"Yellow Cab" par Christophe Chabouté : la splendeur du noir

17 février 2021 1
  • Chabouté adapte magnifiquement le récit autobiographique du réalisateur Benoît Cohen, dispensant à son récit beaucoup de profondeur, avec en prime une superbe évocation de New-York.

Après avoir réalisé des films et des séries pendant vingt ans, Benoît Cohen sent qu’il a besoin de prendre un nouveau départ. En 2014, il déménage pour New-York et décide de devenir chauffeur de taxi pour les besoins de l’écriture d’un scénario. En plongeant au cœur de la ville, en se nourrissant de la richesse de la métropole, il espère retrouver l’inspiration.

Dans une école du Queens, il apprend les ficelles du métier, fait la rencontre de ses futurs collègues, migrants de tous pays à la recherche du « rêve américain », et affronte le labyrinthe administratif qui mène à la licence de taxi driver. Au volant de l’emblématique "yellow cab", il arpente les rues de Big Apple, observe les visages de milliers de passagers et emmagasine les histoires.

Benoit Cohen pensait tirer un film de cette aventure mais le projet se transforme finalement en un récit publié chez Flammarion. Un ouvrage traversé de souvenirs personnels, de références cinématographiques et de réflexions sur le processus créatif, qui a su toucher Christophe Chabouté qui l’a adapté dans un épais roman graphique de 160 pages.

"Yellow Cab" par Christophe Chabouté : la splendeur du noir

« Tout comme [Benoît Cohen], je suis toujours à l’affût, en quête, porté et transporté par ce besoin d’histoires à raconter. D’émotions à véhiculer... », explique Chabouté concernant la réalisation de cet album. Et il a une fois de plus réussi le parfait équilibre entre l’épopée personnelle et l’évocation d’un cadre incomparable.

Sauf qu’à la différence de précédents récits où l’océan, un phare, ou un bateau constituaient l’univers de son album, l’auteur a ici choisi l’une des plus impressionnantes villes au monde : New York. Car à ne pas s’y tromper, la mégapole est bien le personnage central de son adaptation : ses buildings, ses blocs, ses perspectives et surtout sa circulation la font vibre, comme les vaisseaux sanguins irriguent le corps humain. On apprécie, dans toute cette rumeur, les superbes séquences muettes que nous ménagent les auteurs et qui alternent avec les réflexions en monologue intérieur du taxi driver.

La mégapole s’incarne grâce à la kyrielle de visages qui passe dans le taxi de Benoît Cohen. Au-delà d’une adresse, ce sont surtout les expressions de ces voyageurs qui captivent : Chabouté est parvenu à leur rendre toute leur complexité, leurs espérances, leurs singularités, leur désarroi parfois.

S’ajoute l’histoire personnelle de Benoît Cohen, celle d’un privilégié en perte de repères et qui arpente le difficile chemin de ceux qui croient encore au rêve américain. Un discours qui se complète d’une réflexion sur la fiction, avec en filigrane cette vérité qui innerve tout le travail construit par Chabouté album après album au cours des années : rien n’est finalement plus important que l’émotion elle-même. Inutile, dès lors, de se dissimuler derrière une fiction dès lors que la réalité est belle et forte à mettre à scène.

"Yellow Cab" : une aventure sensible, profondément humaine, à conseiller aux lecteurs avides d’évasion et d’authenticité.

Janvier 2013. Chabouté rencontre cet autre maître du noir, disparu depuis : Comès.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Charles-Louis Detournay)

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Yellow Cab - par Christophe Chabouté, d’après Benoît Cohen - Vents d’Ouest

Chabouté sur ActuaBD, c’est aussi :
- Moby Dick : Livre premier et Livre second
- une interview : " Le personnage principal du livre, ce ne sont pas les gens qui défilent, c’est le banc." (2012)
- De Chabouté aux Irréguliers de Baker Street : Vents d’Ouest joue la sécurité.
- une interview : « Dans la vie comme dans mes livres, je n’ai pas toujours besoin de mots, l’image parle souvent d’elle-même. » (2010)
- Terre-Neuvas
- Tout seul, sélectionné au FIBD d’Angoulême 2009.
- Henri Désiré Landru, pour lequel il reçut le Grand Prix RTL 2006 et figurant parmi les quinze albums de l’ACBD en 2006.
- Construire un feu, sélectionné au FIBD d’Angoulême 2008.
- Purgatoire
- L’intégrale de Quelques jours d’été et d’Un îlot de bonheur. Pour ce dernier titre, Chabouté reçut en 2003 une mention spéciale du Prix Goscinny. Quelques jours d’été, son premier album lui permis d’obtenir l’Alph-Art coup de coeur au FIBD d’Angoulême 1999.

Les illustrations sont © Chabouté/Vents d’Ouest.

 
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1 Message :
  • "Yellow Cab" par Christophe Chabouté : la splendeur du noir
    21 février 13:34, par Milles Sabords

    Ce qu’il y a de sublime dans le travail de Chabouté sur cet album, c’est sa façon graphique de jouer avec les codes de N.Y., par exemple, il utilise les passages pour piétons en opposition horizontale à la verticalité des buildings, comme si les buildings eux-mêmes s’étaient couchés sur la route ! Des pages d’oppression architecturale sombres se succèdent à d’autres, où les espaces blancs deviennent une couleur en soi. Chabouté est le digne héritier de Comès. Une planche marquante d’ailleurs, est celle de ce personnage dont on ne voit que les yeux et qui discute avec le chauffeur de taxi. Chabouté, avec seulement des d’aplats noirs, distille une ambiance pesante qui inquiète autant le chauffeur de taxi que le lecteur.

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