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Violette Nozière : Vilaine Chérie - Par Camille Benyamina & Eddy Simon - Casterman

Quand la Ville des Lumières nourrissait en son sein la vile Nozière... Après les poètes surréalistes, les chanteurs populaires, les romanciers, cinéastes et autres bédéastes, Eddy Simon et Camille Benyamina s'attaquent au mythe Violette Nozière, avec humanisme et candeur, retraçant l'étrange parcours d'une froide rêveuse, de 1933 à 1945. Un bel album, baigné de lumière mais qui n'évite pas tous les écueils.
25 janvier 2014 Sarah COLE Commenter

Paris 1934. Violette Nozière attend d’être condamnée à mort dans un couloir sombre du Tribunal de Paris. Poursuivie pour avoir tenté d’empoisonner sa mère et réussi à tuer son père, la jeune fille de 19 ans n’a guère d’espoir d’être acquittée, en dépit de l’optimisme de ses avocats et les circonstances atténuantes dans lesquelles elle se drape, savoir : le père incestueux.

Victime ou bourreau ? Difficile à dire ce qui pousse une mineure à vouloir se débarrasser de parents aimants. Violette elle-même semble flotter dans une réalité floue, drainée de mensonges et de rêves de liberté. Celle qui voulut échapper au quotidien étouffant que lui offraient ses parents inconscients se souvient sans frémir de l’année qui précéda son geste criminel…

Violette Nozière : Vilaine Chérie - Par Camille Benyamina & Eddy Simon - Casterman

« Violette a rêvé de défaire
A défait
L’affreux nœud de serpents des liens du sang »

Comme beaucoup de ses copains surréalistes, Paul Eluard a chanté la jeune parricide errant dans Paris sidéré. En Violette Nozière, ils ont vu leur ange noir, « mythologique jusqu’au bout des ongles », rêvait André Breton.

Ils ne furent pas les seuls à défendre la nymphette mythomane. Nombre de progressistes dénoncèrent dans cette affaire les dérives d’une société par trop patriarcale, tandis que les tenants d’une certaine moralité exigeaient que justice soit faite, que le monstre perde sa tête, que le monde retrouve la sienne.

Le cas Nozière défraya la chronique, fin 1934. Les médias s’en saisirent. L’enquête, les débats, le procès, le pourvoi, la condamnation à mort, la grâce, la réduction de peine et finalement la réhabilitation furent jetés en pâture au public qui, depuis Landru, n’avait plus connu un fait divers de cette envergure. Tous les journalistes étaient sur le coup, rude cirque déjà en place. Seule criminelle jamais réhabilitée en France, Violette Nozière occupe bel et bien une place à part dans l’histoire.

Paris, avril 1933

Peu étonnant, dès lors, que la sienne, d’histoire, ait tant inspiré les artistes, de la littérature à la bande dessinée, en passant par le cinéma, avec le très remarqué long métrage de Claude Chabrol en 1977.

Au rayon BD, 2012 avait apporté la Violette Nozière de Moca, Allart, Leclercq et Lacou (Editions De Borée), tandis que 2014 voit paraître en ce mois de janvier la Violette Nozière. Vilaine Chérie d’Eddy Simon et Camille Benyamina (Casterman).

Si Eddy Simon a déjà de la bouteille en matière de Grandes Histoires criminelles et d’écriture scénaristique, Camille Benyamina signe ici sa première bande dessinée, tout en douceur. Le crayonné subtil et ombrageux de la jeune dessinatrice, labellisée “École Émile Cohl de Lyon”, donne au scénario une teinte passéiste qui fleure bon le Paris des années 1930 et son Quartier Latin. Le travail superbe sur la couleur et la lumière embrase un dessin plaisant mais inégal, grevé de quelques erreurs de proportion, de composition et de perspective (ce que démentent cependant la magnifique plongée sur le palais de justice et les gros plans éclatants sur Violette).

Le découpage sage suit un scénario plus linéaire que celui de Chabrol au cinéma, grignotant ci et là du relief aux personnages. L’histoire ici est moins chargée en flash-back et en symbolique, ce qui permet une lecture plus souple mais moins riche que le film quasi éponyme. Elle n’en reste pas moins passionnante, truffée de jolies ellipses actant une maîtrise du médium BD qui n’a pu que profiter à Camille Benyamina pour cette première œuvre très prometteuse.

(par Sarah COLE)

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