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Veys et Alvès : « Nous avions envie de retrouver un esprit "Tintin" »

Par Arnaud Claes (L’Agence BD) le 6 septembre 2007                      Lien  
Ce n’est pas un hasard si Robert Laffont lance une parodie du commissaire Maigret. Internationalement connu, héros d’un célèbre écrivain belge et commissaire à Paris, voilà un personnage franco-belge en diable – idéal pour une maison ancrée dans la bande dessinée du même nom ! Interview des auteurs.
Veys et Alvès : « Nous avions envie de retrouver un esprit "Tintin" »
Malgret, par Veys et Alvès
(c) Robert Laffont

Pierre Veys, avec Baker Street, Les aventures de Philip et Francis ou Harry Cover, vous êtes devenu un spécialiste de la parodie en bande dessinée : qu’est-ce que vous appréciez dans cet exercice ?

Pierre Veys : Lorsqu’on fait vivre des personnages connus, on peut utiliser des registres très étendus en matière d’émotion. Pour le lecteur, ces personnages sont familiers, donc on peut passer le stade d’exposition de la personnalité, et développer (et détourner en partie, dans le cadre de la parodie) la psychologie, en allant tout de suite très loin, puisque le sujet est bien présent dans nos mémoires. Le lecteur découvre alors une autre facette possible d’un univers qui l’a accompagné longtemps, et parfois même, pendant des décennies.

Il y a des personnages qu’on aime bien revoir, parce qu’ils sont rassurants : le monde change, ne nous fait pas de cadeau, la vie elle-même est anxiogène ; on peut cependant faire une pause et observer nos "amis" éternels évoluer dans leur appartement de Baker Street, Park Lane, ou au quai des Orfèvres. C’est comme si personne ne mourait dans notre famille. On les connaît bien, on les a adoptés. Et on peut les retrouver intacts, quand on veut. C’est un petit moment pendant lequel on se retire du jeu : psychologiquement on est à l’abri, rien ne peut nous arriver, et on observe tranquillement une "famille" de fiction. La série, avec des personnages éternels, est une invention géniale. Sans ces "compagnons de voyage", la vie serait sans doute bien différente. C’est pour cela que toutes les cultures, même les plus anciennes, ont leurs personnages récurrents.

Pierre Veys n’aime pas les photographes
Photo : DR

Le fait de reprendre un héros créé dans les années 30, de lui faire vivre une aventure dans les années 50, dans la campagne française, avec un style graphique "traditionnel"… tout cela peut paraître un peu daté. L’avez-vous considéré comme un risque et comment l’avez-vous appréhendé ?

Christophe Alvès : Un risque ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que nous assumons complètement cette datation. Quelque part, cela permet de faire une bande dessinée "historique". Notre envie était de retrouver un esprit "Tintin" avec un album comprenant beaucoup de pages, une histoire "fil rouge" (l’enquête policière), des dessins et des couleurs lisibles et efficaces. J’espère que le lecteur ne sera pas déçu.

PV : Pour éviter ce genre de problème, il y a quelques règles strictes à respecter : éviter les histoires de Gaulois et de Romains : c’est vieux de plus de 2000 ans ! Pas d’histoire de cow-boys, non plus : le 19ème siècle... Idem pour les années 50 : qui aurait l’idée de continuer Blake et Mortimer, par exemple ?… Pour Maigret, aucune inquiétude : le personnage de référence est totalement d’actualité, car programmé à la télévision, très régulièrement, toute l’année. Et je suis toujours surpris par son incroyable popularité, qu’il s’agisse des romans ou des films. On en parle toujours avec affection, tous âges et sexes confondus. De nouveau, on pourrait croire qu’il s’agit de quelqu’un de la famille...

Christophe Alvès
Photo DR

Christophe Alvès, même si votre dessin a notamment des influences à chercher du côté de la BD franco-belge classique, on ne vous attendait pas forcément sur un projet comme celui-là. Comment la rencontre s’est-elle faite ?

CA : J’ai rencontré Pierre tout simplement lors d’un festival BD qui se déroulait à Orléans. J’étais alors "libre", la série Dusty Dawn n’ayant, hélas, pas connu le succès escompté. Nous avons pas mal discuté et nous avons décidé d’essayer de monter un projet ensemble. Ce projet n’a pas abouti, Pierre m’a alors proposé cette parodie de Maigret qu’il avait dans ses tiroirs depuis un petit moment. Il fallait que le style du dessin soit en adéquation avec notre envie de retrouver un côté franco-belge des années cinquante. On peut le voir comme un hommage à la Bande Dessinée franco-belge, aux "Tintin", "Blake et Mortimer", "Gil Jourdan"...

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet, et qu’est-ce qu’il vous a apporté ?

CA : Évidemment, le personnage de Maigret. J’avais déjà lu quelques enquêtes et les films où Gabin tenait le rôle m’avaient impressionné lorsque j’étais beaucoup plus jeune. J’aime également la série avec Bruno Cremer, qui est excellent. Les challenges sont aussi mon moteur : je n’avais encore jamais réalisé d’illustrations ou de bandes dessinées avec un besoin de recherche de documentation. Je voulais voir si je pouvais assurer dans ce domaine. Également, dans un travail inhabituel, mais ô combien intéressant, sur un personnage "existant" qu’il faut parodier.

Vous réalisez habituellement beaucoup de travaux en-dehors de la BD, en avez-vous encore le temps ?

CA : Pas trop en ce moment. Malgret me prend tout mon temps, surtout le deuxième album, qui se passe à Monaco et qui demande beaucoup plus de décors et de détails (j’ai une pensée pour la coloriste… !). Il est à moitié dessiné et encré. Anne-Marie Ducasse a commencé à mettre en couleurs les premières planches.

Malgret, par Veys et Alvès
(c) Robert Laffont

Y aura-t-il bientôt une aventure à Paris, le "QG" de Malgret ?

PV : Nous aimons beaucoup le faire voyager. Ça permet de le confronter à des régionalismes percutants ! Et le travail historique et géographique de Christophe est très poussé : chaque voyage s’appuie sur une documentation très précise. Dans le cas de Monaco, Christophe y est allé en préparation, et en a ramené une impressionnante quantité de photos... Mais Paris est au programme, bien sûr. De toute façon, même lorsqu’il se trouve à Monaco, ou dans le Loir-et-Cher, Malgret est toujours accompagné par une partie de son équipe – la plus encombrante ! Et donc, il doit toujours se trimballer ses calamiteux adjoints qui lui pourrissent la vie. Comme au bureau, quoi.

Quels sont vos autres projets à tous deux ?

CA : Chuuuut !

Pierre, pouvez-vous nous dire quelques mots de votre autre série en préparation pour Laffont ?

PV : Le personnage principal est un aventurier, un explorateur, qui a vécu une existence exceptionnelle. Il sait qu’il ne pourra jamais retrouver cette vie intense. Il ne connaît plus que l’angoisse, et la banalité du quotidien ; il décide, avec lucidité, de se suicider. Mais on vient lui proposer la plus surprenante et incroyable des aventures…

(par Arnaud Claes (L’Agence BD))

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