Urielle - Par Lapière & Clarke - Quadrants

24 novembre 2009 0
  • Dans une communauté de béguines (religieuses vivant dans un béguinage) qui tente de survivre face aux attaques du clergé, une femme surgit de nulle part, possédant des pouvoirs qui rendraient le béguinage sacré et donc intouchable par l’Inquisition. Un polar religieux en huis clos d’une incontestable beauté graphique, mais qui peine à réellement emballer.

En Rhénanie en 1238, l’Église voit d’un fort mauvais œil l’indépendance des femmes demeurées veuves ou célibataires, et surtout leur implication en religion… Erika tente d’assurer la pérennité du petit béguinage qu’elle forme avec ses quatre filles, en fournissant aux moines voisins des copies de la Bible en vernaculaire joliment enluminées. Mais la protection des pères est fragile ; elle ne peut rien contre l’Évêque.

En ces temps d’intolérance, une apparition mystique va soudain bouleverser la communauté : une jeune beauté inconnue et faiseuse de miracles… une incarnation divine, sans doute… ! La présence d’Urielle provoque de terribles tensions au sein du village… Qui est-elle vraiment ? Une mission inquisitrice est aussitôt dépêchée par l’Évêque de Strasbourg.

Urielle - Par Lapière & Clarke - Quadrants

Les béguines sont un sujet dont on connaît finalement peu de choses : des groupes de femmes vivaient en communauté, priant Dieu, mais sans répondre directement à l’autorité de l’Église, bien qu’elles leur fournissent ici de belles traductions des évangiles. Bien explicitée dans l’introduction de l’album, cette forme d’émancipation fut assez mal acceptée à l’époque, ce qui fait toute la saveur de ce récit.

Le très beau dessin de Clarke donne toute l’ambiance de l’affrontement entre autorité et dévotion, mais le quotidien de cette communauté n’est malheureusement pas suffisant pour rendre Urielle incontournable. Malgré l’excellente idée de base, le récit est un peu trop lent. Les ambiances sombres, quoique fort bien réalisées, n’aident pas pimenter le rythme de ces soixante-huit pages.

Au final, il demeure un beau témoignage de cette vie moyenâgeuse, ainsi que le combat de ces femmes souhaitant vivre leur idéal sans se faire écraser par les hommes. On se prend à espérer que le dessinateur de Mélusine puisse encore nous donner l’aperçu de ces talents d’évocation de cette période, mais dans un récit un peu plus enlevé.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander Urielle chez Amazon ou à la FNAC

Lire les premières pages de l’album

Des mêmes auteurs : Luna Almaden

  Un commentaire ?