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Xavier Bétaucourt : « Il y a des parallèles entre le journalisme documentaire et la BD ! »

  • Journaliste pour une chaîne télévisée dans le Nord de la France, {{Xavier Bétaucourt}} a rencontré dans le cadre de l'un des reportages {{Amara Sellali}}, « bouclier humain » durant la guerre en Irak en 2003. Plusieurs Occidentaux avaient alors décidé de se placer dans des lieux stratégiques non militaires en Irak (centrale électrique, etc) afin d'éviter que la coalition anglo-américaine ne les bombarde. Xavier Bétaucourt nous raconte son histoire en deux tomes, intitulés sobrement « Bouclier Humain ».

Comment est née l’idée d’adapter cet épisode de la vie de cette jeune femme et de son rôle de « bouclier humain » durant la guerre en Irak ?

Xavier Bétaucourt : « Il y a des parallèles entre le journalisme documentaire et la BD ! »Je travaille pour une chaîne de télévision, diffusée sur le câble dans le nord de la France. Dans le cadre d’un reportage, j’ai réalisé une interview d’Amara, cette jeune femme. Mais jce m’avait laissé un goût de trop peu : je trouvais dommage que cette histoire ne soit relatée que durant deux minutes sur l’antenne. J’ai souhaité aller plus loin, et la bande dessinée me semblait être un excellent médium. Cette démarche m’était finalement naturelle, car lorsque je fais un reportage, je le pense en textes et en images.

Vous l’avez donc rencontrée à nouveau pour en connaître plus sur son voyage à Bagdad.

Oui. J’ai fonctionné de la même manière que lorsque je réalise un reportage pour la télé. Avec un avantage cependant : je disposais de beaucoup plus de temps. J’ai donc passé des journées entières à interviewer Amara, à la faire parler de son histoire et de ses émotions. J’en ai retiré ce qui me semblait être le plus important, le plus symbolique. Ensuite, il a fallu que je scénarise cette masse d’informations. Au fur et à mesure, je montrais mon découpage à Amara. Elle me donnait son aval ou me demandait de changer certaines choses quand cela lui semblait trop éloigné de la réalité.

Vous ne nourrissiez pas certaines craintes par rapport à la véracité de ses propos ? Amara aurait pu détourner la vérité pour gommer certains moments difficiles, voire honteux.

En fait, le danger de se faire manipuler dans ce genre témoignage existe surtout lorsque l’interviewer ne possède pas beaucoup de temps pour creuser son sujet. C’est d’ailleurs pour cela que la simple interview télévisée ne me suffisait pas ! Et puis, il existe des techniques pour vérifier que la personne ne ment pas. Reste en plus l’expérience du journaliste : Quand quelqu’un essaie de vous manipuler, vous finissez par le sentir !
De toute manière, cette histoire est un témoignage sur ce qu’a vécu Amara, et non un essai sur la guerre ou sur le mouvement des « boucliers humains ». Cette bande dessinée est une histoire, et non un livre d’histoire !

Vous construisez donc votre histoire comme si vous réalisiez un documentaire.

Les journalistes, dans beaucoup de reportages, racontent une histoire pour mettre en évidence un propos. Ce qui ne veut pas dire qu’ils racontent n’importe quoi !
Les nuances se font dans les impératifs de structure d’un album, dans son format et dans le découpage. Il ne faut pas être trop didactique sous peine de devenir illisible. L’aspect positif d’un album de bande dessinée, c’est que l’on peut construire des scènes alors que, si la caméra du reporter n’est pas au bon endroit, au bon moment, c’est foutu !

La plupart des boucliers humains n’étaient pas préparés à vivre la guerre. Victime de la peur, ils ont rejoint les pays frontaliers ou ont été logés dans des endroits sécurisés en Irak. Quel comportement a-t-elle eu ?

La question du retour est très présente tout au long de l’album. Amara était terrorisée et voulait rentrer.

Dominique Hennebaut est-il intervenu dans l’écriture ?

Pas du tout ! Il fallait que je respecte la réalité des faits. Bouclier Humain n’est pas une histoire inventée. Notre manière de travailler ensemble est somme toute assez classique : découpage, story-board, crayonnés, etc. Le fait que nous habitions tout les deux Lille nous a permis de nous voir très régulièrement ce qui est assez pratique dans ce genre d’histoire.

Vous travaillez également depuis peu avec Jean-Luc Loyer (le dessinateur de Victor).

Ce projet est déjà signé chez Delcourt. J’avais couvert, en tant que journaliste, le conflit de la fermeture de l’usine Metalleurop-Nord.
Jean-Luc est originaire du Pas-de-Calais et connaîssait bien l’usine. En discutant, nous avons estimé que ce conflit était vraiment représentatif d’une certaine forme de capitalisme sauvage et cynique, avec toute la dramatique humaine que cela engendre. Nous avons donc voulu raconter l’histoire de ces hommes dans cette ancienne région minière. Noir Métal sera un one-shot dans la collection Mirage et j’espère qu’il sera publié pour la fin de l’année.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

images (c) Bétaucourt, Hennebaut & Bamboo.

Photo (c) DR.

 
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