Zipang - T2 et T3 - par Kaiji Kawaguchi - Big Kana

11 juillet 2005 0 commentaire
  • Zipang nous plonge dans un suspense incroyable et une vraie réflexion sur la guerre du Pacifique. Un passionnant huis clos psychologique.

Le capitaine Kasuka, recueilli à bord du Miraï, prend connaissance de l’issue de la guerre et du devenir de son pays. Quelle va être sa réaction ? La tentation de modifier le cours de l’histoire peut être forte surtout s’il y a des millions de vies en jeu. Mais dans un premier temps, le problème le plus urgent à régler est le ravitaillement du navire venu du futur. Kusaka propose alors de se rendre à Singapour où se trouvent de grands gisements de pétrole raffiné annexés par ses compatriotes dont il pourrait, avec ses relations, faire profiter le Miraï. Inexorablement, l’histoire des hommes du futur s’inscrit de plus en plus dans une époque qui n’est pas la leur...

Soyons clair, la base du scénario n’est pas originale : le point de départ de Zipang est identique à celui du roman américain "Nimitz" de Martin Caidin (dont il a été tiré un film à grand succès avec Kirk Douglas et Martin Sheen notamment) mais cette fois-ci, le lecteur a le droit à la version japonaise !
Les voyages dans le temps ont inspiré nombre de scénaristes et de romanciers. Pourtant, Kaiji Kawaguchi tire son épingle du jeu et ne s’arrête pas à la réflexion philosophique : peut-on impunément changer le cours de l’histoire ? D’ailleurs, l’auteur semble plus s’intéresser à la psychologie de ses personnages charismatiques qu’à la réponse à la question.

L’intérêt principal de Zipang réside dans l’affrontement des personnages, dans leur façon de réagir avec leir sens des responsabilités. Pour le capitaine Umezu et ses hommes, le dilemme est grand. Qui combattre ? leurs compatriotes japonais ? les américains ? Absurdité de la guerre pour ces soldats transportés dans le temps... Les ennemis d’hier sont les amis d’aujourd’hui. La connaissance de l’histoire et sa relecture modifient les points de vue de nos héros.
Le récit tourne régulièrement le dos à l’action guerrière et héroïque qu’aurait permise la puissance du Miraï, pour s’attacher aux combats psychologiques. Agir et modifier l’histoire ou bien se cacher et ne pas influencer le futur... Les hommes du Mirai sont confrontés à ces deux attitudes antagonistes. C’est une source de tension permanente qui s’ajoute au suspense lié aux véritables intentions de Kusaka. Laissera-t-il les évènements se dérouler ou cherchera-t-il à les modifier ?

Sur le fond, au-delà de cette interrogation classique du genre, Zipang porte aussi un regard sur la différence culturelle entre générations. Les militaires des années 2000 ne comprennent plus comment leurs ancêtres acceptaient si facilement de tuer et se faire tuer, notions auxquelles ils ont du mal à se résoudre même pour se défendre. A contrario, il est difficile pour un japonais de 1942 de découvrir des compatriotes ancrés dans la culture occidentale et notamment américaine. Deux visions du monde s’affrontent et une question émerge : comment la mentalité japonaise a-t-elle pu si profondément changer en 60 ans ?

Graphiquement, Kawaguchi nous offre un manga au style réaliste. Son dessin est précis et l’auteur maîtrise parfaitement sa technique. Les quelques scènes d’action sont réalisées avec brio. Le seul petit reproche que l’on pourrait faire tient dans la ressemblance entre certains personnages, qui perturbe parfois la lecture.

Sur le plan historique, Zipang est également une mine d’informations pour nous, européens, que la guerre du Pacifique n’a pas concernés. Il est intéressant de la découvrir autrement qu’au travers du prisme d’Hollywood.

L’éditeur nous offre en complément un site internet dédié à cette série.

(par Laurent Boileau)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?