"White Knight" de Sean Murphy : déjà un classique dans l’univers Batman

21 novembre 2018 0 commentaire
  • Avec un Joker pénitent décidé à débarrasser Gotham City du vigilantisme incarné par Batman, Sean Murphy offre un récit hors continuité d'exception, d'ores-et-déjà appelé à rejoindre le panthéon de l'histoire du Chevalier noir aux côtés des "Dark Knight Returns", "Year One", "Killing Joke", "The Long Halloween", "A Death in the Family" ou encore "Hush".
"White Knight" de Sean Murphy : déjà un classique dans l'univers Batman
Jack Napier affiche sa détermination
© DC Comics

À l’issue d’une énième course-poursuite entre le Joker et Batman, ce dernier se trouve filmé en train de violemment brutaliser le premier, lui faisant avaler de force une grande quantité de médicaments. Ironie de l’histoire, ces cachets permettent à Jack Napier de refaire surface et mettent en sourdine le Joker !

Jack entame alors une croisade, autant pour racheter les crimes du Joker que pour "sauver" Gotham City de ce qui constitue à ses yeux la plus grande menace qui pèse sur la ville : Batman et l’impunité totale dont il jouit malgré ses méthodes de plus en plus douteuses et malgré les dégâts monstrueux que ses combats entrainent. Ainsi, contre le "Dark Knight", Napier s’érige en "White Knight" défenseur des laissés-pour-compte de Gotham.

Une importance certaine accordée aux courses-poursuites
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Un étonnant renversement des situations
© DC Comics

Formidable idée que de complètement renverser les rôles et faire épouser au lecteur les points de vue d’un Jack Napier, certes manipulateur mais crédible, d’un entourage du chevalier noir en proie aux doutes, et d’une population de Gotham City fatiguée d’être la victime collatérale de ce qui apparaît avant tout comme une addiction à la violence chez le Croisé à la Cape.

Formidable récit aussi qui donne un tour éminemment politique à son propos. Car les questions de la violence policière, du vigilantisme, de la maîtrise des armes, de la redistribution des richesses, de la corruption et de la collusion entre les élites politiques et financières infusent en profondeur l’ensemble de l’intrigue. Avec des interludes sous la forme de débats d’éditorialistes particulièrement réussis par le trouble qu’ils instillent.

Un volume qui n’est pas dépourvu de super-vilains
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Nouvelle idylle pour Jack et Harley

Formidable portrait encore d’un Batman rongé par la colère et la frustration, totalement sourd aux mises en garde de son entourage et confronté de manière inédite au deuil. Le masque toujours vissé sur le visage, la Batmobile labourant aussi bien les rues que les toits de Gotham et le poing rougi du sang de ses adversaires, ce chevalier noir apparaît plus sombre que jamais.

Formidable enfin, cette manière de revisiter l’ensemble de la mythologie Batman avec brio et intelligence. Dans ce récit hors continuité, Sean Murphy (Tokyo Ghost, The Wake, Punk Rock Jesus, Chrononauts...) s’empare de nombres de marqueurs forts du mythe pour les retravailler dans une forme et une signification nouvelles. Et si Jack Napier s’inscrit dans la filiation du Batman de Tim Burton, la quantité de matière brassée et remaniée s’avère impressionnante.

Comparaison entre les deux versions, noir & blanc et couleur
© DC Comics
Napier en politique, comme le fut en son temps un autre ennemi juré : Lex Luthor
© DC Comics

Ainsi, Jason Todd est bien mort de la main du Joker, mais a précédé Dick auprès de Bruce. Harley Quinn occupe toujours une place de choix dans l’entourage du Joker mais se trouve dotée de deux avatars qui témoignent de l’évolution (y compris graphique) du personnage, de la compagne à l’héroïne autonome. Le GCPD se trouve lui à la croisée des chemins en termes de structure et d’organisation, avec Gordon, Bullock et Montoya en première ligne. Et même un personnage récent du Batverse comme Duke Thomas obtient là un rôle original.

La cellule du Joker : celle d’un fan de Batman
© DC Comics

Au final, Sean Murphy réalise un coup de maître. White Knight constitue une pleine réussite et s’inscrit d’ores-et-déjà dans le patrimoine majeur du Chevalier Noir. Graphiquement, le dessinateur, dont toutes les planches originales antérieures à White Knight avaient justement été achetées par un unique acquéreur en mars dernier, se situe au sommet de son art. Une qualité du trait à laquelle Urban Comics rend hommage avec une édition noir et blanc prestige à côté de celle "normale" où Matt Hollingsworth s’est chargé de la couleur.

Avec du drame, de l’action, une tension constamment palpable et un trouble à ce point rarement atteint dans l’histoire pourtant tortueuse de Batman, White Knight s’offre donc le luxe de présenter une nouvelle facette d’un héros et d’un univers pourtant largement familiers. Avec pour seule issue pour notre chevalier de parvenir, paradoxalement, à fendre l’armure.

Couverture complète de l’édition noir & blanc
© DC Comics

(par Aurélien Pigeat)

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Batman : White Knight. Par Sean Murphy (scénario et dessin). Couleur : Matt Hollingsworth. Traduction Benjamin Rivière. Urban Comics. Collection "Black Label". Sortie le 26 octobre 2018. 240 pages. 22,50 euros.

De Sean Murphy, sur ActuaBD :
- Tokyo Ghost T1
- Tokyo Ghost T2
- The Wake
- Punk Rock Jesus
- Chrononauts

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