Vega : en proie à la Guerre Sourde.

Par Charles-Louis Detournay Bon 20 septembre 2022 
Est-ce un album ? Un roman graphique ? Un comics ?... En réalité, "Vega" est un peu tout cela à la fois... et bien plus en même temps ! C'est une incursion prophétique dans notre futur. Pas si loin à vrai dire, juste quarante-quatre années. De quoi lire, profiter et réfléchir, le temps d'une anticipation au graphisme aussi pop que top !

2060, c’est la Guerre Sourde, l’ère des mafias d’État, des métropoles insurrectionnelles, des séparatismes génétiques et des stations spatiales privées. Dans cette ère où la connectivité est omniprésente, l’impact de l’homme a exterminé une bonne partie de la faune terrestre. C’est dire l’excitation de la scientifique Ann Vega lorsqu’elle repère, par hasard, ce qui est sans doute, l’ultime représentante des orangs-outangs encore vivante. La mission de sauvetage tourne au drame quand son mari et son fils meurent sous les balles d’un sniper d’une triade.

Six ans plus tard, Ann Vega et son équipe Reborn ont trouvé asile dans la ville libre de Chicago. L’orang-outang y est préservée dans un lieu protégé, pendant que des scientifiques testent un moyen de téléportation entre la Terre et une arche construite en orbite. Pendant l’une des phases de test, un bug subvient... la structure moléculaire du corps d’Ann en est progressivement affectée...

Vega : en proie à la Guerre Sourde.

Chaque album ou série écrite par Serge Lehman vaut le détour : pour son parti-pris, son implication, son innovation tout comme le mélange, souvent détonnant, des références et de la création pure.

Vega ne fait heureusement pas exception à la règle ! Ce n’est, évidemment, pas à cet écrivain virtuose de la science-fiction, que nous allons expliquer le rôle de l’anticipation : proposer une vision de notre futur certes, mais surtout nous faire réfléchir sur les enjeux d’aujourd’hui et leurs conséquences pour demain.

Sur ce point, Vega remplit parfaitement son rôle. Sans vision culpabilisante, l’album joue sur l’impact du réchauffement climatique, de la montée des eaux, de la pollution de l’atmosphère, l’extinction des espèces animales, etc. Ce cadre, qui peut paraître plombant, est compensé par deux "organisations" qui s’opposent : les premiers tentent de rassembler les derniers spécimens dans une arche en orbite, Reborn, tandis que les seconds optent pour le clonage, et même pour l’introduction de gènes animales dans l’ADN humain.

Bien d’autres sujets sont ainsi abordés plus ou moins frontalement, comme le devenir des états, la domotique, la robotique, les médias censeurs, etc. Un ensemble d’éléments passionnants et qui fait de cette anticipation l’une des dernières belles réussites du genre cette année.

Restent les personnages, tout aussi réussis, en particulier cette scientifique, Ann, déstabilisée par le décès de son mari et de sa fille, qui s’enferme dans le travail et l’amour d’une orang-outan qui lui fait perdre une partie de son discernement. Des préoccupations compréhensibles qui imposent le rythme du récit et construisent un bon équilibre entre le suspense SF et les anticipations.

Le tout est teinté de références très... Seventies. Le scénariste fait ainsi intervenir John Brunner, ce romancier qui a annoncé en 1972 la crise environnementale dans laquelle nous sommes engagés.

Des références qui ressortent également par les couleurs pop de Yann Legendre. Mais le designer et illustrateur français ne se limite pas à mêler les ambiances futuristes et rétro. L’artiste qui a longtemps vécu aux États-Unis, en travaillant pour de grosses sociétés de productions, rend également hommage aux Comics : un encrage très anglo-saxon, un format qui s’en inspire, même si la taille est heureusement plus importante et une mise en page qui multiplie les pleines pages, histoire de profiter de ses talents de créateur.

La première bande dessinée d’Yann Legendre nous avait déjà tapé dans l’œil. L’auteur passe pourtant à la vitesse supérieure, en démontrant tout l’intérêt de ces références à la croisée des cultures européennes et américaines.

Chaque planche est une surprise, et même si Legendre est plus habile pour captiver avec ses constructions dématérialisées, le grand format permet de profiter pleinement de chaque ambiance, appuyée par son jeu de couleurs.

Et si certaines pages mettent clairement l’accent sur l’ambiance par rapport au scénario, les 160 pages de l’ensemble forment un très bon one-shot qui tient toutes ses promesses narratives, autant que graphique, avec de belles réponses et quelques interrogations louables sur notre avenir. Une belle surprise pour un éditeur qui préfère sélectionner plutôt que de multiplier.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782226459114

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