Xerxès - Par Frank Miller - Futuropolis

23 mai 2019 0 commentaire
  • Vingt ans après "300", Frank Miller revient à sa fresque épique des guerres entre Grecs et Perses. Pour un résultat malheureusement nettement moins convaincant.

Au tout début du Ve siècle avant Jésus-Christ. Les armées grecques et perses s’affrontent en plusieurs lieux, à plusieurs occasions. Voilà ce que l’on nomme aujourd’hui les Guerres médiques, qui ont vu la chute de l’immense et réputé invincible empire perse mené par Darius, puis par son fils, Xerxès. Face aux troupes des cités grecques, Athènes et Sparte en tête, et la prise de conscience d’une convergence d’intérêt qui aboutit à la conquête des terres orientales par Alexandre le grand quelques décennies plus tard.

C’est tout cela qu’embrasse Frank Miller dans ce nouvel ouvrage consacré à une période qui lui valut, il y a vingt ans, un formidable succès avec 300. Mais alors que ce dernier récit se concentrait sur un épisode emblématique de ces guerres, la Bataille des Thermopyles, étoffée et romancée en vue de lui conférer une aura légendaire, Xercès fait un choix narratif inverse.

Le récit balaie ici au contraire une vaste période, de 449 à 330 avant J.-C. On saute ainsi allégrement d’un moment à l’autre, chaque développement relevant davantage du tableau, de l’illustration commentée, que d’une véritable histoire narrée. Le format choisi, à l’italienne, vient renforcer ce choix narratif qui relève clairement de la fresque, au sens presque littéral.

Xerxès - Par Frank Miller - Futuropolis
Le début de l’ouvrage
Xerxès © Miller / Dark Horse / Futuropolis

Mais le résultat s’avère frustrant à de nombreux égards. Les situations décrites paraitront confuses à qui ne maîtrise pas un peu le sujet. Les portraits brossés, malgré quelques très bonnes idées - on pense notamment à celui du dramaturge Eschyle, auteur des Perses sur la Bataille de Salamine - sont expédiés puisque les personnages n’apparaissent que quelques cases, y compris Xerxès qui donne son nom à l’album et qui est finalement traité du point de vue de son... décès.

Quant aux événements choisis, on ne comprend pas bien ce qui a présidé à leur sélection, les liens entre les épisodes narrés étant assez lâches, quand d’autres, emblématiques de la période et des protagonistes, sont tout simplement ignorés...

La bataille de Marathon
Xerxès © Miller / Dark Horse / Futuropolis

Au final, on se demande quelle était exactement la visée de Frank Miller avec ce volume qui ressemble presque à une suite de notes de travail, mises au propres mais pas du tout abouties d’un point de vue narratif. Comme si l’on faisait un ouvrage d’un projet qui n’avait pu être mené à bien. Publiés États-Unis en 2018, ces cinq chapitres apparaissent donc d’abord comme une célébration des 20 ans de 300 dont les 5 numéros avaient été publiés en 1998.

Déroutant, pas vraiment expérimental non plus, Xerxès propose un survol des Guerres médiques, bizarrement réarrangées par un auteur qui peine à nos yeux à trouver un souffle nouveau sur les grands sujets, qu’il s’agisse de 300 ou du Dark Knight Returns, qui ont fait sa renommée il y a maintenant plus de 20 et 30 ans.

Eschyle, improbable guerrier d’élite aux armes "customisées"
Xerxès © Miller / Dark Horse / Futuropolis

(par Aurélien Pigeat)

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Xerxès : La chute de l’empire de Darius et l’ascension d’Alexandre. Par Frank Miller. Couleur Alex Sinclair. Traduction Sidonie Van den Dries. Futuropolis. Sortie le 8 mai 2019. 120 pages, format à l’italienne. 20 euros.

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