasse sur le reste de la carrière de Paul Cuvelier. On peut y admirer différentes pages de Line, de Flamme d’argent, ou de Epoxy, une bande dessinée légèrement érotique qu’il signa avec Jean Van Hamme. Mais les œuvres les plus intéressantes de cette rétrospective sont sans doute les tableaux qui témoignent du talent d’un artiste pour une autre forme d’art que la bande dessinée. Cuvelier était tiraillé entre son désir de réaliser des dessins et des peintures, et ce métier de la bande dessinée qu’il considérait comme un travail alimentaire.

Cuvelier, par lui même
(c) Cuvelier.

Lors de l’inauguration, Amédée Cuvelier, l’un des frères du créateur de Corentin souligna, avec une voix émue, cette contradiction : « Il nous a montré, à mes frères et moi-même, les dessins d’Alex Raymond et de Hergé. Mais il appréciait surtout les travaux de peintres tels que Rubens, Michel Ange, Léonard de Vinci, Raphaël, Velazquez, Delacroix, Picasso, ou encore Ingres, dont il approchait la technique ».

Cette remarquable rétrospective ne comporte malheureusement pas de sculptures réalisées par Paul Cuvelier. : « La plupart d’entre elles ont disparu », déplore Amédée Cuvelier. Mais ce qu’il nous laisse, cependant, et l’exposition de la Fondation Raymond Leblanc le montre bien, nous rappelle que Paul Cuvelier est, en dépit de ses dénégations, un des grands artistes du 9ème Art.

Yves Sente & Amédée Cuvelier
Lors du vernissage de l’exposition Cuvelier. Photo (c) Nicolas Anspach

(par Nicolas Anspach)

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L’exposition Paul Cuvelier est visible jusqu’au 19 septembre 2008 à :

La Fondation Raymond Leblanc
Avenue Paul-Henri Spaak, 7
B-1060 Bruxelles
Tél : +32 (0)2/520.70.09
Fax : +32 (0)2/521.70.09
info@fondationrleblanc.be
www.fondationrleblanc.be

En médaillon : Autoportrait de Paul Cuvelier.
Photo (c) Nicolas Anspach - Illustrations (c) Cuvelier