Vie et survie de la BD mexicaine

26 août 2004 1 commentaire
  • {De chistes y de asno}. Le Mexique est un pays avec une immense population, dont la majorité est souvent pauvre, parfois illettrée, affectée d'un tempérament macho et très religieux. Dans ce contexte, au pays de la Vierge Noire, seul la BD dite "de cul" nourrit encore les dessinateurs.

Je me permettrai d’ajouter un petit complément personnel à l’article sur la BD mexicaine que vient de faire paraître Libération...

Pourtant, c’est du Mexique qu’a émergé l’un des ancêtres de la BD : le codex, parchemin illustré utilisé par l’administration Aztèque avant la colonisation espagnole. Il inspira entre 1910 et 1950 les fameux peintres muralistes qui, en de gigantesques fresques, parfois séquentielles, « instruisaient le peuple » par des images simples. Quant à la BD, apparue dans l’après-guerre, elle acquit une immense popularité : les illustrés permirent à une population souvent défavorisée d’accéder à la lecture.

Vie et survie de la BD mexicaine
Novela Poliaca

Mais aujourd’hui, la BD a une difficulté énorme à garder son lectorat. Comme le livre en général. Lors de mon récent voayage au Mexique, le seul ouvrage que j’ai pu trouver en espagnol sur Diego Rivera, l’un des célèbres peintres muralistes des années 30, était publié par l’éditeur allemand Taschen ! Imaginez que les seuls livres en Français sur Magritte ou Roland Topor en librairie soient publiés par un éditeur Américain pour le Québec... C’est comme cela au Mexique désormais : si vous cherchez un bouquin, vous aurez plus de chance de le trouver chez les libraires d’occasion qu’en magasin !

En librairie, chez les marchands de journaux et les vendeurs à la sauvette, on trouve des comics US (la panoplie mainstream DC et Marvel), des mangas (I’’s de Katsura, du shonen d’action) et même de la BD européenne (W.I.T.C.H a sa propre revue )... Cela dit, les chistes que l’on trouve, sont principalement dans les fayucas, les célèbres supermarchés semi-clandestins, principalement en seconde main. Le terme n’est pas pris au hasard...

Pistolero

Dans ces pockets édités sur du mauvais papier, on trouve de la BD naïve pour gamins, des histoires de lutteurs masqués (les super-héros locaux), des histoires de cowboys, de gangsters et ces fameuses « Para su venta a mayores de 18 años » incroyablement sadiques dont la quatrième de couv fait la pub pour des téléphones roses. Parfois le tout mélangé ! Tournante d’indiens sur une cowgirl blonde platine, aux attributs dignes de Lolo Ferrarri, plan à trois entre fliquettes et gangster. Les préliminaires font bien quelques pages, mais les dialogues laissent vite place à l’action...

Il est difficile de trouver des BD locales au Mexique. Ainsi, en février dernier, la chaîne privée Azteca 13 a présenté dans son JT une suite de reportages sur la BD mexicaine. Les seules « célébrités » locales cités dessinent Spider-man et The Simpsons. Dans un pays connu pour alimenter les USA en petites mains, même les dessinateurs en sont réduits à travailler pour le voisin du Nord afin de se faire un nom. Et le supplément dominical de strips du quotidien Milenio se réduit chaque mois de plus en plus.

Depuis 20 ans, la télévision a pris le pas sur le livre. Un public en grande partie analphabète se passionne en effet pour des tele-novellas à l’eau de rose, diffusées en moyenne 10 heures par jour sur chaque chaîne. Car si le foot et Coca Cola sont des religions aussi pieusement vénérées que le Christ ou la Santa Virgen de Guadalupe, les déboires amoureux de familles riches et trop pâles pour être vraiment locales ont littéralement vidé les chapelles des chistes, à tel point que le peu de BD locales qui existe encore a dû faire le forcing dans le racoleur.

Voir en ligne : Les cingleries crades des comics chicanos (Libération)

(par Xavier Mouton-Dubosc)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Je tiens à remercier Camille et Ulìses pour leur hospitalité et leur amitié.

 
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1 Message :
  • > Vie et survie de la BD mexicaine
    8 septembre 2004 16:22, par JM

    Mais qu’est-ce qu’est "De chistes y de asno" ? Qu’est chistes ? "Chiste" signifie "histoire drôle" et au Mexique on n’appelle ainsi à aucun type de BD.

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    • Répondu par Xavier Mouton-Dubosc le 9 septembre 2004 à  00:16 :

      Oui, mon espagnol ne vaut pas mieux que mon schtroumpf... mais de nombreuses bd sont l’équivalent des "100% gags", en v.o. "mejores chistes", ce qui est le titre ou sous-titre de nombreux fascicules... quand à "asno"... hem.

      Bref deux genres de la bd purement mexicaine particulièrement... primesautiers.

      Merci pour ta remarque en tout cas. (pffff... encore une autre langue à réviser)

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