Yona de l’Aube : la farouche princesse-dragon du catalogue Pika

20 mars 2015 0 commentaire
  • Après un coup d’état qui l’a laissée pour morte, la jeune princesse Yona, qui a toujours vécu dans l’oisiveté et l’insouciance, découvre le monde, et à quel point il peut être dur envers les pauvres et les faibles. Elle fait alors le serment de venir en aide aux opprimés, mais également de venger son père !

Il était une fois une princesse aux cheveux rouge, aimée de son père et de ses serviteurs. Orpheline de mère, son bonheur était néanmoins sans tâche. Protégée et choyée par tous, elle vivait coupée du monde, non pas parce qu’elle était enfermée, mais simplement parce qu’il ne lui était jamais venu à l’esprit de sortir et de voir ce qu’il y avait « dehors ».

Yona de l'Aube : la farouche princesse-dragon du catalogue Pika
Soo-Won devenant roi.
© 2009 Mizuho Kusanagi / Hakusensha / Pika

À l’approche de ses seize ans, cette princesse, Yona, est plus heureuse que jamais : son cousin et amour secret, Soo-Won, vient lui rendre visite pour fêter son anniversaire. Ce dernier est toujours aussi gentil et attentionné envers elle, au contraire de Hak, son garde du corps et ami d’enfance, qui ne manque jamais une occasion de se moquer d’elle.

Tout est parfait, ou presque, mais lorsque le soir elle se rend aux appartements de son père, elle le voit se faire tuer par Soo-Won ! Ce dernier a en effet fomenté un complot pour prendre le pouvoir et se venger du roi, qui aurait tué son père. En état de choc, Yona est sauvée de justesse par Hak et ensemble ils fuient le palais. Débute alors une nouvelle vie sur les routes et en clandestinité, dans un premier temps bien rude et solitaire pour l’innocente princesse…

Une aventure au goût de légende

Première œuvre de Mizuho Kusanagi à sortir en France, chez Pika, Yona : Princesse de l’aube, est prépublié au Japon depuis août 2009 dans le magazine Hana to yume de l’éditeur Hakusensha. Elle appartient à un genre niche du shôjo manga [1], celui du récit d’aventure. Il s’agit de la seconde série longue de la mangaka qui a débuté sa carrière en 2003, signant tous ses titres chez Hakusensha.

Ses mangas témoignent d’un goût certain pour l’action et le fantastique, même si sa première œuvre, Yoiko no Kokoroe (2003-2007 en 2 tomes), narrant les tranches de vie du conseil des élèves d’un lycée, ne le laissait pas forcément transparaître.

La suite est plus explicite : Mugen Spiral (2004 en 2 tomes) suit les aventures d’une lycéenne dotée de pouvoirs mystiques, accompagnée d’un démon-familier-beau-garçon, Game x Rush (2005 en 1 tome) narre l’histoire d’un jeune garde du corps et NG Life (2006-2009 en 9 tomes) nous propose un récit sur un groupe de lycéens ayant les souvenirs de leur vie antérieure à... Pompéi !

Yona débutant sa métamorphose.
© 2009 Mizuho Kusanagi / Hakusensha / Pika

Concernant Yona : Princesse de l’aube, il s’agit d’un récit initiatique sur fond de mythes, mâtiné d’un brin de fantastique. Rapidement, le lecteur découvre la légende du roi fondateur du royaume, un dragon rouge descendu sur terre, accompagné de quatre dragons protecteurs, dont Yona apparaît être la réincarnation.

Notre héroïne, aux cheveux rouges, symbole de sa destinée, va alors partir à la recherche des descendants des quatre dragons pour, avec leur aide, changer un royaume bien moins heureux qu’elle ne l’imaginait.

De la princesse à l’héroïne

Nous suivons ainsi une héroïne qui, de naïve et ignorante, va gagner en maturité et volonté au fur et à mesure de ses aventures. Sortant progressivement du personnage diaphane et fragile qu’elle incarne au début et qui doit être protégé, Yona va s’affirmer, développer un sens aigu de l’empathie et de la justice, gagner des compagnons et apprendre à se défendre, d’abord en utilisant un arc, puis en apprenant le maniement de l’épée.

Si le récit renoue, comme nous le disions plus haut, avec la tradition du shôjo manga d’aventure, dans la droite ligne de séries comme Fushigi Yugi de Yû Watase (Tonkam) ou Basara de Yumi Tamura (Kana), ses incarnations les plus connues en France, le lecteur peut cependant être surpris par son rythme et sa forme, lente et linéaire. En effet Mizuho Kusanagi apporte une grande attention à l’évolution et à l’état psychologique de son héroïne, ce qui se traduit par une mutation relativement lente.

La malédiction du sang des dragons
© 2009 Mizuho Kusanagi / Hakusensha / Pika

En effet, il n’est pas question de changer du jour au lendemain Yona en princesse guerrière. Mizuho Kusanagi prend donc le temps de développer cette métamorphose. Dans un premier cycle narratif, de sept à huit tomes portant sur la quête des dragons, elle fait traverser à son héroïne une série d’étapes émotionnelles qui vont la forger : prostration, désespoir, colère, compréhension des choses, prise de conscience, désir d’être utile et indépendante, etc.

Un choix de narration qui induit un rythme lent et donc un récit qui peut sembler traîner en longueur, mais qui confère au récit un personnage principal solide et complexe dont on peut suivre en temps réel la naissance en tant qu’héroïne.

Et la pointe de romance !

Enfin, n’oublions pas de mentionner un autre aspect incontournable de l’œuvre, et qui participe à son attrait : un casting essentiellement masculin... car la série intègre également un autre type de registre, celui du harem manga - c’est à dire un récit dans lequel le personnage principal se retrouve entouré de compagnons du sexe opposé, plus ou moins amourachés de sa personne.

Les harems mangas sont initialement destinés à un lectorat masculin. Certains ont déjà été évoqués dans ces pages, comme Que Sa Volonté soit Faite ou Trinity Seven. On en découvre ici le pendant féminin.

Dans cette logique, la lectrice est invitée à s’identifier à l’héroïne et à s’attacher à son prétendant favori. Une recette simple, qui peut sembler déséquilibrée, mais qui possède ses qualités, outre l’attrait pour les bishônens [2], comme suivre une femme à la tête d’une troupe d’hommes.

© 2009 Mizuho Kusanagi / Hakusensha / Pika

Le premier cycle narratif de l’œuvre suit donc le recrutement de la compagnie de notre héroïne, constituée de six jeunes hommes (les quatre dragons plus deux « normaux »), ayant chacun une personnalité et des compétences bien distinctes, dont l’histoire personnelle et la relation avec Yona constituent un ressort important.

Enfin, en dépit de sa trame dramatique, le manga distille également une bonne dose d’humour, et sait ménager les séquences et les réflexions légères, aérant de façon bienvenue cette quête parfois cruelle.

La promesse de l’Aube

Le dessin de Mizuho Kusanagi, quant à lui, se distingue par des grisés fort réussis et intenses. Les visages sont particulièrement expressifs, les cadres et les découpages variés, offrant un large choix de postures, et les séquences d’action sont convaincantes. Une narration en somme dynamique et efficace, à la hauteur de son propos.

Édité depuis bientôt un an chez Pika, ce manga compte pour le moment dix-sept tomes au Japon, contre cinq en France, et bénéficie d’un animé de grande qualité de 24 épisodes, qui se terminera à la fin du mois, diffusé en simulcast [3] par Crunchyroll.

Avec ses ingrédients simples : une princesse, un voyage initiatique et un groupe de jeunes hommes aussi attrayants que compétents, Yona : Princesse de l’aube apparaît comme un incontournable du shôjo d’aventure moderne, grâce au soin apporté à son héroïne, ainsi qu’à son univers cruel et envoûtant qui la caractérise. À découvrir !

Une héroïne au regard flamboyant !
© 2009 Mizuho Kusanagi / Hakusensha / Pika

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Yona : Princesse de l’Aube T5. Par Mizuho Kusanagi. Traduction Anne-Sophie Thévenon. Pika, collection "Shôjo". Sortie le 4 février 2015. 192 pages. 6,95 euros.

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[1Shôjo : désigne un type de manga ayant pour cible éditoriale des adolescentes.

[2Bishônen : littéralement « joli garçon » en japonais.

[3Simulcast : contraction de « simultaneous broadcast », il s’agit d’une diffusion quasi-simultanée (de quelques heures à quelques jours de décalage) entre le pays d’origine d’un programme et la diffusion sur d’autres territoires.

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