Vingt ans sans Peyo

25 décembre 2012 4 commentaires
  • Il y a vingt ans jour pour jour s'éteignait Peyo, un des plus formidables créateurs de bande dessinée du vingtième siècle. Évocation.

Né en 1928 à Bruxelles, Pierre Culliford suit les cours de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, avant d’entrer en 1945 dans un studio de dessin animé. Ce studio d’animation ne fait pas long feu, mais Pierre, qui signe Peyo - déformation enfantine de Pierrot- y fait des rencontres essentielles : celles d’André Franquin, de Morris et d’Eddy Paape.

Il fait ses premières armes dans la publicité et dans plusieurs quotidiens belges comme La Dernière Heure ou Le Soir qui accueillent ses premières bandes dessinées : Poussy, un chaton espiègle, et Johan, vaillant page du roi dans un Moyen-âge de fantaisie.

Vingt ans sans Peyo
Pirlouit entre en scène

En 1952, Peyo entre au Journal de Spirou où il retrouve ses amis Franquin et Morris. Il améliore sa série médiévale qui s’enrichit d’un second personnage fantasque qui rapidement vole la vedette au héros. « Johan et Pirlouit » vivent leurs premières aventures et s’imposent comme un des rendez-vous préférés des lecteurs.

En 1958, il imagine un épisode mettant en scène des petits lutins bleus : « La Flûte à Six Schtroumpfs ». Encouragé par Yvan Delporte, le rédacteur en chef du journal, Peyo commence à leur faire vivre des aventures indépendantes, d’abord dans des mini-récits, format qui colle à leur gabarit, puis avec des aventures au long cours.

Mais son appétit de raconteur d’histoire n’est pas rassasié. En 1960, il démarre « Benoît Brisefer », comédie d’aventure mettant en scène un petit garçon à la force herculéenne, sauf quand il est enrhumé. Enthousiaste, il relance « Poussy », créé dix ans auparavant et lance les aventures de « Jacky et Célestin ».

Première apparition des Schtroumpfs

Rapidement, Peyo est submergé par le travail et la popularité grandissante des Schtroumpfs. Il s’entoure de jeunes collaborateurs qui vont l’aider à mener de front ces multiples séries. La plupart feront carrière : François Walthéry, Derib, Gos, [De Gieter, Wasterlain,...

Alors que « Johan et Pirlouit » sont clairement ses fils préférés, Peyo doit progressivement les laisser de côté, totalement absorbés par la Schtroumpfmania. Elle atteint son apogée dans les années 1980, lorsque le célèbre studio Hanna Barbera lance la production d’une série de dessins animés qui vont inonder les télévisions du monde entier et asseoir définitivement la popularité des personnages. Peyo, piètre anglophone, engage Yvan Delporte, parfaitement bilingue et déjà co-scénariste de nombre de ses albums, pour l’accompagner dans cette aventure américaine.

Peyo, marqué par le déchirement communautaire belge entre Flamands et Wallons

Peyo sortira lessivé de cette folle décennie et décédera à 64 ans d’une crise cardiaque. Aujourd’hui, l’héritage de Peyo reste bien vivace et extrêmement populaire, du fait de nouveautés éditoriales régulières et composées respectueusement par le Studio Peyo, de la foule de jouets disponibles, de produits dérivés variés et d’une toute récente adaptation cinématographique.

Le film live sorti à l’été 2011, a connu un phénoménal succès populaire, même s’il piétinait allégrement les volontés de Peyo, pour qui « Les Schtroumpfs ne vivent pas à New York, ne mâchent pas de chewing gum, ni ne boivent de soda... ».

Se replonger dans un album de Peyo reste une expérience de lecture à nulle autre pareille. Vingt ans après la disparition de ce formidable créateur, il est essentiel de le rappeler.

(par Morgan Di Salvia)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Pour connaître en détails la vie de Peyo, nous renvoyons à deux ouvrages de référence :

Peyo l’enchanteur- Par Hugues Dayez - Éditions Niffle (2003)

Morris, Franquin, Peyo et le Dessin Animé - Par Philippe Capart et Erwin Dejasse - Editions de l’An 2 (2005)

Toutes les illustrations sont © Peyo - IMPS - Dupuis
Photo en médaillon © DR - Editions Dupuis

 
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4 Messages :
  • Vingt ans sans Peyo ? Les grandes oeuvres survivent à leurs auteurs
    25 décembre 2012 16:15, par Oncle Francois

    donc il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Les Johan, Benoit et Pirlouit n’ont pas pris une ride, parce qu’ils ont été conçus à une époque où pour etre publié dans la presse hebdo (condition indispensable avant la sortie d’un album), il fallait avoir du talent, de l’inspiration, et une grande puissance de travail.

    J’ai cru lire quelque part que Peyo aurait bien aimé rejoindre le journal de Spirou après-guerre, avec ses amis Franquin et Morris. Mais les bons frères Dupuis ne le trouvaient pas au niveau, ils lui ont donc conseillé d’aller progresser ailleurs... un peu comme Tillieux qui dut attendre la fin d’Heroic Albums et de Risque Tout pour enfin publier son Gil Jourdan dans les belles pages de Spirou : il y travaillait depuis longtemps, mais sur de simples illustrations.

    On reproche souvent à Peyo le coté commercial de ses Schtroumpfs, pourtant il faudrait reconnaitre un jour que leur succès fut imprévu ; il s’agit au départ de personnages secondaires de l’album La flûte à six Schtroumpfs, puis les héros de mini-récits offerts par les éditions Dupuis pour les numéros spéciaux publiés à l’occasion des fêtes catholiques (Noel, Pâques, Assomption, Ascension, Toussaint), car les Dupuis étaient très pieux, ce qui est bien leur droit. Ces mini-récits n’étant pas repris dans les reliures Spirou de l’époque, Peyo les fit donc redessiner par son studio pour en faire de beaux albums classiques et cartonnés. Le succès fut phénomènal et mérité. Mais après tout quand on a du talent et qu’on travaille dur, il est normal de recolter du succès... surtout quand on vit dans un pays fiscalement accueillant, nom d’un schtroumpf !

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    • Répondu le 26 décembre 2012 à  11:38 :

      "Les Johan, Benoit et Pirlouit n’ont pas pris une ride."

      Pas vrai. Les Schtroumps sont indémodables parce qu’intemporels et leur langue ne peut pas vieillir. Benoît Brisefer avec son short et son beret, c’est daté. La coupe de cheveux de Johan, c’est daté aussi. Et la langue est datée. Ce sont des bandes dessinées pour la jeunesse des années 50 à 70.

      parce qu’ils ont été conçus à une époque où pour etre publié dans la presse hebdo (condition indispensable avant la sortie d’un album), il fallait avoir du talent, de l’inspiration, et une grande puissance de travail.

      Spirou magazine existe encore mais n’est plus réservé aux enfants. Ce qui est un réel problème. La moitié du lectorat est adulte. De plus, ses ventes ne son pas comparables à celles des années 50 à 70. Le talent, l’inspiration, la grande puissance de travail, c’est bien gentil mais si vous êtes payé des cacahuètes, autant vendre cette puissance ailleurs, pour des albums (qui se vendent rarement à plus de 5000 exemplaires même quand vous y mettez toute cette énergie, le lectorat ne suit pas forcément et les plus talentueux, les plus inspirés ne sont pas automatiquement récompensés) ou pour de l’animation ou du jeu-vidéo.

      Oncle François, vous parlez d’une époque qui n’existe plus depuis au moins la dernière décennie du XXème siècle.

      C’est gentil ce que vous dites, mais ça ne changera pas le cours des choses.

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      • Répondu le 26 décembre 2012 à  19:20 :

        La coupe de cheveux de Johan, c’est daté aussi.

        C’était déja daté quand c’est paru, puisque c’est une coupe du moyen-age.

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        • Répondu le 27 décembre 2012 à  09:04 :

          C’était pas le bon choix. Mais je peux imaginer qu’à l’époque où c’est paru, ça pouvait faire Moyen-Âge mais réactualisé. Déjà enfant, je croyais que Johan était une fille. Récemment, j’ai remarqué que mes enfants croyaient aussi que c’était une fille.

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