Vitesse moderne - Blutch - Aire Libre, Dupuis

28 novembre 2002 0 commentaire
  • Un album dans la collection Aire Libre ne laisse jamais indifférent. Un album de Blutch non plus, à fortiori quand il paraît dans cette collection, et qu'il est en couleur, grande première pour cet auteur qui a pourtant déjà une bibliographie non négligeable.

Paris, aujourd’hui. Un soir, en sortant de ses répétitions, Lola, une jeune danseuse, est abordée par Renée. Se présentant comme écrivain, cette dernière propose à Lola une expérience inédite : qu’elle puisse partager sa vie pour une durée indéterminée, afin d’écrire un livre dont elle serait le sujet principal. Troublée, Lola accepte néanmoins. Le lendemain, Lola et Renée vont vivre une journée particulière, où il sera question d’un père absent, qui surgit cependant régulièrement à l’improviste, d’un amoureux transi, monomaniaque et psychopathe, d’Omar Shariff et d’une énorme araignée… Sur fond de coupure générale d’électricité, d’un programme de danse très exigeant et d’une inondation historique. Dans notre monde contemporain où tout va trop vite, vingt-quatre heures suffisent parfois à faire basculer une vie.

(par JLM)

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De Blutch on connaissait déjà le formidable Peplum, paru d’abord dans le journal A suivre et les deux étonnants Blotch. Le voici dans un nouveau registre, qui en déroutera plus d’un. L’histoire commence étrangement. Les premières pages nous montrent la maîtrise graphique et narrative de cet auteur talentueux. Puis tout de suite le lecteur ne comprend plus : voilà que l’héroïne, Lola, se trouve dans un endroit où elle croit reconnaître quelqu’un, mais elle ne sait plus très bien qui … Ah, mais oui ! C’est son père ! Bien sûr, cela fait longtemps qu’elle ne l’a plus vu, mais quand même, ne pas reconnaître son père, voilà qui est fort étrange, pour ne pas dire incohérent.

Puis les événements sans logique se poursuivent de manière effrénée. Le lecteur perd pied : mais de qui se moque-t-on !? Est-on en plein fantastique ? Mais même dans ce genre, il y a des règles, des codes à respecter. Ici, rien de tout cela, pas d’univers mis en place et dans lequel il faut se conformer ensuite. Heureusement, pour le lecteur qui n’aurait pas compris, le cahier de croquis qui achève le livre lève le voile et donne les clefs du récit : il s’agissait pour Blutch de décrire un rêve. Et nous voilà alors reparti. Nous voilà surpris à rêver le rêve de Blutch. On repasse dans sa tête les différentes séquences, et c’est alors que le grand art apparaît : oui, des enchaînements pareils, on a aussi connu ça. Un personnage inconnu qui devient son père quelque minutes après, un endroit meublé qui se vide, un ami qui commence à faire peur, une araignée à portée de main mais que l’on ne peut se résoudre à écraser …

Bien sûr, on ne rêvera pas de la même manière, mais l’approche de Blutch est réussie. Elle est juste, sincère et efficace. Et ce qui est le plus étonnant dans cet album est qu’on y trouve plus de plaisir après sa lecture que pendant. Voilà un album qui sort des sentiers battus et est à découvrir !

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