XIII : Une mini-série télévisée qui ne s’oublie pas

15 septembre 2008 3 commentaires
  • Adaptée pour la télévision en deux épisodes de 90 minutes, la BD "XIII" de William Vance et Jean Van Hamme, déboule sur Canal + les 6 et 13 octobre prochains. Au casting de cette production franco-canadienne qui sera diffusée aussi sur M6 (courant 2009) et sur NBC aux États-Unis, Val Kilmer et Stephen Dorff.

Le rythme est américain, quelque part entre 24h Chrono et Jason Bourne. Quelques aménagements ont été faits pour rendre la série attractive outre-Atlantique. Mais de l’avis général, c’est une réussite, une production télé "de qualité cinéma" au rythme haletant, aux personnages attachants et au script intelligent.

L’équipe de Dargaud et de Cipango a fait du beau boulot ! « Il faudrait être totalement déconnecté de la réalité pour ne pas être très satisfaits et très heureux du résultat, nous confie Claude de Saint-Vincent, directeur général des éditions Dargaud, l’éditeur de XIII. Sur le fond, la fidélité à l’œuvre d’origine et à son esprit est étonnante. Quant à la forme, la série est admirablement adaptée, dans son format, son montage, sa rapidité et son efficacité à l’évolution des spectateurs et à leur capacité nouvelle à prendre en compte un grand nombre d’images et d’informations. Et c’est aussi une nouvelle œuvre, un autre langage, des re-créations … Sans préjuger du succès futur de cette adaptation, le fait qu’elle soit lancée sur Canal+ avant d’être reprise sur M6 en 2009, programmée pour cet hiver sur NBC et qu’elle ait été vendue dans 52 pays est aussi une très belle opportunité de visibilité pour les albums de William Vance et Jean Van Hamme, même s’il faut rester modeste car la durée réduite (deux épisodes de 90’) de cette adaptation limite nécessairement l’impact final. Notre espoir est que la réussite de cette série conduise à la production d’une série longue bien adaptée au côté feuilleton de XIII. »

XIII : Une mini-série télévisée qui ne s'oublie pas
Stephen Dorff est XIII
(c) Cipango/Prodigy Pictures Inc./Canal + / M6/Dargaud

Adapter à l’écran : un exercice difficile

Quand on compare la production franco-belge à la déferlante des mangas et des comics sur les écrans, on comprend que l’audiovisuel joue un rôle-clé dans la promotion, et même la survie, de notre bande dessinée dans le monde. Le groupe Média-Participations qui regroupe les labels Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Kana ou Fleurus l’a bien compris, intervenant dans les co-productions, complétant au besoin les tours de table. Présents à Cannes, à Monaco, la holding franco-belge a la taille et l’intensité capitalistique suffisante pour conduire cette politique. Mais ce n’est pas si facile que cela. D’abord parce qu’un éditeur français est moins libre qu’un éditeur américain, propriétaire du droit moral de ses licences. Ici, notre éditeur français doit composer avec ses auteurs : « Les auteurs sont systématiquement associés aux discussions tant contractuelles qu’artistiques. Il n’y a donc pas une règle ou une position de l’éditeur seul mais toujours une position de l’éditeur et de ses auteurs, qui d’ailleurs peuvent aussi avoir quelquefois des avis différents…  » nous dit-il.

Claude de Saint Vincent entre Jean Van Hamme et William Vance. Un dialogue permanent.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Ce n’est pas tant la question des auteurs qui est la plus astreignante que la nécessité de trouvee le « bon » partenaire pour la production, capable non seulement de respecter l’œuvre, mais surtout de la porter à un niveau de réalisation et de notoriété qui lui soit bénéficiaire. Mais c’est compliqué, car les rapports de force sont énormes, comme en témoigne Claude de Saint-Vincent qui a négocié les droits de XIII pour cette adaptation : « La qualité des partenaires producteurs et de leur projet est bien entendu essentielle mais nous sommes dans une situation de marché où l’intérêt d’une adaptation audiovisuelle pour la valorisation d’une propriété littéraire est incontestable et globalement nous sommes demandeurs. Les enjeux et les risques financiers de la production et l’internationalisation des montages sont tels que l’éditeur (avec ses auteurs) ne peut pas prétendre rester seul décideur et tout contrôler. Et sauf lorsque vous êtes dans un rapport de force (Harry Potter, Astérix…) exceptionnel le final cut doit revenir au producteur (bien entendu l’éditeur et les auteurs peuvent toujours demander le retrait de leur nom au générique). On ne peut pas à la fois vendre ses droits et vouloir les conserver… Il est plus facile d’éditer que de produire une série ou un film. Les obstacles sont nombreux et nous savons que tous les projets, toutes les options ne débouchent pas sur une réalisation. Et qu’il n’existe aucun parcours facile dans ce métier. Le fait que tous nos éditeurs aient aussi une activité de producteurs (Belvision, Dargaud Media, Dupuis Audiovisuel) nous permet de très bien comprendre les impératifs de la production. Et je crois que si vous faites un tour de tous les producteurs qui nous connaissent, en France ou aux États-Unis, c’est une qualité (en plus d’être très aimables) qu’ils nous reconnaissent volontiers. »

XIII, une adaptation très réussie.
(c) Cipango/Prodigy Pictures Inc./Canal + / M6/Dargaud

Un accouchement difficile

Le temps jour parfois un rôle utile dans une adaptation, histoire de trouver la bonne « fenêtre de tir », sachant qu’on n’a pas le droit à l’erreur. Claude de Saint-Vincent : « En ce qui concerne XIII, nous savions depuis longtemps que c’est une histoire destinée à être adaptée. Son classicisme, son succès, le tropisme cinématographique de Jean… Tout militait dans ce sens. Mais il aura fallu deux cessions (à un producteur américain d’abord, puis à EuropaCorp) avant d’arriver à l’accord avec Cipango. Et le montage financier s’est fait dans la douleur. Le projet aurait été arrêté plusieurs fois si, avec les auteurs, nous ne l’avions pas accompagné en étant très flexibles, en renégociant… pour finalement prendre deux ans de retard par rapport aux prévisions d’origine. En termes artistiques, nous avons toujours pensé que l’adaptation idéale aurait été la série télévisée longue avec 13 épisodes d’une heure par exemple. Mais la réalité a été différente (mini-série de grande qualité de 2x90’). Une fois la production lancée, la communication avec les producteurs a été permanente ; c’est bien sûr essentiellement Jean Van Hamme qui a été sollicité (en live c’est surtout le scénario qui est adapté) et nos remarques ont souvent été prise en compte. Nous n’avons pas été entendus sur tout (les coproducteurs qui financent 15M€ sont nombreux et pèsent aussi sur les choix) mais Jean, William et nous avons donné notre accord sur le scénario final.  »

En résumé, une aventure compliquée qui aboutit à une pleine réussite.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

"XIII", avec Stephen Dorff dans le rôle de XIII, Val Kilmer dans le rôle de La Mangouste et Caterina Murino.

Mini-série de deux épisodes de 90 minutes, écrite par Philippe Lyon et David Wolkove d’après l’œuvre de William Vance et Jean Van Hamme, XIII (Ed. Dargaud). Réalisée par Duane Clark.

 
Participez à la discussion
3 Messages :