Xavier Besse (Laowai) : "La guerre de l’opium était une guerre sale, elle n’est d’ailleurs pas enseignée dans les manuels d’histoire"

12 décembre 2018 0 commentaire
  • Imaginé par les scénaristes Didier Alcante et LF Bollée, "Laowai" raconte les péripéties de François Montagne, jeune soldat français impliqué dans la Guerre de l'opium, une des pages sombres de l'Histoire de France. Le dessinateur Xavier Besse, a bien voulu nous raconter la genèse de cette série de grande aventure.
Xavier Besse (Laowai) : "La guerre de l'opium était une guerre sale, elle n'est d'ailleurs pas enseignée dans les manuels d'histoire"
Laowai T.1 : La guerre de l’opium
Xavier Besse, Didier Alcante & LF Bollée © Glénat

Comment est né le projet de la série Laowai ?

Xavier Besse : Le projet est né d’une idée de Didier Alcante qui s’est rendu compte, à l’occasion d’un voyage en Chine, qu’il y avait beaucoup de musées dédiés à la Guerre de l’opium et que cette période était restée un traumatisme dans ce pays. Au début, il s’est beaucoup documenté pour son compte personnel mais il a vite réalisé qu’il y avait matière à raconter une bonne histoire en bande dessinée car tous les éléments étaient réunis pour proposer une série faisant la part belle à la grande aventure, des batailles épiques, le voyage, etc.

Quel est le pitch de cette série ?

Dans Laowai, nous suivons les aventures de François Montagne, un jeune soldat français qui part faire la Guerre de l’opium pour des raisons personnelles et d’autres qu’il pense, à l’instar de ses frères d’armes français, légitimes. Il est convaincu de mener une guerre juste mais il déchantera rapidement une fois sur place en constatant qu’il n’est là que pour servir de bras armé à des puissances économiques. On se rend donc compte qu’il y a un peu de modernité dans cette guerre car c’est la première guerre économique qui soit analysée comme telle par ses contemporains, à l’image d’écrivains tels que Victor Hugo, qui s’était élevé contre ce conflit parce qu’il n’échappait à personne que cette expédition n’avait que pour but de protéger les intérêts financiers des puissances économiques.

Laowai T.2 : La bataille de Dagu
Xavier Besse, Didier Alcante & LF Bollée © Glénat

Cela me rappelle les propos du journaliste et polémiste Éric Zemmour à l’égard de Victor Hugo. Bien qu’il soit un grand admirateur de son oeuvre littéraire, il accuse de s’être trompé politiquement sur tout et d’avoir ainsi affaiblit la France avec ses revendications humanistes.

C’est possible car, effectivement Victor Hugo s’était élevé contre Napoléon III qui avait une vision assez moderne de ce que devait être l’économie française. Il avait aussi beaucoup d’idées socialistes. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’était pas un monarque oppresseur. Il était beaucoup plus en avance sur son temps que ce que l’on pouvait croire, ce qui fait qu’il est réhabilité aujourd’hui. À titre personnel, je n’ai jamais vraiment compris ce que Victor Hugo reprochait à Napoléon III. Il faudra que je creuse le sujet car il se révèle être un personnage assez positif au final.

Mais Victor Hugo avait raison pour cette Guerre de l’opium car il s’agissait d’un conflit moralement indéfendable. À l’époque, la France et la Grande Bretagne facilitaient le trafic de l’opium car cela favorisait l’échange de biens chinois, tels que la soie, des épices ou des choses qui coûtaient très chers en Occident, ce qui appauvrissait les pays acheteurs, France et Grande Bretagne en tête. Donc, il était question de trouver un bien qui ne coûtait pas cher aux Anglais mais qui par contre, ne se trouvait pas en Chine, ce qui leur permettait de faire des échanges fructueux. C’est comme cela qu’a débuté le trafic de l’opium. L’opium était même acheté avec de l’argent chinois, qui servait ensuite à acheter de la soie ou des épices. Ou alors, ces devises pouvaient être échangées directement. La culture de l’opium ne coûtait par cher aux pays occidentaux : l’Angleterre le faisait pousser en Inde tandis que la France le cultivait sur son territoire, dans le Beaujolais ! C’était donc tout bénéfices. Bien entendu, les empereurs chinois ont tenté de faire interdire ce trafic afin de sauver leur pays. Mais les Occidentaux ont trouvé le prétexte pour protéger leur trafic en montant une expédition punitive contre la Chine suite à la mort d’un prêtre. Ils ont pu ainsi imposer à la Chine des conditions très défavorables contre elle. C’est pour cela que la guerre de l’opium était considérée comme une guerre sale par ses contemporains et d’ailleurs, elle n’est toujours pas enseignée dans les manuels d’histoire !

En tant que citoyen français, quel regard portez-vous sur la guerre de l’opium. Pensez-vous qu’il faut être fier de tous les aspects, même les plus sombres de l’Histoire de France, quitte à minimiser les faits ou faut-il au contraire, comme Victor Hugo, porter un regard lucide sur cette période ?

C’est à dire qu’à l’époque, la France s’inscrivait dans la même démarche que les autres puissances contemporaines. Comme pour l’Angleterre, l’Allemagne et plus tard l’Italie, il s’agissait pour la France de gagner la guerre économique afin de pouvoir peser économiquement et surtout politiquement sur la scène internationale. La situation n’a pas tellement changée aujourd’hui car les USA et la Chine font la même chose, comme toutes les autres puissances d’ailleurs. Même à l’époque romaine, les Gaulois ont fait pleins de raides et de pillages, chose que les Romains leur ont bien rendu. L’Histoire est ainsi faite que la guerre économique a toujours été présente de tout temps. Prenez la période coloniale, par exemple... Donc pour répondre à votre question, je dirais que la France n’a pas cherché à être moralement exemplaire, même si elle a souvent utilisé un prétexte moral pour faire la guerre. C’était pareil du temps des Romains, ils ont cherché un prétexte pour envahir la Gaule. Prétexte qu’ils ont trouvé en prétendant défendre les Gaulois contre les Helvètes. La France est intervenue en Chine pendant la Guerre de l’opium parce qu’un prêtre chrétien était menacé. Dans le camp d’en face, la Chine se défendait contre la main-mise occidentale. Précisons d’ailleurs que les Occidentaux encourageaient la corruption dans l’Empire du Milieu car celle-ci a toujours été un gros problème dans ce pays. Les empereurs chinois ont régulièrement tenté de l’endiguer mais malheureusement pour eux, elle augmentera avec l’arrivée de l’opium.

En lisant votre biographie, on apprend que vous êtes diplômé de l’École du Louvre et que vous possédez un Master en Art & Archaeology de la London University. Vous êtes un spécialiste de la Chine Ancienne. Finalement, vous étiez prédestiné à réaliser la série Laowai.

Lorsque le projet Laowai a été lancé, Glénat s’est mis à chercher un dessinateur qui connaissait bien la Chine ancienne. Au début, ils ont envisagé le recrutement d’un dessinateur chinois mais les scénaristes Didier Alcante et LF Bollée craignaient qu’il y ait des problèmes de compréhension. Il se trouve que j’ai un ami du nom de Jean-David Morvan, qui a ses oreilles qui traînent un peu partout (rire). Il a entendu parler du projet de BD sur la Guerre de l’opium et il est venu m’en parler. J’avais justement envie de dessiner la Chine traditionnelle et je cherchais un projet qui me permettrait d’assouvir cette envie. La rencontre avec Glénat et les scénaristes s’est faite, nous nous sommes entendu et avons commencé le travail. Mon background a beaucoup joué car il fallait être précis sur le représentation de cette époque. Nous ne pouvions pas nous amuser à raconter n’importe quoi sur une période aussi sensible de l’Histoire. Nous avons donc travaillé avec des historiens et des spécialistes de l’armée sous Napoléon III car je n’y connaissais rien sur ce sujet. Lorsque l’on touche à l’armée, il faut être sur de son coup car il y a toujours un amateur éclairé ou un féru d’histoire militaire qui se cache parmi les lecteurs. D’ailleurs en dédicace, j’ai plusieurs fois eu des confidences de gens qui m’ont dit avoir reconnu tel ou tel uniforme car un de ses ancêtres l’a porté. Ce genre de témoignage nous fait toujours plaisir car il nous confirme que nous avons bien travaillé.

Quels sont vos prochains projets ? J’imagine que vous travaillez sur le T.3 actuellement ? Est-ce que celui-ci marquera la fin de la série ?

Oui, je travaille sur le tome 3 et celui-ci clôtura bien la série. Peut-être proposeront nous une nouvelle histoire dans quelques années mais à priori, Laowai s’arrêtera au T.3 car la série était prévue à l’origine en trois albums et le prochain refermera toutes les intrigues. De plus, j’ai d’autres projets que je souhaiterais enclencher après. Enfin, je signale qu’un tirage luxe du T.1 de Laowai est paru cet automne et qu’il est édité par les Sculpteurs de Bulles.

Laowai
Xavier Besse, Didier Alcante & LF Bollée © Glénat

Voir en ligne : Découvrez la série "Laowai" sur le site des éditions Glénat

(par Christian MISSIA DIO)

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En médaillon : Didier Alcante et Xavier Besse
Photo : Xavier Besse/DR

Laowai T1 & T2, par Xavier Besse, Didier Alcante et LF Bollée, éditions Glénat. Albums parus les 4 janvier 2017 et 17 janvier 2018. 48 pages, 13,90 euros.
Tirage luxe Laowai T.1 (Les Sculpteurs de Bulles) Format 25×34 cm, 104 pages intérieures dont :
– 8 pages de cahier graphique couleur
– 48 pages N&B présentant les planches originales encrées avec bulles et textes
– 48 pages Couleur présentant les planches en couleur SANS aucune bulle.
Tirage numéroté et signé sur certificat par les 3 auteurs.
Accompagné de 2 XL 20×30 cm en couleur.
Tirage : 175 à 200 exemplaires
Disponibilité : Octobre 2018

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