William Vance : "On sent la patte de Jean Van Hamme dans XIII Mystery !"

23 novembre 2009 2 commentaires
  • Le mois dernier, {{William Vance}} était de passage à Bruxelles pour célébrer les 25 ans de {XIII}. Il évoque avec nous sa technique de travail pour cette série, ses influences et les années qu’il a passées dans le secteur de la publicité.

Irina, le deuxième album de XIII Mystery, réalisé par Philippe Berthet et Éric Corbeyran vient de sortir aux éditions Dargaud. William Vance dessine quant à lui Le Jour du Mayflower le premier album du nouveau cycle de XIII scénarisé par Yves Sente. Il sortira, au mieux, à la fin de l’année 2010.


William Vance : "On sent la patte de Jean Van Hamme dans XIII Mystery !"

Pour les vingt-cinq ans de XIII, les éditions Dargaud publient l’intégralité de la série avec de nouvelles couvertures. Cette édition va-t-elle remplacer la précédente ?

Pas du tout ! Il s’agit d’un tirage limité, et édité à l’occasion de cet anniversaire. Nous voulions organiser quelque chose de spécial pour célébrer l’évènement. J’avais dessiné et peint des illustrations qui pouvaient servir pour de nouvelles couvertures. Je songe aux couvertures des tirages de tête et des éditions américaines. Il n’y en a vraiment qu’une seule qui est originale, celle de Là où va l’Indien. Pour certaines, j’ai repris des illustrations qui ont été mises sur un fond spécial. Comme par exemple Treize contre Un, où l’on voit XIII et Jones avec, en arrière plan, deux logos d’organismes de renseignement américain.

L’une des raisons du succès de la série ne vient-il pas vos personnages, tous très typés ?

Oui. Ma préférée est bien entendu Jones. Je l’ai directement dessinée de cette manière. Par après, je me suis un peu inspiré de la chanteuse Withney Houston. J’ai été surpris de voir que cette dernière portait la même coiffure que mon personnage dans Bodyguard. J’avais donné cette coiffure à Jones bien avant…
Tous ces personnages me viennent assez facilement. J’ai toujours travaillé selon le système américain. J’ai été beaucoup plus influencé par les illustrateurs américains que par les auteurs de BD. Je lisais beaucoup de revues américaines dans les années 1950 et 1960. Le plus fort d’entre eux était Norman Rockwell. J’appréciais aussi Frank Mc Carthy qui a dessiné beaucoup d’affiches de cinéma, principalement des scènes de Western. Ils ont influencé ma manière de travailler et de construire mes personnages. N’oubliez pas qu’avant de travailler dans la bande dessinée, j’étais fort actif dans le monde de la publicité.

Vous vous souvenez de cette époque ?

Et comment ! J’ai commencé mes premiers boulots à l’âge de dix-sept ans et demi. L’Union Chimique Belge (UCB) m’a sorti de l’Académie Royale pour que j’aille travailler chez eux. Nous réalisions des publicités et des emballages de produits pharmaceutiques. À l’époque, la photographie n’avait pas la même importance que maintenant. Après le service militaire, j’ai travaillé dans des agences, puis chez O.T.P. et un département de Philips où je suis resté un an. Quand j’ai décidé de travailler pour la bande dessinée, j’ai été me présenter dans des rédactions avec mes dessins. J’ai alors pu leur montrer du travail de professionnel : des calendriers que j’avais faits pour Shell, des panneaux publicitaires pour les eaux Chaudfontaine. Ce n’était pas des petits dessins fait sur le coin d’une table (Rires).

Ce travail pour la publicité a-t-il influencé votre manière de concevoir la bande dessinée ?

Nous devions être performant en publicité et surtout être capable de faire un peu de tout ! Travailler en couleur, à l’encre, au trait, etc. Et cela dans des styles totalement différents. En bande dessinée, on peut se cantonner à ne dessiner qu’un seul style graphique durant toute sa carrière. Et puis, j’ai également appris la rapidité d’exécution et le fait qu’un dessin devait être toujours attrayant ! Quand je devais faire une publicité pour un grand magasin en construction, il fallait se rendre sur place pour voir le bâtiment. On devait se l’imaginer terminé sur base du rendu des travaux, des plans, des discussions avec les intervenants. J’ai ainsi travaillé pour Priba et l’Innovation. Et je ne vous dis pas les nuits blanches que j’ai passées au bureau pour bêtement changer des prix sur des affiches et des promotions. Ce n’était pas encore l’ère de l’informatique où il suffit presque d’appuyer sur un bouton pour faire ce genre de tâche.

Mis à part le succès de XIII, quel est la plus grande joie et la plus grande fierté dans votre carrière…

D’une manière générale, tout. J’ai eu la chance de choisir mes personnages d’après ce que l’on me proposait. Le premier d’entre eux était un marin, Howard Flynn. Mais je ne suis pas du genre tranquille et j’ai rapidement eu envie de réaliser mes propres scénarios. J’ai donc fait un western, Ringo. Greg m’a proposé Bruno Brazil. Quelques mois après sa création, je reçois un coup de téléphone de l’hebdomadaire Femmes d’Aujourd’hui. Ils me proposaient de reprendre Bob Morane : Forton n’était plus en mesure de terminer une histoire. C’est le journal qui m’a imposé à Henri Vernes. Et pas l’inverse comme je le lis de temps en temps. Vernes n’est pas venu vers moi. Pour eux, j’ai créé Ramiro, puis Bruce J. Hawker. En fait, ils me laissent le champ libre dès que j’étais en manque de scénario de Bob Morane. Durant cette période, je n’étais pas dépendant du Lombard, mais plutôt de Femmes d’aujourd’hui.

Toutes ces séries, exceptée Bob Morane, sont arrêtées. Pas de regret ?

Pour Bruce J. Hawker, si ! Le thème me plaisait beaucoup, et c’est sans doute ma série préférée. Le dernier album, Le Royaume des Enfers, s’est vendu à plus de quarante mille exemplaires. Ce n’est pas rien. Cet album est sorti en 1996, et je n’en suis qu’à la moitié du suivant. Mais j’ai de nouveau un XIII à dessiner…

Vous n’avez jamais envisagé de prendre un assistant ?

Non. Je préfère avoir l’esprit libre et être le maître de mon travail.

Dans une interview accordée à Daniel Couvreur, journaliste au Soir de Bruxelles, vous disiez être un dessinateur désordonné. Vous allez de case en case, de planche en planche, sans jamais finir la case d’un seul coup…

Oui. J’aime cela. Je laisse mijoter les choses ! Je ne fais quasiment pas de croquis pour mes cases. Je la commence donc, puis je passe à une autre quand je ne suis pas inspiré ou que je souhaite dessiner quelque chose de différent. J’y reviens quelques jours ou semaines après pour la peaufiner. Je peux très bien dessiner la carrosserie d’une voiture un jour et les jantes et les pneus des mois plus tard. C’est mon petit désordre, qui a une logique !

Éprouvez-vous plus de plaisir à crayonner ou à encrer ?

Je ne fais pas beaucoup de crayonné. Je travaille à l’aveugle. J’ai une vision de la case avant de la dessiner. Je découpe ma planche et fais un très vague croquis, que seul moi peux comprendre ! C’est dire si cela ne ressemble pas à grand-chose ! Après je donne la priorité aux textes. En voyant où tombe le texte dans une case, je positionne les personnages. Puis, je rajoute les décors. Si les personnages sont à l’arrière-plan, je travaille bien entendu de manière différente. Et tout cela dans mon petit désordre, bien entendu !

Il faut une certaine sûreté pour se lancer sur une planche comme cela.

Vous ne croyez pas qu’après 48 ans de BD, je n’ai pas acquis une certaine sûreté ?

Ce n’est plus un secret, Yves Sente a repris le scénario de XIII pour le prochain cycle. Pourquoi lui ?

C’est un ami. Je l’ai connu en tant qu’éditeur au Lombard. Ses scénarios sont pas mal, et celui qu’il fait pour XIII est terrible. Je voulais qu’il reprenne le scénario de la série. Si ce n’était pas lui, j’étais prêt à arrêter. J’ai eu des essais de scénarios d’autres scénaristes dans les mains. Cela ne collait pas ! Je tairai les noms pour ne froisser personne. L’histoire que développe Yves Sente sera découpée en quatre tomes.

Extrait (non achevé) de deux cases du prochain album de XIII, Le jour du Mayflower
(c) Vance, Sente, Van Hamme et Dargaud.

Le Quotidien Le Soir a publié des extraits des premières pages. On y voit un personnage féminin, assez trouble, qui propose à XIII de regagner sa dignité d’Américain !

Je ne dirai rien, mais c’est un personnage-clef de la première histoire.

Avez-vous lu les scénarios des XIII Mystery ?

Oui. Je les lis. Mais comme Jean Van Hamme assure la direction éditoriale de ces albums, je n’interviens pas. On sent sa patte à certains moments, dans ces histoires. Tant mieux ! Cela m’épate que des scénaristes comme Dorison ou Corbeyran ont su faire mijoter une histoire autour de la Mangouste ou de Irina. Il y a en aura un par an.

(par Nicolas Anspach)

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Des Interviews :
- W. Vance : "La série XIII n’est pas terminée ! (Novembre 2007)
- Van Hamme & Vance : Retour sur une success story (Février 2004)

Les chroniques de XIII T17, T16 et de XIII Mystery T2 et T1

Et aussi "La Version irlandaise" de "XIII", l’album secret de Giraud & Van Hamme (Janvier 2007)

Découvrez les premières esquisses du Jour du Mayflower, le prochain XIII sur le site du Soir

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2 Messages :
  • dommage j’attendais plus un bruce Hawker qu’un nouveau XIII !il devrait laisser XIII à Coria, et reprendre sérieusement Hawker ! car entamer un cycle de 4 album a son age je sais pas si on verra la fin sous sa plume !4 albums soit 2 ans a 2 ans et demis par album ça nous mène a dans 10 ans !donc Mr vance aura plus de 80 ans ! si il y arrive sans avoir de soucis de main j’applaudis des deux !

    joel

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    • Répondu par Lecteur le 24 novembre 2009 à  22:57 :

      Et moi qui espérais la suite de Ramiro... C’est sûr que XIII rapporte plus d’argent...

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