Yves Poinot quitte la présidence du Festival d’Angoulême

4 octobre 2005 0 commentaire
  • Le président du FIBD ayant mis fin à ses fonctions « pour des raisons personnelles », Dominique Brechoteau, vice-président du FIBD, reprend sa charge au sein de l'association en attendant une nouvelle assemblée générale. Cette décision intervient à un moment crucial de l'histoire du Festival.

Nous l’apprenons par un article de Stéphane Vacchiani dans la Charente Libre, Yves Poinot a démissionné de son poste de président du FIBD. Comme il nous l’expliquait dans Bandes Dessinées Magazine en janvier dernier [1], « Nous nous dirigeons vers la création d’un EPCC (NDLR : Etablissement public à Caractère Industriel et Commercial) qui regrouperait le Musée, dirigé par Gaby Scaon, le futur musée du cinéma. C’est une structure dans laquelle le Festival serait représenté sans cependant y être englobé. » Le président démissionnaire était en effet vivement opposé à ce que le Festival soit englobé dans une entité régentée par l’Etat. Yves Poinot se veut rassurant pour l’édition 2006 : « [elle] est sur les rails », déclare-t-il à la Charente Libre.

Contacté par notre rédaction, Yves Poinot nous confirme que cette décision est toute personnelle. « Je n’ai pas de « soucis personnels » comme l’écrit « La Charente Libre », c’est une formule de journaliste », précise-t-il. Mais il ne désire pas s’étendre plus avant sur les motivations de sa décision. Ce thermicien dans le bâtiment qui dirige un bureau d’étude à Angoulême était entré dans cette association en 1976 à la suite d’un appel aux bénévoles lancé par le fondateur angoumoisin du Festival Francis Groux, dans la Charente Libre. Il en était devenu le président vingt ans plus tard, le 14 juin 1996. Un poste de bénévole, il ne faut pas manquer de le souligner.

Un bilan positif

Le Festival est l’émanation d’une Association de Loi 1901 forte de 70 adhérents. 98% d’entre eux sont angoumoisins. Son Conseil d’Administration est composé de 27 personnes (13 adhérents élus et 14 membres de droit parmi lesquels les partenaires financiers comme les Centre Leclerc ou la Caisse d’Epargne, et des partenaires institutionnels comme la mairie et le CNBDI). Suivant des statuts fixés en 1991, le bureau est composé de sept personnes dont un président qui est obligatoirement un adhérent, trois vice-présidents, un secrétaire et un secrétaire-adjoint, un trésorier et son adjoint. Sont employés huit salariés à plein temps (dont Jean-Marc Thévenet, le directeur général du FIBD). Yves Poinot en convenait dans son interview à BDMag : « C’est un fonctionnement associatif assez lourd qui n’est peut-être plus adapté aux enjeux actuels du Festival. D’où ces réflexions pour en réformer le fonctionnement.  »

Il lui a fallu piloter le Festival à un moment critique lorsque la Ville d’Angoulême, à peine remise de l’ardoise laissée par le maire socialiste Jean-Michel Boucheron (environ 200 millions d’euros de dettes pour une ville de 46.000 habitants), a dû s’ouvrir aux sponsors privés, notamment les Centres Leclerc appelés au secours par l’ancien ministre Georges Chavannes. Son arrivée coïncide à peu près avec l’arrivée de Jean-Marc Thévenet. La complicité entre les deux hommes était visible.
Il quitte ses fonctions avec un bilan positif, la situation financière du Festival étant saine : « À l’issue de la 30ème édition, une année anniversaire où il fallait marquer le coup, il nous a manqué 150.000 € », déclarait-il en janvier dernier à BDMag. « Pour nous couvrir, nous avons contracté un emprunt sur trois ans, sans aucune caution des collectivités. L’année dernière, nous avons dégagé un solde positif de 139.000 €. Nous prévoyons pour 2005 un solde positif de 70 à 90.000 € suffisant pour honorer les annuités de l’emprunt. Les comptes du Festival sont vérifiés par le cabinet comptable KPMG. »

Un moment critique pour le Festival

À la lumière de ce départ, les questions posées à la fin de la dernière édition du Festival (voir notre article : « Angoulême 2006, un 33ème Festival à hauts risques ? » ) restent en suspens : comment le FIBD s’accordera-t-il avec les nouvelles structures mises en place par l’État et par la Ville ? Comment le Festival va-t-il digérer les grands travaux qui vont perturber la cité charentaise lors de sa prochaine édition en janvier 2006 ? Comment s’accomodera-t-il de l’initiative des éditeurs, "La Fête de la BD", lancée en juin dernier à l’instigation du Syndicat National de l’Edition ? Dominique Brechoteau n’hérite pas d’un dossier facile.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Yves Poinot. Photo : D. Pasamonik.

[1BDMag N°5, janvier 2005.

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