Une troisième vie pour les "Pieds Nickelés"

4 décembre 2009 3 commentaires
  • Avec un certain culot, {{Stéphane Oiry}} et {{Trap}} reprennent l’une des plus vieilles séries de la bande dessinée. Malgré leur cent-un ans, {Les Pieds Nickelés} n’ont pas pris une ride. Ces escrocs anarchiques, débrouillards et fauchés sont confrontés à la crise du logement. Malgré de nombreux déboires, ils ne coucheront jamais à la belle étoile…

En juillet 2008, Stéphane Oiry nous confiait vouloir reprendre les Pieds Nickelés avec son complice Trap. Il était alors en train de boucler un dossier et espérait qu’il serait suffisamment convaincant pour leur permettre ce "hold-up" et réaliser son fantasme.

C’est en lisant notre interview de Stéphane Oiry qu’Elisabeth Haroche, éditrice aux éditions Delcourt, lui a demandé de lui envoyer le scénario et les recherches graphiques pour ce projet. Pas si mal logé !, le premier tome des Nouvelles aventures des Pieds Nickelés vient de paraître chez Delcourt. Les auteurs ont inventé trois histoires courtes se succédant les unes au autres pour former une aventure de 30 pages.

Les Pieds Nickelés ont été inventé par Louis Forton en mai 1908 pour le journal L’Épatant des éditions des frères Offenstadt. Cette série met en scène Croquignol, Filochard et Ribouldingue, des escrocs gaffeurs appréciant l’esbroufe.

Plusieurs scénaristes et dessinateurs se sont succédé au fil du siècle dernier pour animer ces personnages franchouillards. La série doit beaucoup à Pellos qui la dessina entre 1948 et 1981, les meilleurs scénarios étant attribués à Montaubert. Quelques auteurs ont tenté par après de donner une nouvelle vie aux trois escrocs parmi lesquels Jean-Louis Pesch (Bec-en-Fer, Sylvain & Sylvette). Le succès n’était hélas pas au rendez-vous, si bien qu’aucun éditeur ne s’était intéressé à cette série ces dernières années, excepté les éditions Vents d’Ouest et Henri Veyrier qui rééditèrent une partie des histoires existantes. Pourtant, les Pieds Nickelés étaient restés très présents dans la mémoire collective, au point qu’un film tiré de leurs aventures est encore en cours de développement.

Une troisième vie pour les "Pieds Nickelés"
Extrait des "Nouvelles Aventures des Pieds Nickelés"
(c) Oiry, Trap & Delcourt.

Cent-un ans après leur création, Les Pieds Nickelés sont libres de droit. Stéphane Oiry et Trap n’ont pas pu résister à réaliser ce « hold-up ». Dans « Pas si mal logés ! », le premier tome de leurs nouvelles aventures, nos trois zigotos sont confrontés à la crise du logement. Croquignol sort d’un séjour en prison et n’a qu’une seule idée en tête : s’enfiler un demi derrière la cravate pour apaiser son gosier. Il retrouve ses deux compères dans un troquet et les rejoint dans leur piaule, un immeuble abandonné. À peine installé, leur squat prend l’eau. Des entrepreneurs démolissent leur logement de fortune. Véritable as de la débrouille, les trois escrocs fauchés se réfugient dans une laverie automatique. Ils décident de s’y incruster et de la transformer illico en un hébergement pour noctambules qu’ils appellent le « Lave Hôtel ». Au grand étonnement de certains couche-tard, qui y voient un « Love Hôtel » ! Les trois filous se feront rapidement éjecter, mais leur bonne étoile les mènera jusqu’à … l’Hôtel de Ville

Stéphane Oiry et Trap ont pris le parti de placer les nouvelles aventures des Pieds Nickelés dans notre monde actuel. Le côté décalé de ces trois escrocs, qui vivent au jour le jour, de squat en squat, en est d’autant plus renforcé. L’un des charmes de cette reprise réside dans les dialogues écrit par Oiry et Trap. Jeux de mots potaches et autres calembours argotiques se succèdent aussi vite que les breuvages dans le gosier de nos trois loustics paresseux.

Extrait des "Nouvelles Aventures des Pieds Nickelés"

Stéphane Oiry a simplifié son trait et allégé son encrage pour endosser un style faussement suranné. Sa manière colle parfaitement à ces histoires dont les ambiances allient passé et modernisme. Des choix graphiques renforcés par les effets de trames et la mise en couleur minimaliste aux confins de la quadrichromie. Les Pieds Nickelés reviendront prochainement dans un récit au titre allécant : Bio-Profiteurs, où Ribouldingue devenu allergique à l’alcool se convertit au « bio » pour continuer à boire.

Une reprise est sympathique qui offre avec talent une troisième une troisième vie aux trio d’escrocs le plus célèbre du 9ème art.

(par Nicolas Anspach)

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3 Messages :
  • Une troisième vie pour les "Pieds Nickelés"
    4 décembre 2009 09:14, par lezilus

    Voilà une vraie bonne idée de réinventer cette série qui depuis Pellos s’était largement fourvoyée dans le n’importe quoi.Comme le Spirou d’Emile Bravo,qui sauve du naufrage toutes les reprises d’aprés Franquin, c’est la meilleure surprise d’un genre qui souvent se contente de laisser dans le formol d’origine des personnages qui feraient mieux de passer l’arme à gauche.
    Il faut parfois attendre 101 ans pour être débarrassé de l’héritage.Bravo à Elisabeth Haroche d’avoir eu la bonne idée de passer ce coup de fil en nickel.

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    • Répondu par Artisan le 10 décembre 2009 à  16:35 :

      Le dessin est assez esthétique, et du coup moins rapide par rapport à mon souvenir des Pellos presque maladroits (plus tardifs).

      Une sacré gageure créative qui semble être la première du genre à faire surface après le rallongement sur la loi des droits intellectuels (Qui dit que la loi sur la propriété intellectuelle est le meilleur garant de la créativité ? Voilà un sujet à traiter par les Pieds Nickelés vous ne trouvez pas ?).

      Les scénarios doivent être assez jubilatoires à écrire et je comprends DELCOURT ! L’essentiel est de rester dans le politiquement incorrect... sans tomber dans le surréalisme. Ce qui n’est pas évident au XXIe siècle... et qui peut faire un tabac en cas de réussite.

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      • Répondu par Oncle Francois le 29 mai 2010 à  20:55 :

        Cela reste quand même très (del-)court et très cher : 32 pages de BD pour 9,95 euros ? Le livre d’Onapratut est d’un bien meilleur rapport qualité-prix : 280 pages pour 25 euros !!

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