Wonder Woman T4 - Par Brian Azzarello & Cliff Chiang (Trad. Thomas Davier) - Urban Comics

17 octobre 2014 0 commentaire
  • Après avoir protégée le bébé de Zola des dieux de l'Olympe, Diana, alias Wonder Woman, espérait goûter un peu de repos avec sa nouvelle famille, mais il n'y a pas de trêve pour les héros ! Et une nouvelle fois il s'agit d'une affaire familiale car ce n'est autre que le premier-né de Zeus, oublié de l'Histoire, qui revient pour se venger, et cela sans faire de détails !

Après s’être confrontée à Poséidon, à Hadès, puis à Apollon et Artémis, et enfin récupéré le bébé de Zola, volé par Hermès pour le compte de Déméter, en renouant au passage avec son père de substitution, Arès, Diana se trouve désormais à la tête d’une véritable famille, de demi-dieux et de dieux déchus, aussi improbable et qu’attachante ! Et après toutes ces aventures, notre fière amazone espère bien souffler un peu et remettre de l’ordre dans sa vie, complètement chamboulée.

En effet depuis qu’elle a appris le secret de sa naissance, en sauvant Zola, une jeune paumée enceinte d’un énième rejeton de Zeus, Diana a dû affronter la colère d’Héra et les machinations des dieux, embarquée malgré elle dans les luttes de pouvoirs qui font rage sur l’Olympe suite à la mystérieuse disparition de Zeus.

Un programme chargé, aussi bien en termes d’actions, de rencontres et de révélations, auquel ce quatrième tome apporte une (première) conclusion en confrontant Wonder Woman à une ultime menace représentée par l’énigmatique premier-né de Zeus, jouant le rôle de boss de fin de cycle [1].

De nouveau, Diana va devoir protéger les membres de sa nouvelle famille, face à un dieu pour qui la famille est uniquement synonyme de haine et de traîtrise. Et une fois encore, elle va devoir vaincre sans succomber elle-aussi à la haine, en dépit du sang versé et du sacrifice d’êtres chers à son cœur…

Wonder Woman T4 - Par Brian Azzarello & Cliff Chiang (Trad. Thomas Davier) - Urban Comics
Wonder Woman et Artémis : la revanche !
© DC Comics / Urban Comics

Aux commandes des aventures de la célèbre amazone depuis le relaunch New 52, c’est-à-dire depuis septembre 2011, Brian Azzarello s’est attelé à ré-imaginer son univers et ses origines, pour un résultat simple mais particulièrement percutant, et en dépit d’une nouvelle version de la naissance de Diana qui aura fait un peu grincer des dents certains fans – mais c’est l’inévitable lot de ce type de projet.

La dernière version de référence des origines de Wonder Woman datait de 1987, écrite par le trio George Pérez, Len Wein et Greg Potter. Ces derniers avaient imaginé une histoire fortement féministe et particulièrement intéressante, qui s’était imposée avec le temps comme la référence pour le personnage.

Diana libérant tous ses pouvoirs
© DC Comics / Urban Comics

Dans leur version les amazones étaient une race créée par les déesses de l’Olympe à partir des âmes de femmes tuées par brutalité gratuite. Nées immortelles et dotées de grands dons, les amazones devaient prouver qu’il était possible de fonder une société non patriarcale, en harmonie avec celle des hommes.

Malheureusement les amazones furent dupées par Hercule et ses hommes qui les réduire en esclavage. La Reine Hippolyte, avec l’aide d’Athéna, réussit à les libérer et elles s’exilèrent sur une île coupée du reste du monde, décidant de ne plus jamais avoir de contact avec le monde des humains.

Le temps passa et la Reine Hippolyte désirant un enfant, modela un bébé en glaise et pria les dieux pour lui donner vie : c’est ainsi que naquit Diana, fille d’Hippolyte et princesse des amazones, qui allait par la suite découvrir le monde des humains, et tenter de lui apporter un message de paix et de tolérance.

Lors de sa reprise de la série Brian Azzarello ne va pas effacer directement cette version, proposant plutôt une nouvelle interprétation de cette « histoire » et plus spécifiquement de la naissance de Diana. C’est ainsi que le lecteur, et Diana, apprennent que la princesse amazone ne fut pas façonnée à partir de glaise, qu’il s’agit d’un mensonge pour cacher un secret : elle est en réalité le fruit d’une relation amoureuse entre sa mère... et Zeus ! Une naissance plus classique, mais qui fait entrer notre héroïne dans la grande famille des rejetons du roi des dieux, apportant ainsi un nouvel angle pour ses aventures.

Une famille unie dans l’adversité
© DC Comics / Urban Comics

Reprenant donc l’univers classique de Wonder Woman, Brian Azzarello le chamboule par la révélation de ce secret. Son récit se concentre exclusivement sur les mésaventures de Diana aux prises avec un nouvel héritage mais également de nouvelles responsabilités, se trouvant déconnecté du reste de l’univers DC Comics. Ici aucune trace des engagements de Diana avec les autorités américaines ou avec les autres super-héros de la planète, il est uniquement question de ses affaires « familiales ».

La ligne directrice s’appuie sur l’idée que Zeus a continué d’essaimer des enfants illégitimes à travers le monde durant le siècle dernier, Diana n’étant au final qu’un de ces enfants parmi d’autres. Notre héroïne va rencontrer ses demi-frères et demi-sœurs, fruits des amours volages de Zeus, mais également les autres enfants de Zeus, dieux de l’Olympe, avec qui désormais elle partage un sang commun. Le tout en protégeant une jeune femme, portant le dernier-né de Zeus, et se trouvant au cœur d’une prophétie annonçant la fin des dieux.

Hadès, roi des Enfers
© DC Comics / Urban Comics

Brian Azzarello joue essentiellement la carte de la caractérisation, nous offrant une version des divinités grecques parfois étonnantes (Hadès et Arès apparaissent comme particulièrement bien imaginés), auxquels s’ajoutent donc une nouvelle fratrie, moderne, de laissés pour compte par leurs illustres aînés, que Wonder Woman va décider de protéger. Les rebondissements sont constants, avec un récit sans temps mort, une menace en chassant une autre. Le résultat est particulièrement dynamique, et les très nombreux personnages mis en scène assurent un spectacle varié et fort réussi.

Le style de Cliff Chiang, qui se charge du dessin depuis le début du relaunch, participe lui-aussi à la réussite de ces aventures. Son trait simple s’adapte à tous les environnements et toutes les ambiances, permettant d’illustrer avec efficacité les voyages de notre héroïne à travers le monde, mais également dans des lieux plus fantastiques, comme les Enfers. Sans oublier le jeu de couleurs et de lumières de Matthew Wilson qui y fait merveille.

Avec ces nouvelles aventures, Brian Azzarello a décidé d’oublier le propos ouvertement féministe qui avait marqué la précédente refonte du personnage. Mettant ainsi de côté un argument traditionnel du personnage, celui d’être une femme dans un univers super-héroïque très masculin. La question de la place de Wonder Woman reste présent, mais Brian Azzarello la travaille par le thème de la famille, à travers la complexité des filiations des dieux grecques, faisant écho, de manière astucieuse, à une vision moderne de la famille, souvent recomposée et monoparentale.

Dans la lignée des précédents tomes, ces épisodes alternent combats épiques, rencontres et explorations du monde mythologique, avec en bonus, une courte escapade sur New Genesis, planète de dieux issus du célèbre Quatrième Monde de Jack kirby. En effet Orion, fils du chef de New Genesis, se joint lui-aussi au gang de Wonder Woman : plus nous sommes de fous… et plus notre héroïne a de travail et d’ennuis également !

Le point culminant du tome met à l’honneur Arès, l’insaisissable dieu de la guerre, tenant le rôle de père de substitution de Diana, dans une séquence particulièrement dramatique et émouvante. Un passage clé, mis en valeur par la présence du père et de la fille sur la couverture originale du tome… malheureusement non reprise dans l’édition d’Urban comics, qui propose à la place une couverture illustrant une empoignade entre Orion et Wonder Woman, nettement moins puissante.

Cependant ce bémol ne retire en rien les qualités de ce tome et de ces aventures de Wonder Woman, qui font assurément parties des très bonnes surprises de New 52, chaudement recommandées aux amateurs de mythologie grecque et aux curieux désirant découvrir la plus américaine des amazones !

La couverture du tome original, bien plus esthétique
© DC Comics / Urban Comics

(par Guillaume Boutet)

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Wonder Woman T4. Par Brian Azzarello (scénario) & Cliff Chiang (dessin). Traduction Thomas Davier. Urban Comics, collection "DC Renaissance". Sortie le 17 octobre 2014. 144 pages. 15,00 euros.

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Wonder Woman sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1

[1Les épisodes contenus dans Wonder Woman T4 : La voie du guerrier sont :
- Wonder Woman #19-23 & #23.2 (avril 2013 à septembre 2013).

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