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Yves Rodier & Frédéric Antoine : « El Spectro s’inscrit dans l’esprit des BD des années cinquante et soixante »

  • Au début des années 1990, {{Yves Rodier}} avait achevé pour lui et pour quelque amis, le dessin et le scénario de {Tintin et l’Alph Art}. Après avoir travaillé pour quelques petits labels puis, avec {{François Corteggiani}}, aux éditions Glénat pour {Simon Nian}, il signe aujourd'hui, avec {{Frédéric Antoine}} au scénario, « {El Spectro} », les aventures d’un catcheur mexicain.

Après avoir défendu son titre de champion du monde du catch et sauvé une femme des griffes d’un monstre au cœur des sommets enneigées d’Amérique Latine, El Spectro s’envole pour la Riviera espagnole. Son amie, Marina, y est enlevée par d’étranges mutants.

Yves Rodier et Frédéric Antoine surfent sur la vague la « Lucha libre » en signant une bande dessinée au style graphique et narratif rétro, se voulant un hommage à la bande dessinée des années cinquante et soixante.


Yves Rodier & Frédéric Antoine : « El Spectro s'inscrit dans l'esprit des BD des années cinquante et soixante »En 2005, vous signiez le premier tome de Simon Nian aux éditions Glénat. Mais vous êtes surtout connu pour avoir terminé l’ultime aventure d’un célèbre reporter …

YR : Ah ! Vous voulez me faire parler de Tintin ! (Rires). Au Québec, en 1987, j’ai entendu une publicité disant que le dernier album de Tintin allait paraître. Je pensais découvrir une aventure de Tintin terminée par Bob De Moor, l’assistant d’Hergé. J’ai été déçu en découvrant l’album : l’édition de Tintin et l’Alph-Art présentait un travail non terminé : le découpage était complété par des planches plus ou moins abouties, d’autres à peine esquissées, etc. Ma déception était telle que j’ai eu envie de terminer l’album moi-même. J’ai passé cinq ans à dessiner et à encrer l’entièreté de ma version de Tintin et l’Alph-Art. Ce travail m’a permis d’apprendre les bases du travail d’auteur de bandes dessinées. Par la suite, j’ai surtout travaillé dans le dessin animé. En 1995, j’ai participé à la création de Pignouf et Hamlet, un magazine pour enfant québécois. Je dessinais les aventures des personnages éponymes. Il s’agissait d’un vagabond et de son cochon. En 2005, enfin, avec François Corteggiani, nous avons publié le premier tome de Simon Nian.

Avez-vous en des problèmes avec les ayant-droits d’Hergé ?

YR : Absolument aucun ! J’ai terminé ma version de Tintin et l’Alph-Art en 1991. Je l’ai présenté à Bob De Moor, que j’avais rencontré lors d’un festival de BD à Montréal. Il m’a appuyé auprès de la Fondation Hergé, bien avant que mes planches ne soient rentrées dans le « domaine public » et publiées par différents sites sur Internet. À l’époque, personne ne connaissait mon travail. Ils ont bien vu que j’étais sincère dans ma démarche, et que je n’avais pas passé autant de temps sur ses planches dans le but de m’enrichir. Par la suite, je leur ai demandé l’autorisation d’imprimer quelques copies de mon ouvrage pour me faire connaître. Ils m’ont donné leur aval, à condition que cela reste un tirage limité, et que je fasse attention quant au sérieux des personnes à qui je les donnais. J’ai rapidement été dépassé par le phénomène. Tintin intéresse beaucoup de monde, et des gens peu scrupuleux ne se sont pas gênés pour faire de l’argent sur mon dos et sur celui des ayant-droits d’Hergé.
Il n’y a qu’une soixantaine d’albums de ma version de Tintin et l’Alph-Art que j’ai fait imprimer. Mais les éditions pirates sont pléthores…

Extrait du T1 de "El Spectro" - Planche 1

Et du coup, vous êtes devenu un dessinateur cultissime !

YR : Oui ! Tout monde ne me parle que de cela ! Et pourtant, c’est le premier album que j’ai fait, alors que je n’avais que 23 ans. J’aimerais mieux que l’on me parle du premier tome de El Spectro qui est sorti en janvier dernier (Rires).

Est-ce lourd à porter ?

YR : Non. Mais il y a des jours où c’est plus agaçant que d’autres. C’est parfois amusant et sympathique de voir l’enthousiasme des gens. Je suis conscient que cet album m’a apporté beaucoup de reconnaissance et m’a permis d’avoir plus facilement des entrées dans des maisons d’édition. Je ne renie pas cette version de Tintin et l’Alph-Art. l’œuvre d’Hergé a été très importante pour moi à une époque… Mais aujourd’hui, je suis passé à autre chose.

Pourquoi avoir eu envie de travailler avec François Corteggiani ?

YR : J’ai connu François en 1995 alors que je travaillais sur Pignouf et Hamlet. Une personne avec laquelle je correspondais nous a mis en relation. On a monté un projet ensemble, mais comme je travaillais toujours pour l’audiovisuel, cela a mis du temps à se concrétiser. En 2005, nous avons publié le premier tome de Simon et Nian. Le troisième paraît en mars chez Glénat…

Extrait du T1 de "El Spectro" - Planche 2

La rumeur dit que vous aviez travaillé ensemble sur un projet de reprise de Gil Jourdan

YR : Non, absolument pas ! Avec le recul, je suis contre les reprises. Hergé disait : « Tintin, c’est moi ». Il avait raison. Une reprise va nécessairement trahir l’auteur original, car dans la création, il y a toujours une partie de sa propre personnalité. Aujourd’hui, on me demande souvent si je n’aurais pas envie de reprendre Tintin. La réponse est négative, bien entendu. Le Tintin d’Hergé ne pourrait pas exister dans le monde d’aujourd’hui. Et le replacer dans le contexte des années 1950, cela n’aurait aucun intérêt.

Frédéric Antoine, quel a été votre parcours avant le premier tome de El Spectro ?

FA : J’ai réalisé des études qui étaient éloignées du monde artistique. J’ai déménagé à Québec et j’y ai étudié le dessin animé. J’ai toujours eu une passion pour le dessin. Mais je me suis aperçu pendant mes études que je ne serais jamais doué dans ce domaine. J’ai quand même travaillé dans ce milieu quelques temps. Nous nous sommes rencontrés, Yves et moi, dans un studio. Je suis parti travailler sur d’autres projets, dans le web et l’informatique. En 2006, je suis devenu le rédacteur en chef du magazine d’humour Safarir. C’est dans ce journal que sont parues les premières planches de Delaf->art9297] et Dubuc (Les Nombrils), et de Marc Cuadrado. Ensuite, avec Yves, nous avons travaillé sur différents projets et renoué avec le dessin animé. Et on est monté peu à peu El Spectro.

Pourquoi avez-vous souhaité mettre en scène un catcheur sud-américain ?

FA : C’était un prétexte. Yves appréciait beaucoup « El Santo », le célèbre catcheur mexicain. Cet homme a véritablement été une légende dans son pays. Nous souhaitions faire un dessin animé basé sur sa vie. Yves m’a demandé de l’aider pour écrire l’histoire. Le film n’a jamais vu le jour. Nous avons adapté le scénario pour en faire une bande dessinée. On s’est progressivement éloigné d’El Santo pour donner à notre personnage un masque rouge et surtout une véritable personnalité.

YR : Effectivement. Le personnage a été construit sur la base de d’El Santo, mais il a rapidement eu sa propre autonomie, sa propre identité. El Spectro a commencé à exister presque à notre insu ! L’univers dans lequel il évolue est riche et cela nous a permis de ne pas attendre trois albums pour le faire ressentir.

Extrait du T1 de "El Spectro" - Planche 3

Yves, intervenez-vous dans la construction de l’histoire ?

YR : J’interviens dans la création du récit, mais pas dans l’écriture en tant que telle ! Nous nous voyons régulièrement pour parler de l’histoire. Chacun amène des idées. Frédéric les note et écrit l’histoire, les dialogues…
FA : Je souhaite surtout tenir compte des envies d’Yves. Dès qu’il évoque un désir, j’essaie de l’incorporer au récit. Cette méthode de travail, plus posée, est plus agréable pour nous deux.

Cette série est assez parodique, non ?

YR : C’est surtout une bande dessinée que l’on réalise sincèrement, dans l’esprit de celles des années cinquante et soixante. Notre travail est perçu comme une parodie car ce style n’existe plus aujourd’hui. Nous avons décidé d’utiliser les codes de la bande dessinée de cette époque-là. Et d’arriver à un résultat proche des codes employés dans les Spirou et Fantasio de ces années.

El Spectro va-t-il connaître un nombre incalculable d’albums ?

FA : C’est un personnage à la Ric Hochet. Nous ne pensons pas à un nombre spécifique d’albums pour l’instant. Nous avons quelques histoires en réserve. En clôturant le premier tome, nous nous sommes demandé quel type d’ambiance nous conviendrait le mieux … La Trans-Amazonie s’est imposée tout de suite, car nous voulions développer une histoire sur fond de course automobile. Pour le troisième tome, nous hésitions à envoyer El Spectro en Polynésie ou en Louisiane. Finalement, nous avons choisi le Japon.

Quels sont vos projets ?

FA : Je vais signer un album animalier avec Yohann Morin. Ce dessinateur a beaucoup travaillé pour Safarir. Nous allons raconter une sorte de « zoo intérieur ». L’album paraîtra aux éditions Bac@BD.

Yves Rodier et Frédéric Antoine
(c) Nicolas Anspach

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.


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Illustrations : (c) Y. Rodier, F. Antoine & Le Lombard.
Photos : (c) Nicolas Anspach

 
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