Urtikan.net, un webdo satirique à un an des présidentielles

6 mai 2011 0 commentaire
  • Depuis deux semaines, le web a un lieu satirique justement nommé « Urtikan.net ». L’objectif ? Traiter l’actualité par l’image, sur un modèle économique proche de Mediapart. Un projet qui promet « beaucoup de dessins, du mauvais esprit et de l’humour. »

Avant qu’il ne dégage de Charlie Hebdo, Philippe Val vitupérait contre l’Internet, cette « planète des singes » où règnent «  les grandes peurs irrationnelles, les imaginations de complot et l’idée que la violence seule est susceptible de répondre au désaccord [1]. »

En réalité, beaucoup voient dans l’Internet un média qui dérange leurs habitudes de penser et de s’exprimer, ce qui n’est jamais confortable évidemment, d’où ces réactions grinçantes et, à notre sens inadaptées : la plupart des détracteurs d’Internet y projettent leur propre peur d’un média qu’ils ne dominent pas.

Les présidentielles en ligne de mire

C’est pourquoi on ne peut que saluer l’initiative de François Forcadell et de ses amis. Ce Toulousain dessinateur dans la Dépêche du Midi avant de venir à Paris pour créer La Grosse Bertha (1991) ou, récemment, pour conseiller artistiquement Siné Hebdo, est l’une des plumes attentives du dessin d’humour en France dont la page sur Iconovox, Faits d’images, rend compte de la riche actualité.

Il nous raconte cette nouvelle aventure : « Urtikan.net se veut un lieu d’expression spécifique au dessin satirique. Aujourd’hui, la plupart des dessinateurs doivent multiplier leurs collaborations pour travailler. Ils y trouvent une satisfaction pécuniaire mais ils sont loin de s’épanouir en tant qu’auteurs car ils doivent quelquefois se plier aux contraintes éditoriales et techniques d’une rédaction qui dicte parfois ses choix sans pour autant les justifier. Le deuxième objectif est de créer un espace d’expression citoyenne. L’art de la caricature est populaire et emporte l’adhésion de nombreux publics. Il fait rire, mais peut aussi inciter à la réflexion en grossissant le trait. Dans ce sens, l’actualité politique de ces prochains mois sera pour nous un véritable cadeau. »

Urtikan.net, un webdo satirique à un an des présidentielles
Capture d’écran. (c) Urtikan.net

Effectivement, à un an de présidentielles qui s’annoncent sanglantes, les dessinateurs ont du pain sur la planche… à dessin ! Mais le trait d’humour sur le web est-il consommé de la même manière que sur le papier ? Forcadell : « La conception et la réalisation du dessin restent quasiment la même, seul change le moyen de diffusion. Internet permet une grande réactivité fasse à l’événement. En quelques heures, on peut concevoir et surtout mettre en ligne le journal. Un atout formidable pour suivre avec gourmandise toutes les péripéties de la vie politique française. Autre exemple : par la passé, on découpait un dessin dans un journal, on le photocopiait. Maintenant on partage avec ses amis. »

Un modèle économique proche de Médiapart

L’Internet permettrait un nouvel âge d’or du dessin d’humour, le premier survenant aux alentours de l’année 1875 quand un voyageur anglais constatait qu’il y avait plus de 70 journaux de caricature en kiosque à Paris.

Mais la question reste la même, en particulier sur le Net : qui finance cela ? Pour le moment, les initiateurs du projet eux-mêmes : « Pour l’instant, on n’a pas vraiment cherché d’investisseur intéressé par un journal satirique. Bolloré, Lagardère, Pigasse, Dassault, déversent des milliards dans la presse pour des titres qui perdent de plus en plus de lecteurs, alors que notre « modèle économique » fonctionne à partir de 15 000 abonnés. À partir de ce seuil, le financement du journal et de la vingtaine de personnes qui y collaborent est assuré. Ce modèle de financement nous intéresse aussi car il associe l’investissement de la rédaction, avec le travail de chacun, à la confiance et à la satisfaction du lecteur. Il assure aussi notre indépendance éditoriale. »

Capture d’écran. (c) Urtikan.net

Avec son large choix de dessinateurs, le Webdo satirique propose une livraison hebdomadaire à 1,30 euros ou 4,90 euros par mois, par un système de paiement ultra-simple qui permet d’accéder à un fonds exclusif d’articles journaliers et d’archives, sur un modèle payant qui a déjà réussi ailleurs : «  Les sites de journaux payants existent déjà comme Médiapart ou Arrêt sur Images. On s’inscrit dans cette lignée avec un contenu plus atypique journalistiquement parlant. Mais le but reste le même : profiter du moyen de diffusion universel qu’est Internet pour s’exprimer. Ce sont surtout les dernières expériences de journaux satiriques « traditionnels papier » qui nous ont amenés à privilégier Internet, au regard des problèmes rencontrés : coûts de réalisation, d’impression et les à peu-près de la distribution (qui frise l’escroquerie). Le projet d’Urtikan.net était en gestation depuis trois ans, mais sa naissance a été grandement facilitée par l’expansion de la lecture sur Internet, l’explosion du e-commerce et l’apparition des tablettes qui vont démultiplier les supports de lecture. »

Un projet dont les opérateurs de la bande dessinée pourraient s’inspirer ?

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Lien vers le site d’Urtikan.net

[1Charlie Hebdo, 23 juillet 2008.

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