Vacances au bled-Par Singeon et Jennifer Bidet-Casterman

17 juillet 2018 0 commentaire
  • La collection sociologique de Casterman s'intéresse à la double identité des franco-algériens, particulièrement bousculée lors des rituelles vacances en famille. Sérieux et pertinent, tout en présentant des "personnages" touchants dans leurs interrogations.

Retourner dans le pays de ses racines pour les vacances, un vrai exercice de haute voltige. Pour les français d’origine algérienne, une plongée dans une culture faite de traditions et une société qui les juge et les envie à la fois. Nous suivons ainsi plusieurs jeunes adultes retrouvant leur famille de l’autre côté de la méditerranée, entre vacances au soleil et règles passéistes qu’il faut bien accepter.

Phénomène désormais bien identifié sociologiquement, ce rituel soulignant un rapport compliqué aux origines trouve ici une illustration claire et pertinente. Ce questionnement concerne d’ailleurs tous les pays d’Afrique pourvoyeurs d’immigration dans l’hexagone : l’Algérie, évidemment, mais aussi la Tunisie, le Maroc, le Mali, la Côte d’Ivoire... Le Portugal et l’Espagne s’ajoutant à la liste dans un ancrage historique plus ancien. L’enquête de Jennifer Bidet s’appuie sur les sentiments contrastés de jeunes franco-algériens qui ont du mal à passer d’un pays à l’autre, et trouvant difficilement leur place dans les deux cas. Trop algériens pour la France, et trop français pour l’Algérie. Avec un statut d’immigré des deux côtés ! S’ajoute à cela une vie de famille figeant les traditions, et exerçant parfois une certaine pression (statut des femmes voire stratégies matrimoniales précieusement pensées entre autres) et des incidences économiques importantes : le prix "immigré" appliqué sans pitié dès qu’on a posé un pied au bled...

Si la démonstration des auteurs convainc, il est dommage qu’on n’ait pas plus d’éléments sur la thèse de départ, notamment des données chiffrées et des repères méthodologiques. Cela dit, quelques planches s’intercalent pour éclairer le contexte : le marché du tourisme en Afrique du Nord ou les traditions immobilières (l’empilement des appartements en famille, un phénomène fondamental).

Les vacanciers décrits dans l’album gardent un souvenir doux-amer de leur voyage, et des non-dits nombreux en tête. Singeon parvient à créer une empathie réelle pour eux tout en permettant la réflexion et l’analyse. L’album laisse ainsi le choix : approfondir ou rester sur l’émotion de la chronique sociale.

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

  Un commentaire ?