Welcome To Springville – Du western « quotidien »

16 décembre 2020 0
  • À travers quelques instantanés humains, voici l’histoire d’une ville dans l’Ouest américain, le récit de ses habitants…

La bande dessinée et le cinéma ont souvent fait bon ménage. C’est certainement le cas ici, car il y a incontestablement dans cet album des influences cinématographiques, du côté du western, bien évidemment, mais aussi dans les films à sketches qui, dans les années 1950 et 1960, remportaient un beau succès.

Au sein de ces films qui racontaient différentes histoires semblant n’avoir aucun rapport entre elles, un lien existait cependant : un des personnages, la thématique générale (les péchés capitaux, par exemple), une époque, que sais-je encore. Ici, ce lien, c’est un lieu. Une petite ville, comme toutes les villes d’un Ouest américain devenu iconique de grand en petit écran, de roman en BD. Springville, la ville du printemps…

Welcome To Springville – Du western « quotidien »

Giancarlo Berardi, le scénariste de ces petites histoires parues je pense dans les années 1970, connaît les codes du western. Il a certainement dû, et cela se sent, être nourri, enfant, par les aventures classiques de James Stewart, de Gary Cooper, de Yul Brinner et de John Wayne.

Mais la force de ce scénariste, dans cet album, c’est d’avoir réconcilié les westerns à l’ancienne et ceux qu’on a appelés « spaghetti ». En reconnaissant que le génie de Sergio Leone n’a jamais fait de petits auprès des faiseurs qui l’ont suivi dans un genre dont ils n’ont jamais compris toute la portée. Ici, la bande dessinée pallie donc ce manque, en quelque sorte !

Le côté classique se retrouve dans quelques thématiques de ce livre. L’ancien shérif qui, pour que la justice ne soit pas un vain mot, reprend son étoile. Les joueurs professionnels, la religion omniprésente, etc.

Le côté moderne prend existence dans la façon dont les personnages sont traités, dans la construction même des narrations qui, partant d’une certaine vérité historique, dérivent très vite vers des réalités intimes, presque philosophiques.

Le western demeure aussi le canevas rêvé pour la tragédie, et tous les petites histoires racontées dans ce livre sont des tragédies. Qui se terminent à la fois bien et mal, tant il est vrai que la vie, hier comme aujourd’hui, n’a jamais rien de monolithique.

Cette réconciliation doit énormément, aussi, au dessin de Renzo Calegari. On est loin des fumetti qui, même talentueux, ne cachaient rien de la vitesse d’exécution avec laquelle ils avaient été réalisés. On est en face d’un dessinateur dont la patte est d’une superbe efficacité, dont la construction graphique naît immédiatement, de ce cinéma à la Leone qui aime à la fois s’approcher au plus près des visages et surtout des regards, et nous montrer des décors peaufinés avec une profondeur de champ exceptionnelle. Ce sont ces qualités-là qu’on retrouve dans ce livre.

Dans ce recueil de récits violents, humains, amoureux, passionnés et passionnants, Calegari nous montre toute l’étendue de son talent, de la précision qui est sienne dans les attitudes de chacune et de chacun, dans l’intérêt qu’il porte aux tenues, aux détails, ces petites choses qui font qu’une vie dessinée prend chair au bout de son crayon, en ombres et en lumières…

Les éditions Fordis font un excellent travail en éditant ce livre qui, à nos yeux, appartient au patrimoine du neuvième art. La mise en page, le format, le dossier d’illustrations qui conclut cet album, tout cela participe non seulement à un bel hommage, mais aussi à faire découvrir à bien des lecteurs un de ces dessinateurs que l’histoire officielle de la BD a oubliés ! Un dessinateur populaire, pour une bande dessinée populaire, ce qu’elle a toujours été, ce qu’elle doit aussi rester.

(par Jacques Schraûwen)

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Welcome To Springville - par Renzo Calegari et Giancarlo Berardi - Fordis - 134 pages - Sortie 2020

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