Walthéry : « Il ne faut pas sous-estimer le rôle de Jidéhem dans l’œuvre de Franquin, et plus précisément sur Gaston »

5 septembre 2011 36 commentaires
  • L’auteur de {Natacha} a confié les décors de deux épisodes de sa série, {Instantanés pour Caltech} et {Les Machines Incertaines}, à {{Jidéhem}}. À l’heure où son travail est enfin remis en lumière par les éditions Dupuis par la belle intégrale de {[Sophie->art12215]}, nous avons évoqué ce trop discret auteur avec {{François Walthéry}}, témoin de cette époque de l’âge d’or du journal de {Spirou}.

Walthéry : « Il ne faut pas sous-estimer le rôle de Jidéhem dans l'œuvre de Franquin, et plus précisément sur Gaston »Vous souvenez-vous de vôtre première rencontre avec Jidéhem ?

Bien sûr ! J’ai toujours admiré son travail. J’ai passé un temps fou à recopier les cases du Prisonnier du Bouddha, une aventure de Spirou et Fantasio dessinée par André Franquin, assisté par Jidéhem.

Mais je l’ai surtout découvert grâce à son travail pour Héroïc-Albums. Qu’est-ce que j’ai pu regarder le Baron est fou, une aventure de Ginger parue dans ce journal. Je devais avoir une dizaine d’années, peut-être un peu moins, lorsque j’ai découvert le travail de Jidéhem. Il a commencé très tôt dans le métier. Maurice Tillieux l’a poussé à présenter ses planches chez Héroïc-Albums.

Je devais avoir dix-sept ans lorsque je l’ai rencontré pour la première fois. J’étais alors l’un des assistants de Peyo. Jiji – Surnom de Jidéhem – était venu lui rendre une visite amicale. Il habitait tout près du studio. C’était un grand escogriffe, aussi sympathique que discret.

Je rencontrais une de mes légendes : le type qui avait dessiné les rochers dans l’album du Prisonnier du Bouddha, que j’avais recopié maintes fois pour comprendre sa technique ! Je ne parle pas des autres albums de Spirou et Fantasio qu’il a faits avec Franquin ou de Gaston, de Starter et de la rubrique automobile qu’il animait dans le magazine Spirou. Sa manière de dessiner les trains dans les Robinson du Rail m’émerveille encore aujourd’hui. … Une claque !

C’était un collaborateur intense d’André Franquin et c’est dommage que l’on ne retienne aujourd’hui que cet aspect-là de son travail. Mais il a réalisé des albums prodigieux sur le côté. Jiji travaillait à une belle vitesse. Il était très rapide, efficace et ses dessins étaient d’une belle qualité. vrai dire, je ne pense pas avoir vu un dessin bâclé issu de sa main.

On est devenus peu à peu amis. J’ai fais la connaissance de Gwendoline, son épouse [1], et de leur fille Sophie. Et aussi de leur perroquet Tino. Tout comme la fille de Peyo, Véronique Culliford, Sophie m’a connu alors qu’elle était toute petite.

Les débuts de Jidéhem dans Héroïc-Albums

Franquin disait que le trait de Jidéhem était plus raide que le sien.

Oui. C’était son style. Le trait de Jidéhem est plus surchargé que celui de Franquin. Mais il était dans le même état d’esprit. Ce n’est pas par hasard si Franquin l’a pris à ses côtés pendant des années. Ils avaient le même goût pour la précision. Mais Jiji savait s’adapter. Quand il dessinait Gaston Lagaffe, André Franquin lui disait toujours : « Plus mou, Jiji ! Tu dois dessiner Gaston d’une manière plus molle ». Jidéhem s’adaptait, mais ce n’était pas assez pour Franquin.

Quel a été le rôle exact de Jidéhem dans Gaston Lagaffe ?

Yvan Delporte, le rédacteur en chef du journal de Spirou, désirait qu’un personnage anime les différentes rubriques du journal. Ils ont rapidement eu l’idée d’en faire un gaffeur, et d’utiliser le prénom d’un copain d’Yvan qui était très maladroit. Franquin a dessiné des croquis du personnage sur des feuilles. Il l’a donc créé graphiquement. C’est incontestable. Mais il n’avait pas le temps de le dessiner, et il l’a donné à Jidéhem. Ce dernier l’a fait vivre en se basant sur les caractéristiques physiques inventées par Franquin. Quand il scénarisait, André n’écrivait pas. Il faisait des petit croquis. Il remettait donc à Jidéhem un scénario esquissé, que celui-ci réinterprétait et dessinait entièrement.

Jidéhem a dessiné et encré seul les quatre cents premiers gags de Gaston, en fonction bien entendu du modèle des dessins de Franquin. Le gag et les situations idiotes étaient toujours écrites par André. Franquin souhaitait à cette époque que Jidéhem reprenne Gaston. Mais les années passant, André s’est ennuyé sur Spirou et Fantasio. Il traversait une période difficile et, pour des raisons obscures, il a laissé tomber la série. Franquin commençait alors à s’attacher à Gaston Lagaffe et a commencé à dessiner ce personnage. Jidéhem a alors réalisé les décors. Puis, Franquin s’est chargé de l’intégralité de la conception de Gaston, tout en demandant parfois à son ancien assistant de le dépanner pour dessiner des voitures.

C’est Jidéhem qui a dessiné les quatre cents premiers gags, cela se voit, cela se sent ! Le style est plus raide, y compris dans la représentation de Gaston. S’il dessine Gaston maintenant, il le fera comme à l’époque. Jidéhem connaît encore toutes les courbes et les mouvements du personnage.

une réédition des meilleures chroniques de Starter est parue l’année dernière chez Dupuis

Qu’est ce qui vous plaît dans son style ?

Jidéhem m’a donné une leçon de dessin carabinée lorsque j’ai travaillé avec lui sur Instantanés pour Caltech et les Machines incertaines, deux albums de Natacha.

Je réalisais la mise en scène et le découpage en fonction des besoins du scénario d’Étienne Borgers. Je fais voyager ma caméra dans les dessins pour avoir des cadrages audacieux. Jiji, lui, préfère un découpage plus calme. C’était comme s’il voulait dessiner un petit théâtre. Mais il m’a fichu une sacrée raclée en dessin. À un point tel que j’ai eu du mal à dessiner des bagnoles pendant des années. Il se fichait de moi à chaque fois que j’en dessinais une. Il faut dire que je me basais sur un journal automobile et que je choisissais toujours des prototypes. J’étais capable de sélectionner une voiture de luxe comme moyen de locomotion privée pour un flic. J’ai même dessiné dans Natacha des camions avec un double train de pneus à l’avant. Autant dire qu’il se poilait en regardant mes planches !

Extrait de "60 voitures des années 60"

On perçoit dans ces deux albums son goût pour le design.

Bien sûr. Je l’ai laissé faire car j’étais en confiance. Malheureusement, avec le recul, je m’aperçois que les couleurs des albums étaient trop lourdes par rapport au dessin. On a massacré le beau trait de Jidéhem ! Je réalisais les personnages sur les planches, puis je les lui passais. Je lui ai vraiment mis des challenges graphiques dans les mains. Quand on travaille avec lui, ce n’est pas pour qu’il dessine des margelles, des champignons et des fleurs comme j’en ai faits chez Peyo ! C’est autre chose, Jidéhem…

On s’est vraiment amusé ensemble. D’ailleurs, ce sont ces deux Natacha qui lui ont donné envie de reprendre Ginger par après !

Jidéhem, en 2007
(c) Nicolas Anspach

Quel homme est-il ?

C’est un passionné des nouvelles technologies. Il s’est mis à l’informatique dès ses balbutiements. Il a eu un nombre conséquent de caméras. Il aime beaucoup la décoration. Il a très bon goût dans ses choix. Ses meubles design sont superbes. Jiji est aussi un homme trop discret. C’est à la fois son défaut et sa qualité. Il ne se vante pas. Quand il parle de la période Gaston, les gens le prennent pour un mégalomane. Il ne l’est pas du tout ! Je botterai les fesses à ceux qui contestent son rôle exact dans l’œuvre de Franquin, et plus particulièrement sur Gaston. Je suis heureux que Dupuis publie enfin les intégrales de Sophie. Les lecteurs vont enfin le redécouvrir. Il était temps !

Vicq était le scénariste de nombre de ses albums. Il a disparu du jour au lendemain…

Oui. Personne ne sait ce qu’il est devenu. La dernière fois que je l’ai aperçu, j’étais avec Jidéhem. Nous passions Chaussée d’Alsemberg, à Bruxelles, où vivait sa mère. Vicq était sur le seuil de la maison. On lui a dit des banalités. Puis, il a disparu ! Il n’a jamais réclamé ses droits d’auteur aux maisons d’édition. Ceux-ci ont été bloqués longtemps. Personne ne sait s’il est mort. J’ignore quelle est la situation aujourd’hui chez les éditeurs. Mais il n’a pas réapparu, c’est certain.

C’était un humoriste. Il faisait des cartoons dans les journaux. Il avait beaucoup de style. J’ai travaillé avec lui sur Vous êtes trop bon, le premier Jacky et Célestin que j’ai dessiné pour Peyo. Ce dernier le corrigeait un peu, mais son travail était d’une excellente qualité.

Extrait de l’album "Les Machines Incertaines" de Natacha
Les décors de deux albums de Natacha ont été réalisé par Jidéhem - (c) Walthéry, Borges, Jidéhem & Dupuis.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.


Lire sur ActuaBD : Les Meilleurs de Sophie.

Lire d’autres interviews de Walthéry :
- "Ce nouvel album est une suite au "Treizième apôtre" (Décembre 2010)
- "Natacha a été créée pour qu’Yvan Delporte puisse aller voir les filles, le saligaud !" (Décembre 2011)
- "Natacha est née chez Peyo !" (Juillet 2007)

Commander Sophie, Tome 1 : De Starter à Sophie : 1959-1964 sur Amazon ou à la FNAC
Commander 60 voitures des années 60 sur Amazon ou à la FNAC


Photos des auteurs : (c) Nicolas Anspach

[1Qui fut la secrétaire d’Yvan Delporte à la rédaction de Spirou.

 
Participez à la discussion
36 Messages :
  • C’est toujours un plaisir de lire une interview de Walthéry. Cet homme fait à chaque fois preuve d’une sincérité sans faille, et je trouve son hommage à Jidéhem touchant et nécessaire. Bravo Monsieur, je vous aime !

    Répondre à ce message

  • Les 400 premiers gags de Gaston sont mes préférés. À cause de ce dessin raide et design justement. J’aime le trait de Jidéhem et le trait qu’avait Walthéry sur certaines planches de Peyo et le trait de Will dans les décors de Benoît Brisefer. Admirable aussi le dessin de Will.
    C’est bien les studios. Cela permet d’échanger des trouvailles de dessinateur. La mode aujourd’hui est à l’auteur complet. Peut-être un peu trop complet comme du pain sec.

    f*

    Répondre à ce message

    • Répondu le 5 septembre 2011 à  14:55 :

      Tout à fait ! Je vous propose donc de diviser votre prix de page en autant de collaborateurs qui viendront redonner un peu de moelleux à votre pain sec.

      Répondre à ce message

      • Répondu par f*Parme le 5 septembre 2011 à  15:24 :

        Pour travailler sur mes projets d’animation, je peux offrir ça. D’ailleurs, j’insiste pour que mes collaborateurs soient bien payés. Pour la BD, c’est un peu plus difficile... Mon pas est de moins en moins sec, donc, j’essaie de donner un peu plus de moelleux à mon dessin.

        f*

        Répondre à ce message

        • Répondu par f*Parme le 5 septembre 2011 à  15:43 :

          Mon pain pas mon pas. Amusant lapsus.
          Pour en revenir à Walthéry, je viens de jeter un œil au Jacky et Célestin dont il parle dans l’article. Je ne l’avais pas regarder depuis des années. Le trait est toujours aussi bon.

          f*

          Répondre à ce message

          • Répondu par Oncle Francois le 5 septembre 2011 à  21:26 :

            Vous avez raison, cher Fabrice ! C’est dans les vieux pots que l’on fait la meilleure soupe, et ce sont les vieilles BD qui offrent les plus grands des plaisirs de lecture ! Cordialement

            Répondre à ce message

            • Répondu par f*Parme le 6 septembre 2011 à  07:44 :

              La bataille entre les anciens et les modernes ne m’intéresse pas. C’est un faux problème. Ce qui m’intéresse, c’est l’inventivité et le savoir-faire. Et à toutes les époques, il y a quelques bonnes choses à prendre. Plus on avance et plus il y a de sources où aller puiser. J’ai autant de plaisir à observer le travail de Peyo ou Walthéry qu’à observer celui de Mazzuchelli ou Picault...

              f*

              Répondre à ce message

              • Répondu par Fred Boot le 7 septembre 2011 à  04:30 :

                "Plus tu es lucide, plus tu es sublime baby"

                Répondre à ce message

    • Répondu par Fred Boot le 6 septembre 2011 à  02:12 :

      Concernant les 400 gags, je vous rejoins aussi, Fabrice.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Sergio SALMA le 6 septembre 2011 à  15:51 :

        Oui, Tonton François n’en rate pas une pour sortir son discours . Pas grave, c’est compulsif chez lui. Pour ce qui est des "400" premiers gags, il faudrait quand même nuancer mais pour cela il faudrait avoir un relevé plus précis sur ce qui a été fait et par qui. Il y a sans doute un travail à faire , une étude sur Franquin par le truchement du travail sur Gaston, de la première apparition jusqu’aux derniers gags. L’apport et la collaboration de Jidéhem sont donc beaucoup plus importants qu’on ne l’a laissé croire jusqu’ici. Il faudrait donc qu’un spécialiste puisse donner un éclairage sur chaque période, voire chaque gag , strip ou demi-page ! Comme ce fut fait pour Hergé . C’est en lisant des interviews comme celle de Walthéry qu’on se rend compte à quel point les destinées des personnages étaient aléatoires, les rencontres, les coups de main, les coups de pompe et puis le succès des uns qui vient bousculer l’emploi du temps de tout le monde. Passionnant. Pour ce qui est de l’appréciation de Fabrice Parme et de Fred Boot quant à la qualité des 400 premiers gags, je ne suis pas convaincu qu’on puisse dire de cette oeuvre qu’elle puisse avoir été meilleure à un moment dans le sens où la maturation est perpétuelle . Gaston c’est le parcours d’un génie de la bande dessinée et du dessin. Gaston arrive comme un parasite dans sa " carrière" puis s’impose. Et devient l’oeuvre majeure. Il y a donc eu collaboration pour faire face à la masse de travail. Pour ma part les 300 ou 400 premiers gags sont les plus perfectibles. Ils sont dirons-nous dans la moyenne des gags du journal et de la presse. Avec bien sûr un talent incroyable, je ne veux pas déprécier. Mais dire qu’ils sont supérieurs est un peu exagéré. Dire qu’ils vous plaisent est une chose dire qu’il y aurait donc une baisse de qualité à partir du 401è en est une autre( je schématise). On peut au contraire y trouver une faiblesse et d’ailleurs les styles de plusieurs dessinateurs à l’époque lorgnent vers le dessin animé US par la simplification. Ou tout simplement aussi dans le "meanstream" des cartoonists américains mais aussi d’autres nationalités. La série pendant ces années( en gros tant qu’elle est sur une demi-page ) est me semble-t-il un peu coincée. Et c’est exactement quand Franquin reprend les pinceaux et les crayons que l’univers décolle vraiment. Ce n’est donc pas le travail de Jidéhem qui est en cause, c’est simplement que Franquin décide un jour de se consacrer différemment à son personnage d’abord né sur un coin de carton, improvisé pour le journal . Et c’est exactement vers les gags 360-380 ( quel casse-tête avec les albums !) que l’on prend la mesure du génie. Non seulement le dessin s’assouplit mais les gags changent radicalement. On arrive dans le génie pur et le gag arrête d’être mécanique et très théâtral( plan en pied , persos qui marche sur la ligne de base de la case...) pour jouer avec tous les ressorts dynamiques de la bande dessinée. Pour définitivement prouver que la bande dessinée est vraiment un tout, c’est quand il prend totalement les rênes de la série qu’il modifie à la fois son approche du personnage, sa technique d’encrage, la définition de l’univers et qu’arrivent naturellement tous les personnages secondaires. C’est passionnant de se rendre compte que justement Fantasio repart dans la série -mère et arrive Prunelle pour s’en prendre plein la gueule pendant les années qui arrivent. Et quelles années ! C’est là dans les tomes 6 à 10 que Franquin jubile , dessine avec un entrain littéralement monstrueux. Il invente un système de narration à chaque gag. Autant les demi-pages étaient "figées " ( mais sympathiques) autant chaque gag à partir du moment où la page complète est investie devient un modèle d’originalité ! Reprenez ces 3 ou 4 albums et regardez comme Franquin introduit chacun des gags. Le génie pur est là, dans la liberté de ton, dans la liberté d’approche. Vient là-dessus s’ajouter son dessin qui va être très mouvant d’une page à l’autre. Et on aura l’apogée de Gaston Lagaffe. Gaston dans les 300 premiers gags oscille entre un idiot pur et un tendre demeuré pour aller petit à petit vers un gars inventif, malin, enthousiaste qui a compris qu’il ne faut pas en faire trop et qui devient particulièrement subversif. Et ce avec les mêmes éléments de base, un bureau, des collaborateurs, quelques bestioles .

        Répondre à ce message

        • Répondu par Oncle Francois le 6 septembre 2011 à  23:26 :

          Cher Sergio, je suis bien d’accord avec vous, même si vous auriez pu vous dispenser de votre introduction d’un ton un peu trop personnalisé à mon goût (la compulsivité relève du maladif, or je ne suis pas malade !!). VOUS AVEZ RAISON ! Le passage à la pleine planche marque une véritable rupture graphique !! On passe en effet de la bonne série à l’exceptionnel (même si la fameuse série des "et si l’on danse ?" provoque à chaque fois l’hilarité chez moi. Hum, chez vous-aussi, sans doute ?). Franquin n’a pas besoin d’espace pour être excellent, au fait quand est ce que Marsu se décidera enfin à reproduire ses superbes dessins d’illustrations-commentaires de couvertures ?????

          Répondre à ce message

        • Répondu par Fred Boot le 7 septembre 2011 à  04:28 :

          Ah mais je confirme Sergio : graphiquement j’ai des goûts de coincé ! :) Je suis bien entendu très impressionné par la virtuosité et liberté du trait lorsque les pleines planches le permettent, mais la touche de Jidéhem fait vibrer la corde émotionnel du designer que je fus.

          Répondre à ce message

        • Répondu par f*Parme le 7 septembre 2011 à  09:01 :

          Cher Sergio, quand je dis que ce sont mes préférés, c’est mon goût personnel. Je ne dis pas que cette période est la meilleure pour tout le monde et pour l’Histoire de la BD. Je ne cherche pas à démontrer quoique ce soit. J’aime bien cette première période, j’aime bien ce trait sec, anguleux. J’aime bien cette tête toute simple et se corps filiforme qu’à Gaston à l’époque. Très nerveux, très graphique, très épuré. Gaston est mou dans son caractère et plutôt raide dans ses attitudes, cette contradiction, j’aime bien. 9a lui donne un caractère particulier qu’il a moins après. J’aime bien le trait de Jidéhem. J’aime moins le trait de Franquin dans les années 70. C’est mon goût. Je ne crois qu’il faille toujours qu’un trait soit souple pour qu’il soit dynamique, attachant...
          Ça n’engage que moi et je ne forcerai personne à me suivre.

          f*

          Répondre à ce message

          • Répondu par Sergio SALMA le 7 septembre 2011 à  13:27 :

            Chers Fabrice et Fred, voilà notre différence essentielle . Vous me parlez du graphisme et de mon côté je tenais à revenir sur ce qui est le métier de Franquin et ses complices contemporains : la bande dessinée. Ce trait "anguleux" peut effectivement avoir son charme et puis surtout interviennent dans votre regard des notions affectives. Cette texture, cette esthétique, ces pleins et déliés vous rappellent le choc émotif que vous avez ressenti originellement. Vous avez entre-temps emmagasiné des milliers d’autres sensations, observé des milliers d’autres pattes. Personnellement cette période me rappelle justement trop un vaste mouvement , une esthétique très commune. Qui va des dessins animés aux dessins de mode, du mobilier jusqu’aux lignes automobiles. J’ai besoin qu’un artiste justement se détache et devienne unique. Ce que Franquin fera. Bon j’enfonce des portes ouvertes en plaçant ce géant au pinacle mais c’est toutefois pour rappeler ,et donc vous contredire pour rire,que son plus immense talent est dans la bande dessinée avant d’être dans le dessin. Mais ce dessin justement n’a pu surgir qu’au moment où son univers se met en place. Un univers pour un auteur c’est pas le décor, c’est l’approche graphique, c’est l’approche scénaristique , c’est le tout mêlé avec science et intuition. Il s’agit aussi d’une émulation , Franquin n’est pas détaché du monde dans lequel il vit. il est attentif aux lignes automobiles justement, au mobilier, aux vêtements. Il travaille avec une documentation qui non seulement rend ses décors réalistes mais qui lui permet d’être en phase avec son époque.Il agit lui-même en designer ( naïvement bien entendu) puisqu’il n’hésite pas à inventer des objets parfaitement crédibles. On peut s’attacher à la formidable faculté de représentation bien sûr( les voitures sont un élément très intéressant à étudier chez lui). Pas seulement parce qu’il est (avec Tillieux et Jidéhem) un véritable spécialiste mais parce qu’il va intégrer (comme ses deux amis) le sujet dans ses histoires. C’est en ça qu’il est auteur de bande dessinée aussi ; pas seulement parce qu’il représente correctement les véhicules. Quand Gaston passe à la page complète ( et déjà quelque temps avant sur les demi-pages) c’est surtout ça qui se met en place, une magie, une force . Comme on a abordé le sujet, j’ai repris tous les albums et je remarque aussi que presque du jour au lendemain, Franquin place Gaston dans son époque. Alors qu’il était" confiné" dans un bureau un peu intemporel, les objets , les décors vont devenir très importants. Gaston va de plus en plus souvent sortir de ce bureau et ça permettra à l’auteur de situer temporellement son personnage, c’est passionnant de voir comment le passage s’est fait et à partir de quelques anecdotes. En demi-planche on était dans un théâtre, en page complète ça devient du cinéma avec la même virtuosité que dans les aventures de Spirou . L’épisode des Brothers est aussi un magnifique symbole puisque les deux univers vont s’entrechoquer pour aboutir à Panade à Champignac qui est le plus gastonesque des récits de Spirou& Fantasio. Bref, ce que je veux dire c’est que Franquin avec son trait" atomium" n’est pas Franquin complètement. Il est enferré dans les conventions justement (celles qui nous plaisent a posteriori). Pour moi enfant c’est le Gaston du tome 8 qui me claque au visage. Tout est drôle, tout est violent, tout explose. Le trait de Franquin ne s’assouplit pas( mauvaise formule), c’est toute la dynamique qui fait naître un autre auteur en quelques mois. J’ai été passionné par le parcours de pas mal d’artistes. Il faut évidemment replacer ces parcours dans leur contexte. Il faut prendre en compte les relations que l’artiste entretient. L’environnement politique, l’environnement éditorial, les courants de pensée, tout concourt à faire mûrir les talents. Certains demeurent insensibles à ces changements, ces bouleversements et se contentent d’être efficaces et restent sur leurs acquits. D’autres sont perméables, absolument sensibles au moindre bruissement, ils regardent autour d’eux, s’informent, notent les plus petites avancées et intègrent ça dans leur oeuvre en dynamitant presque quotidiennement ce qu’ils ont jusque là installé. C’est en ça que je trouve que le discours un peu "passéiste" ne correspond pas du tout à cette oeuvre en mouvement. Une chose m’avait troublé à l’époque( ou juste après , je suis né en 1960) c’est que des figurines en latex avaient été créées. Comment avait-on pu à ce point faire se rejoindre ces deux approches, l’une en 2D dirions-nous aujourd’hui et l’autre en 3D. Les personnages du Gaston première période étaient effectivement des personnages en latex( matière moderne en diable). Même les mains des personnages dans la bédé étaient figées, doigts collés. Puis Franquin a lui-même mis en scène des Gaston latex grandeur nature ! Un tel jeu avec les matières et les correspondances graphiques m’avaient déstabilisé. Est-ce que le latex ne peut représenter des personnages que de ce type( longues jambes, corps mous...) ou bien le graphisme de cette période avait-il donné l’idée de créer une matière malléable à souhait , matière enrobant un fil de fer souple et solide à la fois ?

            Répondre à ce message

            • Répondu par f*Parme le 7 septembre 2011 à  21:41 :

              Je soulignais seulement que j’étais sensible au trait de Jidéhem. Juste souligner le talent discret de Jidéhem. Et j’aime bien le trait de Walthéry des débuts aussi. C’est comme si je posais une loupe sur une toile pour en abstraire un détail. Et toi tu retires la loupe, changes de point de vue, parles d’autre chose et tires des conclusions hâtives... Sacré Sergio !

              f*

              Répondre à ce message

            • Répondu par Fred Boot le 8 septembre 2011 à  04:10 :

              Je suis parfaitement d’accord avec cette analyse de l’évolution de Gaston. Oui oui et oui, je ne parlais que de graphisme, ma remarque ne concernait pas toutes les caractéristiques de l’oeuvre. Nonobstant, ce choc émotif n’est pas lié à mon enfance pour autant : en réouvrant les premiers volumes de Gaston lors de ma breve visite en France, ce n’est pas la nostalgie qui l’emportait. J’apprécie cette "ligne jidéhemienne" en parallèle de ce que le design m’a fait découvrir entre mes 20 et 35 ans. C’est certes une question de goût, et en cela ma réaction ne méritait pas une réponse si développée (merci en tout cas). Mais c’est aussi une question de centres d’intérêt, quelque chose de plus culturel et raisonné que l’émotion elle-même. J’aimerais bien un peu plus de "jidehemeries" dans la bd d’aujourd’hui. Pas en terme de style, pas en terme de nostalgie, mais en terme d’"esprit". Et là, je ne réussis pas à être clair, c’est embêtant. Fatalitas ! Je dois méditer ça. Merci Sergio pour cette intervention en tout cas :)

              Répondre à ce message

              • Répondu par f*Parme le 8 septembre 2011 à  08:26 :

                Sergio, puisque tu décentres les choses pour parler de Gaston en général.
                1- Dans la première période, Fantasio est à contre-emploi. Dans le duo qu’il compose avec Spirou, Fantasio est l’Auguste, dans le duo qu’il compose avec Gaston, il est le clown triste puisque Gaston est l’Auguste. Ce n’est pas un choix très cohérent. Pour un Franquin qui est toujours à-propos, là, il ne l’est pas. Fantasio garde son apparence mais change de caractère. Pourquoi ce choix ? Une contrainte de Charles Dupuis ?
                2- Dans la première période, le lieu est impersonnel, on est dans une entreprise du tertiaire lambda, désincarnée. Ce qui renforce la vraisemblance du personnage. Ce choix pas réaliste rend la situation crédible. Paradoxe.
                Par la suite, le décor s’incarne, on se retrouve chez un vrai éditeur, avec du bizarre un peu partout. Le truc pas réaliste, c’est que Lebrac travaille chez son éditeur et pas chez lui. Mais, à tout incarner, tout surjouer, tout remplir d’anecdotes, tout rendre sympathique, le personnage de Gaston perd en contraste. C’est comme s’il avait contaminé tout son petit monde. Et là le paradoxe est inverse. L’excès de réalisme tue le réalisme. Franquin n’est plus à-propos, il est dans la surenchère.
                3- Le personnage de Gaston ne pourrait pas s’inventer aujourd’hui. Un personnage qui glande dans un bureau serait viré au bout de trois minutes. Gaston serait tout le contraire, un stagiaire stressé qui travaillerait dix fois plus que les autres pour obtenir un CDI. Gaston témoigne des 30 glorieuses.

                f*

                Répondre à ce message

                • Répondu par François S le 8 septembre 2011 à  14:04 :

                  Il ne serait pas forcément viré au bout de 3 mn. Il y a encore plein de personnes qui glandent dans les bureaux, dans le privé comme dans le public !!!

                  Répondre à ce message

                • Répondu par Sergio SALMA le 8 septembre 2011 à  22:04 :

                  Huhu ! On peut continuer longtemps à gloser, j’adore. Non, évidemment rien n’est cohérent dans l’univers de Franquin. Il a passé sa vie dans la fantaisie et l’incohérence. Alors que son univers est traversé par la réalité et le réalisme, tout ce qu’il a mis en scène le fut dans l’improvisation totale. Entre parenthèses c’est un peu le lot de tout monde. Des plus discrets jusqu’aux plus grands auteurs, il s’agit d’accidents, de rencontres , de succès ou d’insuccès qui obligent à virer de bord , à changer d’éditeur, d’optique etc...Gaston qui arrive en parasite et en bouche-trou marrant dans le journal puis qui prend cette place. Le Franquin des années 70 que l’on connaît c’est dans ces gags qu’il va exploser. Exploser est le terme puisqu’il va en arriver aux idées noires. il y a dans pas mal de gags de Gaston des pré-idées noires ( un gag où un de ses copains voit les hérissons écrasés sur la route au lieu des magnifiques paysages notamment est vraiment annonciateur de gags tristes). Il rejoindra avec les idées noires des humoristes ( le mot est drôle) de la trempe de Topor. Mais lui il le fera sous forme de bande dessinée et non de cartoon ou de dessin unique.

                  Improvisé totalement pour la plupart. Les schtroumpfs surgis en personnages secondaires qui vont s’imposer dans la vie de Peyo. Effectivement, Fabrice, on relève le fait que Franquin va petit à petit prendre le destin de son personnage en main ; il le situe dans un décor mais comme tu le soulignes c’est aussi très fluctuant. Il s’agirait donc des éditions Dupuis. On est dans des bureaux qui ont acquis une signification mais ça reste flou parce que complètement irréaliste justement. Si on veut y voir en filigrane les 30 glorieuses , je mettrai là aussi quelques objections pour rire. D’abord par la personne de De Mesmaeker. Ces fameux contrats (dont on ne saura jamais de quelle nature ils étaient) ne seront jamais signés ! Il n’y aura aucune réussite, aucune progression. Gaston aura donc empêché les Editions Dupuis d’accéder à une quelconque nouvelle ampleur. Franquin comme pas mal de ses collègues de sa génération a été débordé par la "modernité", les grandes villes, il a souvent dessiné la nature, le refuge, les petites maisons, la poésie de la ferme, par bouffées de nostalgie. Mais il était en même temps fasciné par la technologie, les inventions. Très paradoxal. Gaston est un feignant mais quand il se réveille c’est pour faire progresser l’humanité. Ce qui a été installé mine de rien avec Franquin c’est la notion de anti-héros. C’est-à-dire un modèle à ne surtout pas suivre, surtout ne pas s’y identifier . En ça il représente ces fameuses 30 glorieuses mais par opposition. Il prône la lenteur ! Mais ce que Franquin représente avec jubilation c’est le secteur tertiaire qui a explosé dans ces années-là. Il fut même un peu précurseur dans son choix inconscient. Les bureaux, les employés sont enfin mis en scène ( le papa de Boule travaille dans la publicité mais jamais on ne le verra au travail). Il y avait des aventuriers, des journalistes voici enfin qu’on représente une grande partie de la population. Il faudra attendre encore longtemps avant qu’on ne représente les ouvriers, les paysans ( Baru, Davodeau...) Sans avoir évidemment été prémédité, c’est mine de rien une petite révolution. Et ces bureaux ont été changeants, les espaces complètement improvisés eux aussi, tout était construit pour la mécanique du gag et non pas pour rendre crédible un univers. Rien ne tient. ça m’a toujours fait rire les auteurs comme Bourgeon qui ont besoin de construire des maquettes pour s’y retrouver alors que Franquin a sans cesse modifié les espaces, les rôles, les rapports entre les gens. En ça il était progressiste, très ouvert aux évolutions. Perméable à l’air du temps( à tort ou à raison d’ailleurs ; il a pu s’égarer dans des considérations parfois qui étaient purement intellectuelles mais qui toutefois faisaient mûrir son approche de la vie, écolo et bricolo ). Les personnages comme Mademoiselle Jeanne sont aussi très ambigus. On ne saura jamais exactement ce qui se passait, ce fut en suspension pendant toutes ces années. Les années 70 sont tombées sur Franquin ; son âge(né en 1924), sa notoriété , son génie reconnu. Au lieu de s’endormir là-dessus, il va déprimer ou en tout cas se sentir mal à l’aise. Pourquoi ? Son hyper-sensibilité sans doute mais on n’essaiera pas de savoir ce qui fait le mental des gens. Lui avec le trombone illustré et avec la complicité de Delporte encore une fois va se rebeller contre le monde qu’il a tellement mis en scène dans ses jeunes années ; il va tout dynamiter. Un vrai noyau de subversifs quinquagénaires ! c’est Crumb et Gotlib qui déteignent sur l’école de Marcinelle. Lui qui a signé tant de récits de Noël, qui a vécu dans cet univers catholique soft va devenir un mécréant ; il va d’un coup affirmer ses opinions , un évêque ridicule et tout est dit. Souvent dans les idées noires , sont représentés les militaires, les patrons, les gros et gras contre les petites gens. On est souvent dans l’imagerie primaire( à la manière d’un Quino ) mais la force graphique l’emporte. Une dernière réflexion ( mais si je m’écoutais...) . Gaston Lagaffe. Un nom à l’ancienne, comme surgi des années 10 ou 20. Il est anachronique là encore . Il n’adopte pas les moeurs énervées de son époque, il lutte à sa façon pour rendre le monde plus vivable. Il freine ainsi des deux espadrilles et se montre alors sous un jour peu progressiste justement, très peu libéral en tout cas. mais il ne quitte pas ces bureaux , il continue de vivre (et d’être payé ?) en étant pourtant une catastrophe ambulante( que d’incendies, d’inondations !...) . Là encore l’incohérence et la fantaisie propre à la bande dessinée . Un vrai grain de sable. Ou plutôt un personnage en tendre rébellion. Déphasé. En ça il rejoint quelques illustres personnages décalés( et ici le terme est approprié). Monsieur Hulot en tête, Charlot jusqu’à Mister bean...on remarquera leurs habits désuets, leurs façons et manières d’un autre temps. Au moins deux autres personnages avaient ces caractéristiques dans la bande dessinée franco-belge. César de Tillieux et Achille Talon( tiens César aussi travaillait dans la pub il me semble). Achille Talon avait la faconde d’un début de Vingtième siècle, fringues et moeurs comprises. Tous les 3 ils avaient une autre caractéristique : un vieux tacot. César un Citroën trèfle, Gaston une Fiat 1929 et je crois qu’Achille talon avait carrément une voiture des années 10. Gaston Lagaffe s’inscrivait dans ce mouvement étrange. Greg était ouvertement "conservateur" malgré ses multiples et grands coups d’éclat novateurs. Franquin est dans cette époque pour la décrire dans ce qu’elle a de plus amusant( au départ) et de plus castrateur( Longtarin le flic, le business man, le chef de bureau...) pour finir sur un univers carrément noir. Les décors des derniers gags représentent une ville triste, sale , polluée, les voitures qu’il a si souvent représentées sont cabossées, laissent s’échapper des gaz assassins ; une conscience politique et sociale qui a mûri tout le long de sa "carrière".

                  Répondre à ce message

                  • Répondu par f*Parme le 9 septembre 2011 à  08:47 :

                    En ne focalisant que sur le travail de Franquin, tu passes à la trappe le propos de l’article : "il ne faut pas sous-estimer le rôle de Jidéhem dans l’œuvre de Franquin, et plus précisément sur Gaston".
                    Et quand François Walthéry dit ça, il parle de lui aussi avec Peyo. Et c’est valable pour Will, Wasterlain et bien d’autres. Des tas d’artistes qui ont travaillé dans l’ombre de phénomènes et qui n’étaient pas dénués de talent non plus. Faire un focus sur eux, prendre une loupe et inviter à observer de plus près comment tout était fabriqué, ce n’est pas inutile et innocent. Il s’est passé la même chose ailleurs, chez Disney. Pendant des années, tout le monde ne voyait que Wle grand Walt, mais derrière, il y avait Ward Kimball, Mar Blair, Walt Peregoy et bien d’autres. Ces artistes ont constitué le style d’un seul. C’est pareil pour toute cet âge d’or de Spirou et Dupuis. Il y a un style Franquin/Peyo très marqué. Ils bossaient souvent les uns sur les projets des autres. Sans s’en rendre compte, ils ont créé un style, une école, un mouvement. Simplement parce qu’il fallait alimenter un hebdomadaire. Ce rythme là n’existe plus. Les auteurs sont dans leur coin et communiquent par internet. Les ateliers réunissent des artistes qui font chacun leur livre. Pour avoir travaillé dans des studios d’animation, je sais qu’il est toujours intéressant de confronter sa manière de dessiner à celle d’un autre. En se mettant l’un à côté de l’autre, en montrant comment on procède. L’autre reprenant dessus avec une autre idée. S’échanger des trucs. Un style, des techniques peuvent aussi se créer à plusieurs et ça donne des choses intéressantes. Aujourd’hui, on ne me bassine avec le concept d’auteur complet. Comme si c’était la seule voie à suivre. Mais tout dépend de ce qu’on veut construire...
                    Donc, Sergio, tu penses quoi de l’apport de Jidéhem dans Gaston ?

                    f*

                    Répondre à ce message

                    • Répondu par Sergio SALMA le 10 septembre 2011 à  18:19 :

                      C’est passionnant de voir que ces géants ont ainsi collaboré entre eux se refilant des décors, des personnages, des séries parfois. L’un faisait le scénario de l’un puis cet autre qui aidait son vieux pote pour les décors et qui se faisait aider par un autre qui était habituellement l’encreur d’un troisième etc... Bien sûr on caricature un peu puisque tout ça se passe sur quelques années mais il est frappant de voir ce qui s’est passé au "Studio" Peyo. Où quelques pointures ont fait un passage plus ou moins long. Et j’utilise la formule "Studio Peyo" la sachant impropre puisque je crois que cette appellation n’est née que lorsqu’il fallut vraiment créer une structure suite au formidable succès des schtroumpfs qui a dépassé tout le monde, l’auteur en premier. Les années 60 dans cette "communauté" était effectivement un vivier. A quoi est-ce dû ? Est-ce qu’on peut rapprocher ça des autres communautés qui furent à la mode quelques années plus tard contrastant avec l’extrême individualisme en vogue aujourd’hui ? Il y avait en tout cas une volonté d’accomplir un travail dans les conditions optimales malgré l’improvisation permanente. C’était des artistes ( certains sont toujours là, la preuve) qu’on a tendance à qualifier d’insouciants ou en tout cas de personnes détachées des contingences etc...je vois, moi, que des dizaines de livres furent faits, qu’il y a eu une constance, un sens du travail en équipe qui a permis d’abattre(c’est le mot ) un travail incroyable. Et qui plus est pour un paquet de chefs-d’oeuvre impérissables ! Pour ce qui concerne Jidéhem, on ne peut pas parler d’apport puisqu’il s’agit de bien plus que ça, c’est en fait un grand malentendu(et je serai assez d’accord pour dire qu’il y a eu tromperie sur la marchandise) puisque si je comprends bien l’interview de François Walthéry, Franquin remettait un scénario-synopsis découpé et dessiné et Jidéhem s’occupait de finaliser. il ne s’agit donc pas d’un assistant ! Franquin était le scénariste et Jidéhem le dessinateur ! Il serait furieusement intéressant d’avoir une interview de Jidéhem puisque son travail a été véritablement occulté. Même si la création graphique fut signée Franquin, c’est un peu choquant... j’imagine que toutes les premières apparitions dans le rédactionnel ( le fameux "qui êtes-vous, d’oû venez-vous ?...) étaient de la main de Franquin mais que celui-ci déjà fort accaparé n’a pas pu gérer la réalisation. Cette situation est vraiment troublante et demanderait vraiment des éclaircissements quant à la méthode de travail, à la création des personnages secondaires qui apparaîtront au fur et à mesure de ces fameux"400" gags...On a souvent parlé du fait que Hergé n’a jamais cité ses collaborateurs dans les albums, il s’agit ici du même syndrome mais à un autre niveau puisque bien sûr le nom de Jidéhem apparaît mais dans une présentation ambiguë. L’auteur était Franquin quel que soit l’exécutant. Quelle injustice ! Je n’en suis pas sûr mais il semblerait qu’une grande partie des Astérix aient été encrés par quelqu’un d’autre qu’Uderzo( son frère ?) . Ce qui là aussi est un peu choquant il me semble. Peyo quant à lui a toujours été le maître d’oeuvre et je crois jusqu’à très tard (il décède en 92) il corrigeait la moindre case, le moindre chapeau de schtroumpf et évidemment contrôlait la mise en scène , la mise en case. La notion d’assistanat est un piège terrible pour certains. Mais la personnalité est la plus forte et c’est elle qui décide si oui ou non, on franchit le pas. Wasterlain et Walthéry étant les deux plus importants collaborateurs , ils ont ensuite( ou en même temps) créé leur propre univers. Et Walthéry s’est d’ailleurs empressé de répéter la formule, s’entourant de multiples collaborateurs.

                      Répondre à ce message

                      • Répondu par f*Parme le 10 septembre 2011 à  21:12 :

                        Voilà pourquoi il est intéressant d’observer à la loupe les œuvres produites par des créateurs et leurs studios (Franquin, Hergé, Peyo, Greg, Uderzo...). On a de drôles de surprises. C’est comme étudier les œuvres des grands maîtres en peinture.
                        D’ailleurs un livre sur ces studios, ce serait une bonne idée et une mine. Si un spécialiste de la BD pouvait se pencher sur la question...

                        f*

                        Répondre à ce message

  • merci de ces infos et interviews : a quand une grande interview de jidehem ?

    Répondre à ce message

    • Répondu par Bul le 5 septembre 2011 à  15:44 :

      Oui, c’est vrai ça. Les propos de Walthéry sont excellents mais un entretien de Jidéhem en plus, ce serait bien. Il n’a pas voulu répondre aux questions ?

      Répondre à ce message

      • Répondu par Nicolas Anspach le 5 septembre 2011 à  15:53 :

        Walthéry le dit lui-même : « Jidéhem est un homme trop discret ». Je le croise parfois à Bruxelles, et c’est toujours un plaisir de discuter avec lui ou son épouse. Je ne désespère pas de le convaincre de l’interviewer… Un jour peut-être ?

        Répondre à ce message

    • Répondu par David le 7 septembre 2011 à  09:41 :

      Il y a une interview de Jidéhem sur expressbd.fr

      Répondre à ce message

      • Répondu par Oncle Francois le 7 septembre 2011 à  14:36 :

        Il s’agit d’une interview enregistrée en cinq parties. Passionnant et instructif, merci pour ce lien !

        Répondre à ce message

  • Le scénariste de Natacha sur trois albums s’appelle Borgers et non Borges comme vous l’avez écrit.

    Répondre à ce message

  • Merci à François Walthéry d’avoir précisé l’apport essentiel de Jidéhem à la série Gaston. 400 gags, ce n’est quand même pas rien, huit année de publication dans Spirou environ. Il me semble toutefois avoir lu quelque part que quand Franquin était débordé, en vacances ou en panne d’inspiration, il laissait également son compère s’occuper du scénario des gags. Cette question est majeure !

    Répondre à ce message

    • Répondu par joel le 5 septembre 2011 à  22:28 :

      dommage que après les 3 derniers sophie ce grand auteur c’est hélas esquivé du monde de la Bd dans une de ces dernière inteview dans la lettre de dargaud il disait préparer une série en gag avec des enfants qui montent un avion dans leur salon ou qq chose comme ça, hélas projet est resté dans les cartons de l’auteurs !

      Répondre à ce message

  • Au sujet de Vicq
    6 septembre 2011 02:56, par Sand

    Les pages Wikipedia et celle de lambiek.net annoncent qu’il est décédé en 1987.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 6 septembre 2011 à  11:42 :

      Il est écrit dans l’article Wikipédia "disparu en 1987" et non pas "mort le...". Il faut être précis sur les mots.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Luke le 6 septembre 2011 à  23:51 :

        Dans "Hop" n°59 (paru en 1993),il est écrit qu’après de longues recherches,Yvan Delporte apprendra son décès survenu en 1987.Cet excellent scénariste et gagman était né en 1936.

        Répondre à ce message

  • je VEUX que Jidéhem vienne dédicacer dans les salons BD ! C’est vrai quoi ! Je le vois JAMAIS !

    Répondre à ce message

  • bonjour
    quelqu’un aurait-il télécharger à l’epoque l’interview de jidehem sur expressbd.fr cité dans les messages ? le lien ne fonctionne plus et il n’y a plus rien sur le site dans leur moteur de recherche ...merci par avance
    il manque cruellement un petit ouvrage sur lui ( il faut rassembler les propos sur le net , dans 2 ou 3 fanzines et dans l’integrale dupuis , fastidieux )

    Répondre à ce message