Yves Swolfs ("Durango, Légende, Prince de la Nuit") (3/3) : « Je désirais me focaliser sur les raisons qui pouvaient amener un être à devenir vampire, à accepter le mal »

13 mars 2015 3 commentaires
  • Dernière partie de cette rencontre avec Swolfs, qui évoque son premier album chez Sexstar, mais aussi le septième tome du Prince de la Nuit qui vient de paraître, comme ses autres séries, Légende mais surtout Durango, qui doit être repris par ... Iko !

Vous avez créé Le Prince de la Nuit il y a 20 ans, puis vous l’avez laissé en sommeil pendant près de 15 ans après avoir réalisé six albums. Pourquoi y revenir aujourd’hui ?

Yves Swolfs ("Durango, Légende, Prince de la Nuit") (3/3) : « Je désirais me focaliser sur les raisons qui pouvaient amener un être à devenir vampire, à accepter le mal »
Le tome 7 du "Prince de la Nuit" sort ce 11 mars

J’avais clôturé le sixième tome avec une fin ouverte : les mémoires partent d’un côté sur le dos du Gitan, tandis que les cendres s’envolent de l’autre, avec cette possible résurrection. Cette seconde partie sera plus contemporaine, voire légèrement futuriste. Je ne la dessinerai donc pas moi-même pour les raisons évoquées précédemment. Les sollicitations du public étaient fortes depuis des années pour que je reprenne donc cette série. Honnêtement, comme je l’expliquais, je préférais me consacrer au scénario exclusivement, mais l’éditeur m’a convaincu de rester au dessin pour relancer la série.

Comment avez-vous choisi cette période et ce lien pour placer l’initiation de votre vampire ?

Pour bien des raisons ! Cela m’a permis d’aborder graphiquement un autre univers que je n’avais pas encore dessiné : la fin de la période romaine. Scénaristiquement parlant, le fait de remonter à l’Antiquité permet d’aborder potentiellement bien des époques différentes pour la suite de ces mémoires du vampire. Historiquement parlant, nous nous situons lors des invasions romaines chez les Daces, un ancien peuple de l’actuelle Roumanie. Ce peuple possédait déjà des croyances autour du dragon, du loup et de la réincarnation, prémices aux croyances vampiriques.

Pour la première fois, vous avez choisi de braquer votre projecteur sur le méchant de votre histoire, en essayant de comprendre ce qui l’a amené dans cette situation !

Je désirais me focaliser sur les raisons qui pouvaient amener un être à devenir vampire, à accepter le mal : c’est souvent la désespérance qui permet de céder à l’appel du mal et à la fascination pour la vie éternelle. C’est également lié à cette puissance négative qui va de pair, qui va lui permettre de nuire aux mortels et de régler des comptes personnels. Je voulais donc développer le contexte qui entraîne ce choix, c’est ce glissement qui est évoqué dans ce tome 7.

Mais je voulais également partir d’un personnage déjà complexe, arriviste, ambitieux, indépendant, qui vit en dehors de sa famille. Il était à l’équilibre et aurait pu très bien tourner ou, plus justement, tomber du mauvais côté. Son refus de toute concession l’entraîne dans une succession d’événements qui l’entraîne à choisir le pouvoir, avec le prix qui accompagne cette décision. Mon personnage est d’ailleurs légèrement œdipien, car il désire prendre la place de son père et posséder sa belle-mère. Alors qu’Œdipe devient aveugle, mon personnage se prive de lumière pour s’enfoncer dans les ténèbres. Le passage à l’acte de cet interdit entraîne donc cette damnation, et une part de folie.

Concernant votre dessin, on ressent que votre travail des forêts et des personnages dans Légende vous a permis d’aborder différemment le dessin de ce nouveau tome ?!

Bien entendu, le dessin demeure une constante évolution, et l’on profite toujours de ce qu’on a réalisé précédemment. Mieux : un nouveau sujet vous pousse à vous dépasser et donc à progresser. C’est pour cela que je réfléchis vraiment à la question de faire moi-même la suite, comme on risque de me le demander, ou si je ne ferais pas mieux de m’attaquer à un autre contexte. Je suis en pleine réflexion actuellement.

Cela signifie que vous n’êtes pas en train de réaliser un nouvel album pour l’instant ?

Je ne dessine donc pas véritablement, mais je réalise des illustrations pour une exposition pour la Galerie Daniel Maghen, qui me les avait demandées depuis longtemps, et dans le même temps, je scénarise. Je réalise effectivement des huiles autour de la série de Durango, ce qu’on me demande depuis longtemps également. J’en profite pleinement, car cela faisait un temps que je désirais renouer graphiquement avec cet univers. Puis, comme il faut laisser sécher l’huile, je scénarise par la même occasion (rires).

Vous avez donc déjà des idées assez précises pour la suite de vos séries avec d’autres dessinateurs, comme pour vous-même ?

Oui, je scénarise pour Durango, Légende mais aussi Le Prince de la nuit car la série va donc aller dans deux directions,... peut-être même trois ! J’ai donc pas mal de travail devant moi, et quitte à dessiner, je me demande si je ne referais pas un western, différent de Durango, mais sans me lancer dans une saga trop longue, qui m’accaparerait. Cela se situerait à une autre période, dans des décors différents, tout en présentant un héros qui a autre chose à partager.

Vous avez donc contacté vos éditeurs pour évoquer ces reprises ?

Oui, je travaille avec Soleil pour trouver un dessinateur qui reprendrait Légende et alimenter cette chronique de chevalier errant. Pour Glénat, je cherche donc un dessinateur qui pourrait reprendre la voie de façon plus anticipative, et à terme, un autre qui prolongerait les mémoires du vampire.

Concernant Durango, on a vu récemment apparaître une version pirate de votre premier album paru chez Sexstar. Quelle a été votre réaction ?

C’était à prévoir, lorsque je vois les sommes folles que certains collectionneurs sont prêts à débourser pour ce petit album de poche. À la sortie de l’école de Saint-Luc, une connaissance m’avait embarqué dans cette aventure, ce qui me permettait d’avoir quelques rentrées financières. J’ai donc réalisé un ou deux albums dans lesquels je faisais les crayonnés sur son scénario, alors qu’il encrait. J’ai donc eu l’envie d’en réaliser un western en solo, mais qui effectivement ressemblait fort à ce que je voulais réaliser par la suite, même si ce n’est pas du tout un Durango tome 0 comme j’ai pu le lire par la suite. Cela m’a surtout permis de m’amuser, car j’ai détourné les scènes érotiques pour lesquelles l’éditeur imposait un quota.

Pour revenir sur votre collaboration avec Thierry Girod qui s’est arrêtée, vous cherchez donc un autre dessinateur ? Sur quelles bases ?

Thierry a effectivement souhaité travailler sur un projet plus personnel. S’il avait voulu continuer, j’aurais accepté avec joie ! Mais il a donc fallu trouver un autre dessinateur, et j’ai été contacté par Iko, qui termine Ténèbres sur un scénario de Christophe Bec. Il m’a avoué qu’il en rêvait depuis longtemps et via Jean Wacquet, nous avons été mis en contact. Il a repris le personnage de Durango tel qu’il était auparavant, et je suis certain que les lecteurs seront ravis de cette reprise.

Durango donne l’impression de mûrir. Est-ce qu’il vieillit en même temps que vous, avec une vision du monde en parallèle ? Envisagez-vous votre collaboration avec Iko au long cours ?

Les aventures de Durango se déroulent sur un petit nombre d’années. Les thèmes des scénarios peuvent sans doute évoluer en même temps que moi, mais Durango restera pareil à lui-même, ce qui devrait contenter le lecteur. Je m’entends très bien avec Iko, et s’il tient le rythme, nous serions contents de faire effectivement un bon bout de chemin ensemble. Si un dessinateur est content de travailler avec moi, et qu’il peut au moins réaliser un album tous les 18 mois en tenant compte des aléas de la vie, j’ai tendance à rester fidèle !

La dernière page de ce nouveau tome ouvre bien des pistes pour les prochains tomes du "Prince de la Nuit".

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire la première et seconde partie de cette interview

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Photo en médaillon : CL Detournay

 
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