Zack Snyder’s Justice League : ce que le DCEU aurait pu (aurait dû) être

2 juillet 2021 6 Crossmedia par Jaime Bonkowski de Passos
Classification : tout public
  • IL EST LÀ !!! Après des années de fantasmes et de pétitions, après des mois de teasing et plusieurs semaines d'une communication de type "rouleau-compresseur" sur les réseaux sociaux, le "Zack Snyder's Justice League" est enfin disponible en ligne ! Est-il à la hauteur des attentes ? Peut-être pas. Reste-t-il mieux que la version dégénérée signée Joss Whedon ? Indéniablement. Bilan.

L’aventure Justice League du DC Extended Universe ressemble aux péripéties d’une sitcom. À l’origine, le projet est confié au maître d’œuvre du DCEU le grand Zack Snyder, à qui on doit les films Man of Steel et Batman Vs Superman, annoncé comme l’Avengers de DC, la grande réunion des grands héros et le lancement de la phase la plus ambitieuse du DCEU.

Seulement, en cours de réalisation, Snyder perd sa fille et Warner Bros en profite pour l’éjecter du projet. Une fois le réal out, le studio appelle à la rescousse Joss Whedon, grand manitou du MCU, à qui est confiée la lourde tâche de sauver le film.

Whedon fait de son mieux, le film sort et c’est la catastrophe : il est nul. Les fans le conchient et la critique l’efface en deux temps trois mouvements. Triste destin pour ce qui était sensé être le film le plus ambitieux du DCEU.

Mais quelques temps après la sortie de cette version ratée, des rumeurs pointent le bout de leur nez : Whedon et Warner Bros auraient saccagé le film laissé par Snyder et il en existerait une version alternative conforme aux idées du réalisateur d’origine.

Il n’en faut pas plus pour attiser la hype des fans déçus et la machine est lancée : quelques années plus tard, après plusieurs reshoot de Snyder pour "boucher les trous" de sa version et un remaniement complet, le film sort en grandes pompes.

Zack Snyder's Justice League : ce que le DCEU aurait pu (aurait dû) être
© Warner Bros / DC Comics

Et c’est bien !!!

Aucun doute, les attentes étaient élevées. Pour ses fans, Zack Snyder est un quasi-messie (sa vision du cinéma est très particulière, certains parlant même de cinéma d’auteur pour qualifier son œuvre) et, après une décennie d’hégémonie Marvel sur le cinéma de super-héros, DC apparaît comme le seul concurrent sérieux en la matière, capable de nous proposer d’autres manières d’aborder le genre.

La vision différente est bien là et ce que Snyder nous propose est aux antipodes de ce à quoi on avait été habitué chez Marvel. Aucun doute non plus, entre la version Whedon et la version Snyder, il y a un monde. Soyons clairs : les deux films racontent la même chose : Superman mort, une menace sans précédent déferle sur la Terre, et Batman et Wonder Woman tentent d’assembler une équipe de méta-humains pour lutter contre un grand méchant. L’histoire est similaire, mais c’est la façon de la raconter qui change.

Et le premier changement (de taille), c’est la durée : quatre heures chez Snyder, deux fois plus que pour Whedon. Vous avez intérêt à avoir un canapé confortable ! Et rien que cette première particularité apporte une certaine saveur : 4h, c’est long, mais ça fait longtemps que l’on n’avait pas eu de vrai blockbuster hollywoodien d’une telle durée. Il est clair que l’expérience qu’on en tire en matière d’immersion est bien plus intéressante qu’avec le format initial.

Cette durée permet en outre de résoudre une des principales difficultés du film de Whedon : sa vitesse. On lui a reproché de faire avancer son intrigue aux dépens du développement des personnages.

Avec la version Snyder, c’est bien l’inverse ! The Flash et Cyborg ont enfin une vraie backstory (il y a même quasiment un film Cyborg dans le film Justice League, c’est dire !), Steppenwolf a ENFIN un passé et des motivations concrètes, et on en apprend bien plus sur l’histoire de l’univers (la première venue de Darkseid, le passé des amazones, des hommes et des Atlantes...)

Mais soyons aussi réalistes dans la dithyrambe : ces qualités, on ne les aurait sans doute jamais vues dans la version cinéma même si Snyder avait conservé son projet jusqu’au bout. Car 4h, c’est bien trop long pour une sortie en salle. Et ce que Whedon a coupé pour arriver à ses 2h, c’est sans doute aussi ce que Snyder aurait été obligé de couper in fine. Le réalisateur a pleinement profité du joker "sortie en streaming", un format bien plus permissif en terme de durée.

© Warner Bros / DC Comics

L’esthétique

Les ajouts de Snyder ne se limitent, néanmoins, pas à un remaniement du rythme et à un approfondissement des personnages. Visuellement, on se prend en pleine tête la "griffe Snyder" pour le meilleur comme pour le pire. Au niveau du format d’image tout d’abord, le réalisateur a choisi un ratio Imax en 1:39, soit une image presque carrée et pas du tout adaptée à nos écrans en 16:9. À moins donc d’avoir un IMMENSE écran (type projecteur ou écran plat avec une grande diagonale), l’image est petite.

© Warner Bros / DC Comics

Ensuite, toujours sur l’esthétique, c’est sombre. Très sombre. Là où Whedon avait « Marvelisé » le film en lui ajoutant des tas de couleurs partout (avec en point d’orgue, le ciel rouge dans la bataille finale), Snyder revient à des teintes monochromes (une version noir et blanc du film va d’ailleurs sortir). Le style est beaucoup plus en accord avec ce qu’on attend de DC (le côté dark et mature) mais peut en lasser certains surtout après 4h. Ce choix a néanmoins aussi de très gros avantages esthétiques : les quelques scènes colorées et les rares touches de couleurs vives n’en ressortent que plus.

Au niveau de la mise en scène ensuite : on voit que Snyder maîtrise sa partition. Nombre de ses plans sont tout bonnement splendides, dans leur construction et dans ce qu’ils racontent. Là où la version de Whedon se contentait de "faire le job" sans vraiment nous laisser d’images impérissables, le film de Snyder s’offre de vrais moments de bravoure.

Enfin, et c’est sans doute le plus gros point fort de la version Snyder : le réalisateur assume et embrasse l’aspect mythologique de l’univers qu’il met en place. Par la mise en scène, le montage, les dialogues, les teintes, il fait tout pour conférer une aura divine à ses personnages et les « exceptionnaliser » : il en fait de vrais sur-hommes et sur-femmes. Whedon était bien plus timide dans cette démarche, notamment en accentuant l’humour forcé pas toujours à propos. Snyder se montre plus grave et sérieux, mais aussi plus digne, et le résultat global a une saveur bien différente de ce que propose Whedon et Marvel en général.

Sans être la révolution intégrale que certains espéraient, Zack Snyder’s Justice League répare indéniablement les torts causés par le film de Whedon. Pour ainsi dire, l’honneur du réalisateur est restauré auprès des fans, qui ont bien compris l’influence du studio et de Whedon sur le film qu’on a eu en 2017.

Il nous offre aussi un aperçu de la direction qu’aurait pu prendre le DCEU, avant la sortie d’Aquaman, de Shazam et de Wonder Woman 1984. Une direction bien différente des propositions Marvel, sans doute plus clivante mais indéniablement plus originale. Le film se clôt sur une scène pré-générique qui laisse imaginer ce que Sneyder souhaitait développer par la suite. On ne peut s’empêcher de ressentir une pointe de déception en réalisant qu’on ne verra sans doute jamais ça sur grand écran (ou petit d’ailleurs).

(par Jaime Bonkowski de Passos)

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